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GISEMENT DE LA RIVIÈRE SAZUÉ

Au passage de la route d’Azonlihoué à Sahoué Zougbonou, au lieu dit Sounou, la rivière Sazué, en creusant son lit dans ses alluvions — constituées par une argile noire riche en matières organiques, — à formé une tranchée, de 3 m. 50 de profondeur, à la base de laquelle sont enchassés des rognons, suivant un plan sensiblement horizontal.

Ces rognons appartiennent à trois types différents :

1° Caleaire compact fossilifère, très corrodé, identique à celui de la Lama centrale et du pays des Tchis (dimension max. 0 m. 50);

20 Calcaire compact stérile, dû sans doute à une recristallisation, ainsi que le fait prévoir la présence de nombreux filonnets de calcite qui parcourent la roche {dimension max. 0 m. T5) ;

3° Sorte de conglomérat riche en graviers plus ou moins volumineux — presqu'exclusivement formés de phosphate de chaux — cimentés par une pâte riche en phosphate et en carbonate de chaux ; on y trouve encore quelques débris fossiles (dents de squale) qui ont été entraînés de leur gisement originel. Ce conglomérat n’est pas très abondant à la surface du sol et comme je

4. C’est à mon excellent camarade M. Lefebvre, qui faisant alors les fonctions de Chef de Poste à Athiémé, que je dois l'indication de ce gisement.

ne l'ai rencontré que dans le lit de la rivière, les conditions de sa formation demeurent à déterminer. Mais il est évident qu'il est dû en partie à la transformati vn d'éléments d'origine organique.

Pour le premier type notamment, qui estle plus intéressant, on est assuré d'avoir affaire à une formation en place. ‘Cela résulte de la disposition des blocs dans le lit de la rivière, et surtout de ce qu'un grand nombre de ces blocs isolés s’emboitent rigoureusement les uns dans les autres comme à Pendji : ce qui écarte toute action de transport.

Les rognons calcaires affleurent dans le lit de la rivière, sur une longueur de 150 mètres environ en amont du sentier d’Azonlihoué etsur 30 mètres enaval. On serait tenté de croire qu'ils n'existent que là, parce que les indigènes, qui les utilisent pour faire des meules, ne connaissent pas d'autre gisement. Mais on aurait tort de s'en tenir à leur affirmation : il ne faut pas oublier que si l'on à trouvé des calcaires dans le lit dela rivière Sazué, c'est précisément parce que celle-ci à creusé une véritable tranchée dans les alluvions qui recouvrent toute la région, et que nulle part ailleurs une excavation comparable, naturelle ou artificielle, n'a étércreusee.

Le gisement de Sounou n'est qu'à quelques centaines de mètres seulement du lac Toho. On donne ce nom à une vaste dépression, qui marque, vers l'ouest, la fin de la zone marécageuse. Comme les autres parties de la Lama, elle est également recouverte d’eau pendant l’hivernage, et son sol est formé d'argile noire. Il ne s'y développe spontanément qu'une brousse herbeuse caractéristique des régions longuement submergées. Sur les bords du lac, le sol est exclusivement recouvert par de la terre de barre, qui apparait dès que le terrain se relève un peu, ne fût-ce que de quelques mètres, comme on peut s'en rendre compte en suivant le sentier de Houin à Azonlihoué. De même que pour le lac Ahé, la zone de contact entre la partie immergée (argile noire craquelée) et la terre ferme (barre) est marquée par la présence de sable qui provient du lessivage de la terre de barre.

Au bord même du lac Toho, sur le sentier qui vient de Houin, il y a, en abondance, de petits nodules de calcaire concrétionné. J'ai dit précédemment que ces nodules devaient être le résul-

tat de la cristallisation de la calcite provenant des calcaires de la région. J'ai admis ainsi pour le lae Toho comme pour le reste de la Lama, la présence des calcaires sédimentaires, ce quina rien que de vraisemblable, surtout étant donnée la proximité du gisement de Sounou, mais cette hypothèse demandé à être confirmée. |

Dans toute sa longueur, la rivière Sazué, qui affecte ‘une direction N. S., est sensiblement parallèle au Mono. D'après M. le Capitaine Fourn, qui en a relevé le cours, l'altitude de cette rivière serait, à latitude égale, supérieure à celle du fleuve voisin. Mais ilse produit néanmoins des communications entre les deux, grâce à l'existence de régions marécageuses suffisamment étendues (Tchanou) et d'un marigot à Vodomé, déjà signalé.

GISEMENT DE MISSINICONDIJI

Le gisement ealcaire le plus intéressant est celui que les eaux

laissent à découvert, pendant toute la saison sèche, dans le lit du fleuve Mono, à quelques centaines de mètres en amont de Missinicondji (PI. X, 1).

Au point de vue topographique, la région de Missinicondji est différente de celle de la Lama. Rien ne la distingue des parties voisines où le fleuve s’est creusé au milieu de ses alluvions une sorte de canal aux berges escarpées, tandis que des bancs de sables encombrent son lit.

Ici l’on est en présence d’un banc continu de calcaire occupant toute la largeur du fleuve et se poursuivant sur 500 mètres de longueur environ. Un premier affleurement à son point le plus élevé à 2 m. 50 environ au-dessus des basses eaux, au voisinage de la rive allemande. De part et d'autre, il s'abaisse par gradins. En territoire allemand, aumoment où il disparait sous les alluvions de la rive, il domine encore les basses eaux de 2 mètres. Du côté de la rive française, au contraire, il s’abaisse suffisamment pour disparaître sous les eaux avant de l'avoir atteinte (Fig. 25).

Naturellement la décomposition superficielle du calcaire est d'autant plus rapide que celui-ci est à un niveau moins élevé,

c'est-à-dire qu'il demeure immergé plus longtemps chaque année. On a une série de stades successifs de phénomènes d'affouill ment (PI. X, 1: Fig. 95%et 26)

equi correspondent à tous les aspects si divers des calcaires sédimentaires de la Lama, et apportent une preuve indiscutable de l'existence en place de tous les blocs rencontrés précédemment.

Fig. 25. — Banc calcaire de Missinicondii.

1 À (Rapport des longueurs aux hauteurs =

Fig. 26. — Gisement calcaire de Missinicondji. 1. Calcaire. — 2, Sable. — 3. Argile.

Dans le premier stade, le banc calcaire, d

ans sa partie la plus compacte, est entaillé profondément P

ar les eaux suivant deux

directions grossièrement perpendiculaires, dont l'une correspond assez bien avec celle du fleuve. Ainsi s'individualisent des blocs puissants, qui continuent à faire corps avec le banc calcaire.

Dans le second stade, les blocs superticiels se trouvent détachés de la masse, sans être déplacés ;ils prennent des formes plus arrondies : les entailles qui les séparent demeurant suffisamment étroites pour qu'ils puissent grossièrement s’emboîter les uns dans les autres, comme ceux de Pendji et de Sounou.

Dans un frorisième stade, les blocs forment encore une sorte de banc ; ils sont peu éloignés les uns des autres, mais ils sont déchiquetés, caverneux.

Enfin, à un quatrième stade, on ne trouve plus que des blocs isolés, aux formes encore plus capricieuses que dans le cas précédent. Les deux derniers stades correspondent aux échantillons recueillis dans la Lama centrale et dans le pays des Tchis.

Mais ilest remarquable que dans le lit d’un fleuve dont le courant ést aussi violent que celui du Mono, les phénomènes de transport de ces calcaires soient pratiquement nuls. La densité et la forme des blocs doivent en être les raisons principales. Les rognons isolés les plus érodés sont à proximité immédiate du banc compact; du reste sur chacun d'eux les coquilles en relief et les fines découpures du calcaire représentent des parties assez fragiles pour qu'un transport, même limité, les fasse disparaitre. C'est là un argument de plus pour montrer que les gisements de la Lama, par exemple, correspondent bien à des roches en place, car comme ils sont presque toujours dans le litde rivières, comment établir l'hypothèse de transport alors que celles-ci sont insignifiantes à côté du Mono.

A Missinicondji, le premier affleurement est relié au second par les calcaires qui apparaissent d’une façon continue mais presqu'insensible le long de la rive allemande ; puis de nouveau le banc calcaire occupe tout le lit du fleuve, plus étendu cette fois le long de la rive française. Par contre il est moins élevé que précédemment au-dessus des basses eaux.

J'attache une grande importance à la présence, à l'extrémité de ce gisement, de petits nodules calcaires, identiques à ceux de

Houin, et qui sont ici manifestement dus à la recristallisation de Hubert 16

la calcite aux dépens des calcaires fossilifères voisins. J’estime que c'est là une base sérieuse à l'hypothèse formulée précédemment, relativement à l’origine des nodules rencontrés en d'autres points.

Ainsi le gisement de Missinicondji ne diffère des autres que par ses caractères géographiques C'est pourquoi il n’y à pas lieu de l'en séparer. Déjà au point de vue de la latitude et de l'altitude, il occupe une position intermédiaire par rapport aux affleurements précédemment signalés ; seulement il ne se trouve pas dans la zone naturelle de la Lama. A la fin de ce paragraphe, je montrerai que lesdifférences d'ordre topographique sontheaucoup plus faibles qu'on se l’imagine tout d'abord et que la région qui nous occupe peut, encore aujourd'hui, être considérée comme une annexe de la Lama. D'ailleurs les caractères géologiques sont identiques et eux seuls suflisent à justifier la réunion des deux groupes de formations.

GISEMENT D’AKPÉ

J'ai rencontré au nord d'Akpé, sur le sentier qui traverse la Lama, des échantillons de calcaire de seconde formation, identiques à ceux qui accompagnent les calcaires fossilifères au nord

de Toffo.

L'énumération de tous ces gisements montre l'étendue des formations calcaires fossilifères. Dans la partie visitée, au moins, on remarquera que tous les gisements correspondent à des points d'altitude relativement très faible et toujours aux endroits où les alluvions ont été entamées et enlevées par les eaux.

C'est làun sérieux argument en faveur de la continuité de cette formation en profondeur, d'autant plus qu'on la voit se prolonger au delà des rives immédiates des cours d’eau.

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