RÉGIONS DE LA TERRE DE BARRE
En arrière de la région côtière, on peut diviser le pays, au point de vue géologique, en plusieurs parties assez bien individualisées. Celles qui nous occuperont tout d'abord sont celles où la terre de barre à pris un développement remarquable : les pays
d'Allada, de Porto-Novo et des Dobos. :
RÉGION D'ALLADA
Au point de vue géologique, la région d'Allada comprend le cercle de ce nom et une partie des cercles du sud. Elle estlimitée, à l’ouest, par le Couffo etle lac Ahé; à l'est, par le Sô et l'Ouémé ; au sud, par la zone littorale; au nord par la Lama. On n’y trouve qu'un épais manteau de {erre de barre dont l'épaisseur est telle qu'il est impossible de connaître la nature des roches sousjacentes. Ce n'est donc que d'une manière toute provisoire, en attendant le secours d’investigations poursuivies dans la profondeur, que cette expression « région de la’ terre de barre » doit être prise. |
Comme on l’a vu, cette région possède une surface très unie, légèrement et régulièrement inclinée vers la mer, avec son point culminant au nord (Ouagbo 162 mètres). Les seuls accidents sont ceux que déterminent les eaux courantes creusant la surface, accidents qui sont ou bien des tranchées profondes (5 à 6 mètres pour l'Adiaghé à Coli) ou bien de minuscules vallées dont les pentes peuvent devenir très fortes (Allada : Sources du Roi). On trouve encore quelquefois des dépressions abruptes
(à 3 kil. de Décamé, sur l'ancien sentier de Décamé à Allada), mais également très localisées.
Superficiellement, la terre de barre parait très homogène comme coloration et comme composition. Il en est rarement ainsi en profondeur ; à Ouidah, le puits de la résidence laisse voir une épaisseur d'environ 3 m. 50 de terre identique à celle de la surface, puis au-dessous, sur 3 m. 5) également, une terre moins riche en éléments rouges et faculée de sable blanc argileux. À Savi, dans un terrain dont l'altitude est très inférieure à celle du village, un puits de 6 mètres laisse voir :
3. Terre de barre normale (2 mètres) 2. Terre de barre faculée de sable gris argileux (2 mètres). 1. Argile grise compacte (2 mètres).
J'ai attribué la différenciation fréquente des deux épaisseurs successives de la terre de barre à un lessivage. Quant à l'argile grise de Savi, analogue à celle des lagunes, elle ne fournit qu'une indication trop vague pour qu'on puisse en tirer parti.
La route suivie par la voie ferrée entre Pahou et Ouidah laisse voir de nombreux points de contact de la terre de barre et des sables de la région littorale. Il n'y à pas de délimitation nette entre ces deux formations : la terre de barre pouvant se trouver à la fois au-dessous et au-dessus de sables lagunaires comme à Ouidah ; cette circonstance vient écarter les hypothèses qu'on serait tenté de faire sur la genèse de cette formation, dont l’origine n'estsans doute pas la même en tousles points. Entre Ouidah et Segbohoué, le sol, formé de terre de barre, se relève d'abord à l'altitude de 21 mètres (kil. 43,4), redescend à 13 m. 06 (kil. 47,4) en un point qu'on retrouve lapissé de sable de lagune ou de marécage, puis se relève de nouveau, atteint une trentaine de mètres (kil. 51) jusqu'au voisinage du lac, dont le niveau moyen est sensiblement celui de la mer.
Dans le puits de Segbohoué, déjà signalé, on à recueilli une couche de graviers roulés d'environ { em. de diamètre, dont la présence contraste avec le fond vaseux du lac, situé à peu près au même niveau.
À Décamé, la terre de barre serait, à la profondeur d'un
mètre 50 environ, riche en graviers anguleux. Le rapprochement de ces deux faits indique donc un régime hydrologique ancien très différent de celui que nous connaissons aujourd'hui.
Sur le bord du lac Ahé notamment, la terre de barre se désagrège lentement, l'argile et l'hydrate de fer sont entrainés, tandis que le quartz et les minéraux lourds demeurent en place et s'accumulent. Il faut sans doute rapporter à cette seule cause l'existence de zones de sables gris, qui existent de place en place sur la rive orientale de ce lac, n'y occupant guère plus de 200 mètres de largeur (Décamé, Aghan) et qui passent insensiblement à la terre de barre.
Un peu au nord de la gare de Pahou, au delà de la lagune, s'établit brusquement le contact de la terre de barre etdu sable littoral ; celui-ci, plus récent, étant venu recouvrir celle-là qui formait anciennement la côte.
Dans le chapitre consacré aux sources, on à vu la composition du sol aux « Sources du Roi » près de Togodo. Le grès grossier qu'on rencontre là et qui forme des masses assez puissantes semble localisé en ce point, il est analogue à certains grès superficiels des régions voisines. On le retrouve à la gare d'Ouagbo, où M. le Colonel Guyon en a signalé, depuis longtemps déjà, un banc peu important.
Au nord d’Ouagbo finit la région de la terre de barre. Le sol, qui jusque-là montait avec une pente moyenne d'environ 3 0/00, s'incline versle nord avec une pente moyenne de plus de 20 0/00 ; celle-ci augmente encore aussitôt après Toffo et Akpé, localités à partir desquelles commencent les argiles noires de la Lama.