MONTS DE SAVÉ
Au delà de l'Ouémé, sur la grande route de l’est, les premières hauteurs, les plus importantes aussi, forment la petite chaîne de Savé. Elle se compose d'une série de dômes répartis sur une ligne droite {mont Fofo au mont Tantani), et de quelques dômes isolés à peu de distance de la ligne principale (monts Hugboé, Adi, Babaye). La longueur de la chaîne est d’une dizaine de kilomètres.
La largeur moyenne est celle des dômes eux-mêmes (quelques centaines de mètres) ; entre Tantani et Babaye elle atteint exceptionnellement 3 kilomètres.
On à déjà indiqué des hauteurs très variables pour les monts de Savé. M. le Lieutenant du génie Martin a bien voulu me communiquer les chiffres qu'il a obtenus :
Col de Savé, altitude . . . 200 mètres (1).
Mont Tcheminé. 1° sommet. . 395 — Mont Tcheminé. 2 sommet. . 428 — (pointcuiminant).
ce qui donne avec précision la hauteur de commandement des dômes.
L'aspect de la chaîne (Fig. 32) est très particulier à cause de l'allongement très marqué de tous les accidents qui la constituent, il est caractérisé par la brusquerie de leurs pentes latérales, voisines de la verticale, et par la régularité de leur profil (PL IV).
La direction générale des monts de Savé est N.N. WS S.E, c'est-à-dire très sensiblement différente de celle de toutes les chaines rencontrées jusqu à présent. L'orientation de tous les éléménts de la roche dominante est celle-là même de tous les dômes. Elle varie de Nm —25° — WW (Mont Fofo) à Nm — 30° — W (Mont Onicpapa).
La constitution pétrographique de tout ce massif est très homogène (gneiss granitoide à grands feldspaths). Les seuls accidents sont ceux qu'on rencontre au Mont Onicpapa, sorte d'éperon immédiatement au-dessus du poste de Savé. On trouve au sommet de cette hauteur, avec le gneiss granitoïde à grands feldspaths, toujours dominant, des bandes de gneiss franc et de nombreux filons, soit d’aplite grenatifère, soit d’une sorte de pegmatite graphique dont les éléments quartzeux se présentent en baguettes toujours arrondies. On rencontre enfin, dans le gneiss granitoïde même, des cristaux volumineux de grenat atteignant plusieurs centimètres.
Le mode d’érosion des roches de Savé est assez variable (2). Les sommets et les pentes sont normalement très dénudés.
4. Il faut noter que le col de Savé est déjà à une hauteur appréciable au-dessus de la plaine environnante.
2. Division superficielle suivant des cassures rectilignes (Mt Fofo) ; desquamation (Mt Enicpopo) ; décomposition en boules (sommets principaux) ; affouillement des aplites (Mt Onicpapa) ; dômes à pentes abruptes (Mt Tcheminé), Mt Enicpopo, ete.) ; moutennements (Mt Tantoni), etc. (PI. IV).
Profil (N.-S) des monts de Savé, vus de l'ouest.
a Adi, $ Tantani, 7 Col de Savé, d, : Tcheminé, 4 Onicpapa, 9 Tehabé, « Enicpopo, À Aodicoa. Sauf pour Adi, plus rapproché, les monts apparaissent avec leur hauteur relative, la ligne horizontale inférieure correspondant au niveau de la mer.
Gi
Fig. 3
Foto.
Ces roches, en se décomposant, donnent le plus souvent naissance à des arènes gneissiques et le sol, immédiatement au pied des pentes, se tapisse d'argile et de dépôts meubles qui contribuent à former des terrains à la fois humides et humifères, particulièrement favorables aux cultures.
Les arènes gneissiques domi-
nent également entre Savé et l'Ouémé, où elles recouvrent le gneiss granitoïde, parfois traversé de pegmatite, comme à proximité du fleuve.
Vers l'est, la rochede Savé apparait sans modifications jusqu'à Diho, mais elle est parfois transfor-
mée en conglomérat ferrugineux.
DIHO A DIGUIDIROU
A partir de Diho, les gneiss granitoides alternent avec les gneiss feuilletés jusqu'à Ouogui, puis ceux-ci deviennent dominants jusqu'à Alafia, mais ils sont traversés : de pegmatite graphique à 2 kilomètres au sud de cette dernière localité et de filons de quartz en de nombreux endroits.
Depuis Savé jusqu'à Alafia, les feldspaths des gneiss granitoïdes ont toujours leurs contours arrondis. Au delà au contraire, ils offrent toujours des sections à
contour rectiligne, ce qui dénote évidemment des actions dynamiques moins puissantes.
Dans la région de Caboua, ces feldspaths atteignent 8 em. de longueur; leur orientation est Nm — 55° — KE.
Caboua et les deux villages situés à proximité sont au pied de dômes assez élevés qui se prolongent par des hauteurs de moindre importance jusqu'à Gogoro.
Entre Alafia et Caboua, les seuls accidents qu'on rencontre au milieu du gneiss granitoïde sont des pegmatites et des gneiss feuilletés ; entre Caboua et Gogoro, ce sont des gneiss à pyroxène très particuliers dont le seul affleurement s'étend sur une centaine de mètres seulement. Ces roches se traduisent à la surface du sol par des pointements peu étendus, souvent décomposés en boules à la surface. Un peu plus loin dans la direction de Gogoro, on trouve du quartz et aussitôt après le gneiss granitoïde reprend. Il forme quelques ddmes peu importants à Gogoro, où l’orientation de ses éléments est Nm — 10° —E.
Les mêmes formations (gneiss granitoiïde traversé de filons de pegmatite et de quartz) se continuent jusqu'à Kémo. Elles se manifestent toujours sous la forme de dalles très étendues et de dômes (Compong, Cobouin, Yaoui, etc.). Dans toute cette partie, j'ai rencontré assez fréquemment, mais pas toujours en place il est vrai, des gneiss à pyroxène, que J assimile à ceux affleurant entre Caboua et Gogoro. Comme il est certain que les indigènes ne se donnent pas la peine de les transporter, on peut admettre que ces dernières roches sont à proximité de leur gisement.
Le gneiss granitoïde cesse à peu près complètement à partir du dôme qui se trouve à l'ouest du sentier de Kémo à Thouy, à trois kilomètres du nord de Kémo. Depuis ce point jusqu'à Tehaourou, c’est-à-dire sur environ trente kilomètres, le sol est presque constamment recouvert de larges éléments de pegmatite (muscovite notamment) (1), les gneiss n'étant représentés que par les dômes isolés (Ocoutado, Korokoto) et, sur une faible distance, à Papané.
4. J'ai d'ailleurs fréquemment rencontré la roche en place. Les pegmatites graphiques sont également très abondantes.
I est vraisemblable que ces pegmatites se poursuivent encore surune certaine longueur au nord de Tchaourou, mais je ne suis pas en état de l'indiquer, puisque, en cet endroit, j'ai abandonné la route de Parakou.
On trouve encore à Tchaourou des gneiss à pyrite et à pyroxène désagrégés en boules, très analogues à ceux de Caboua.
Dès Tchaourou, le gneiss wranitoïde à grands feldspaths se retrouve sur la route d'Halafia. Il est accompagné de gneiss feuilleté au village de Boroné, mais il domine exclusivement depuis Ouocpo nouveaux dômes) jusqu'au delà de Goro, point à partir duquel on ne trouve plus que des gneiss feuilletés.
Entre Halafia et les monts Delcassé,au sud,on ne rencontre également que des gneiss normaux, traversés de filons de pegmatite (pegmatite normale, pegmatite graphique), notamment à proximité des monts Delcassé sur le sentier de Coda.
En remontant au nord, dans la direction de Bapérou, le gneiss granitoide n'affleure guère qu'un peu au delà de Boubou ; partout ailleurs, le gneiss feuilleté domine toujours avec des filons de pegmatite ou de quartz.
À Bapérou sur la grande route de l'est, on retrouve le gneiss granitoide à grands éléments, ceux-ci ayant une orientation Nm — 30° — E qui se poursuit assez loin vers l’est. À Parakou, ces éléments sont disposés suivant des lignes sinueuses, comme à Aouaya. En outre, le gneiss feuilleté, sous la forme d’enclaves ou de bandes rectilignes, apparaît fréquemment inclus dans le gneiss granitoide.
A la rivière Pésira, près de Diguidirou, les éléments de gneiss granitoide prennent une orientation nettement différente de celle qu'ils avaient précédemment (Nm — 80° —— W). Cette orientation, quise retrouve dans les monts de Diguidirou (Nm — 800— W à Em — W) (1), se poursuit certainement vers l’est, puisqu'elle coïncide avec celle des monts de Diguidirou.
Les seuls accidents pétrographiques différents du gneiss granitoïde sont : 1° des gneiss feuilletés à la rivière Pésira et au pied
1. Exceptionnellement elle redevient sensiblement N. S. à 4 kil. à l’ouest de Diguidirou, à proximité de Nyassi,
de la ligne d'ondulations sur laquelle se trouve Nyassi ; 2 de la pegmatite à l'Ocpara ; 3° des petits pointements de granite normal à biotite à la rivière Pésira et entre Nyassi et Diguidirou.
MONTS DE DIGUIDIROU
Les monts de Diguidirou ont une direction toute différente de celle qu'on leur a attribuée jusqu'ici et leur importance est beaucoup moindre. Ils sont formés, à Diguidirou même, par une sorte de cirque marqué par trois hauteurs au-dessus de Diguidirou (Ms Pecourérou 70 m., Bapérou, Toncaré 80 m.) et d’une suite de dômes dont la direction (Nm — 70° — E) est précisément celle des alignements de la roche constituante. C’est, de tous les massifs cristallins rencontrés, le seul qui possède une telle orientation.
Le point culminant de ces hauteurs, à l’est de Diguidirou domine la plaine environnante d'une centaine de mètres environ. Les altitudes des régions environnantes étant comprises entre 390 m. (Nikki) et 450 m. (Sia), il y a toutes les probabilités pour que celle de Diguidirou soit intermédiaire, ce qui donnerait pour le point culminant des monts de Diguidirou une altitude sans doute très peu supérieure à 500 mètres.
Les monts de Diguidirou, querecouvre une maigre broussaille, présentent normalement le profil en dôme, mais en certains points, notamment au centre de la chaîne, on trouve des blocs perchés, démantelés, comme dans les Dassas. La pegmatite et le quartz traversent fréquemment la roche normale, qui contient en assez grande abondance des cristaux de tourmaline noire de plusieurs centimètres, notamment entre les monts Bapérou et Pécourécou.
Je n'ai point visité la région de Péréré, mais j'y ai fait recueillir plusieurs échantillons, appartenant également au gneiss granitoïde. Il est done certain que cette roche y est largement représentée.
La région de Savé marque en somme la réapparition des formations de Paouignan et des Dassas où domine le gneiss granitoïde à grands feldspaths. Il est à noter que l'orientation géné-
rale N.S. des éléments de cette roche subit deux déviations notables : la première aux monts de Savé, la seconde aux monts de Diguidirou. Cette dernière est particulièrement accentuée.
Parmi les accidents pétrographiques de cette région, il convient de faire une place à part aux gneiss à pyroxène de la partie Tchaourou-Caboua.
H. HUBERT. — Mission scientifique au Dahomey. PL XVI:
Cliché H. Hubert, L’ATACORA AU-DESSUS DE PEBOURGOU (Versant occidental}.
Cliché H. Hubert.
L'ATACORA À LAMBOUNTI (Versant oriental).