LA RÉGION DE SAVALOU
Je comprends sous cette dénomination la partie qui s'étend entre l'embouchure de l'Azocan, au sud, etle village de Gouka, au nord. Vers l'est, elle ne dépasse point l'Agbado ; vers le sudouest, elle s'étend jusqu'au voisinage de Djaloucou ; enfin, vers l'ouest, le pays étant inhabité, il n'est possible d'en préciser la limite, qui correspond peut-être à la vallée du Zou. ;
MONTS DE SAVALOU
C'est une région peu accidentée d'où émerge une ligne de hauteurs qui dans son ensemble est dirigée rigoureusement N. $. Cette chaine faisant suite aux monts de Badagba, se manifeste déjà par une série de petites ondulations un peu au sud de l'Azocan, mais les premières hauteurs ne se rencontrent réellement qu'au nord de cette rivière. Elles se présentent isolées les unes des autres entre l'Azocan et Savalou, et entre Doïssa et Coutago ; ailleurs elles sont groupées en deux massifs : dans la partie centrale, celui de Savalou ; au nord, celui de Losi qui se termine par quelques bosses granitiques insignifiantes disséminées aux environs de (Gouka. Le point culminant est le dôme de Lost (PL. I, 1), qui a environ 250 mètres au-dessus de la route voisine. Toutes ces hauteurs sont des dômes disposés sur une seule file, sauf à Savalou où elles forment, sur une petite distance, deux lignes parallèles.
Il existe une solution de continuité assez étendue entre la partie de la chaine au sud de Doïssa et celle qui est au nord. De plus elles ne sont pas rigoureusement dans le prolongement l'une de
l'autre, mais forment un angle, très ouvert il est vrai, mais sensible néanmoins, puisque de Doïssa, surla route, on aperçoit à la fois le versant oriental de la partie septentrionale et le versant occidental de la partie méridionale.
Le profil des hauteurs de Savalou rappelle beaucoup celui des monts de Badagba. La roche dominante s'y décompose également en blocs plus ou moins volumineux qui conservent leurs arêtes vives et demeurent en place. Cet état de chose facilite le développement de la végétation, partout assez puissante (sauf au dôme de Losi (PL. I, fig. 1) dont les flancs sont très abrupts). L’ensemble garde ainsi un modelé moins géométrique que la plupart des hauteurs signalées jusqu'à présent.
La raison du mode de décomposition superficielle de la roche type tient à sa structure. C'est en effet un gneiss granulitique à pyroxène dont les éléments (parmi lesquels le quartz est très abondant), peuvent être assez fortement laminés, avec une orientation N. S. Il s'ensuit que des cassures fréquentes se produisent dans le sens du laminage.
Du sud au nord, les points remarquables de la chaîne sont les suivants :
À la hauteur de la rivière Santé, petite éminence à droite de la route, formée par un gneiss œillé (1), très répandu jusqu’à la première hauteur après l'Azocan. La seconde hauteur après l’Azocan est constituée par une roche semblable à celles de Badagba et ayant subi, comme elles, une désagrégation linéaire. La route passe ensuite sur une nouvelle hauteur de gneiss granitoïde, profondément altéré, très riche en quartz, traversé de gneiss feuilleté et ayant subi la désagrégation en boules. Après seulement commence la roche typique de la chaine.
Savalou est bâti sur un col assezélevé, entouré par une sorte de cirque de hauteurs. Le gneiss normal de la chaîne affecte en ce point une orientation très nette : on dirait que ses éléments
1. J'entends par gneiss œillé, « Augengneiss » des Allemands, le gneiss gra-
nitoide auquel les actions dynamiques ont donné une structure particulière (PI. XIX, #4). |
sont formés de baguettes parallèles ; il est souvent associé à un gneiss feuilleté grenatifère riche en éléments colorés.
Non loin du village se trouve un rocher fétiche : bloc de plus d'un mètre de côté détaché du sommet de la montagne. Il montre le contact du gneiss normal de la région contenant des enclaves de gneiss feuilleté, à grain fin, et d’une pegmatite riche en cristaux d'amphibole verte atteignant 7 centimètres de longueur. J'ai rencontré une autre pegmatite au sommet de la montagne mais elle est dépourvue d’amphibole.
Les fossés creusés le long de la route mettent en évidence, suivant une coupe verticale, l'allure franchement rubanée de la roche dominante. Parfois celle-ci ne se manifeste plus que par Ia présence de kaolin, isolé au milieu du conglomérat ferrugineux ; parlois, comme à trois kilomètres avant Doïssa, on assiste à tous les stades de décomposition.
Tout le long de la chaine, le conglomérat ferrugineux est abondant, il ressemble beaucoup à celui de Kinta, c'est-à-dire qu'il ne contient pas d'éléments originels et cependant le quartz est fort répandu dans la chaîne de Savalou. Il affecte toujours une surface onduleuse en rapport avec celle de la roche préexistante.
Aux environs de Doïssa, les gneiss sont traversés par des filons de pegmatite ; à Coutago, par des filons de quartz.
Sur le sentier de Coutago à Losi par Yécou, on trouve, outre le gneiss normal, un gneiss leptynitique, assez abondant et une pegmatite qui, par endroits, a subi des phénomènes de torsion considérables.
Losi est au pied d'un dôme gneissique aux parois verticales, entaillé profondément par l'érosion. Le long de la route, en face du village de Losi, des petits pointements, soit désagrégés en boules, soit simplement fissurés par des actions érosives diverses, montrent l'association de plusieurs types gneissiques, différant d'une façon notable par la structure et la texture, mais dont il est impossible de définir les limites communes. En tous cas, le gneiss normal de la région forme toujours la masse principale des affleurements. Partout les filons de quartz sont abondants.
La variété des types augmente encore à partir de Losi. La roche normale, qu'on peut apercevoir en coupe avec l'aspect ondulé des
gneiss, est d'abord remplacée par une roche plissée, assez différente, s’isolant en boules très peu volumineuses (quelques décimètres) et se transformant, comme les diabases, en oxyde de fer compact et non en conglomérat ferrugineux. Puis la roche normale reprend avec un gneiss à amphibole peu développé. |
On arrive ainsi à l'extrémité du dernier contrefort du massif de Losi, où prédomine le gneiss feuilleté, fréquemment traversé de lilons de quartz. Au delà, la route passe d'abord sur la roche normale au milieu de laquelle se trouvent des boules de diorite transformés en oxyde de fer; puis à environ 3 kilom. avant Gouka, sur un affleurement qui présente, en plan, les éléments
suivants :