‹ Contribution à l'étude de la géographie physique du DahomeyChapitre 176 sur 276 · LES MONTS DELCASSÉ · texte numérisé non relu

LES MONTS DELCASSÉ

On à donné le nom de monts Delcassé au groupe montagneux qui domine le village de Carnotville. Certains géographes appliquent ce nom à l’ensemble des groupes de hauteurs suivants (Fig. 36 et 33) :

1° Chaïne au-dessus de Carnotville (+ à 4, fig. 30) ;

2° Chaine sur la rive droite et à une certaine distance de l'Ouémé, désignée par les indigènes sous le nom de monts Coufé (a, fig. 30)5

3° Chaine à proximité de la rive gauche de FOuémé, mais à une certaine distance de Carnotville (douze à vingt kilomètres) (2, fig. 30) (1) ;

4° Monts d'Ouari-Marot.

Je n'ai visité que le groupe au-dessus de Carnotville que j'ai relevé dans sa plus grande partie. [l'est formé par un cirque de hauteurs disposées suivant une ellipse (non fermée dans le quadrant N.W.) d'environ 10 kilomètres de longueur sur 5 kil. 1/2 de largeur (Fig. 33). En dehors de ce cirque se trouvent, au N.E., un sommet de médiocre importance et, au sud, le mont Kabé, qui se poursuit assez loin vers le S.S.W.

Je n'ai point mesuré l'altitude de ces hauteurs. La carte de M. Godelindique pour le mont Kabé(point culminant) 517 mètres,

4. Cette chaine m'a été donnée par les indigènes comme étant celle d'Ouari- Marot. C’est là un renscignement que je n'ai pu vérifier par la suite, mais je le crois inexact parce que, dans ces conditions, Ouari-Marot serait à moins de 15 kilomètres de Carnotville ce qui est en opposition flagrante avec lous les itinéraires que j'ai consultés.

Hubert 21

GÉOLOGIE DESCRIPTIVÉ

+ (08 Sy oanoodsiod on4 ej 104 soupe soumne se] Jnod) po) 2 ‘noËnog IUON d ‘eAJOUIEN à ‘qe JUOJL g » (CU 06 = 4 ‘oousoadde ooueysipmbq) uresuo] np SAINS JUOUENOS JUOS SONO $97T 000: 001 }

[PU “O[AJOUIE) 2p Ssussop-nr sanoqney sep simboun — ‘ge ‘Sup

AY

soit environ 300 mètres au-dessus du village de Carnotville. Je . me rallie très volontiers à ce chiffre, qui parait déterminé avec toute la précision désirable.

L'allure de cette chaîne est assez particulière ; elle est constituée par trois types différents :

1” Une sorte de muraille aux parois latérales abruptes, mais dont la masse est décomposée à la fois dans le sens longitudinal et dans le sens transversal par des sillons parfois profonds qui isolent des sommets distinets. (Fig. 30). C'est le type de la montagne qui s'étend depuis le mont Dougou jusqu’à Carnotville.

2° Des chaïnons plus ou moins allongés formés d’un ou de plusieurs sommels disposés sur une seule ligne (partie occidentale du massif; mont Kabé).

3° De dômes peu importants à contour généralement circulaire.

Les deux premiers types correspondent à une même constitution. La roche ancienne est un gneiss feuilleté à biotite (exéeptionnellement à amphibole en certains points du mont Kabé), elle est traversée par des filons de quartz (mont Dougou) et surtout par du greisen qui peut être abondant au point de masquer le gueiss. Celui-ci, là où on l’aperçoit, affecte une orientation coïncidant avec celle de la hauteur qu'il a formée (depuis Nm— 60 — VW jusqu'à Nm — 12° — \V au Mt Dougou ; Nm — 50° —E au Mt Kabé). Le greisen lui aussi présente une tendance à l'orientation, mais elle n'est pas toujours également marquée.

Les formations en dôme, beaucoup moins importantes, sont formées de gneiss granitoide à grands éléments, assez abondant au voisinage de Carnotville. Cette roche est, en certains points, associée au gneiss feuilleté ; ses éléments sont sensiblement ortentés NS. et cela d'une façon constante.

La roche la plus intéressante du gisement de Carnotville est le greisen, tant à cause de son développement que par sa composition. Il contient en efletdes cristaux assez volumineux — plusieurs centimètres — de tourmaline noire et de titanomagnétite (1). On

4. Entre Coda et Halafa, j'ai trouvé en outre, non en place, mais sans aucun doute à proximité de leur gisement, des échantillons d’hématite dont certains atteignent une quarantaine de grammes.

ne le rencontre que sur les hauteurs. [n'est pas douteux que c'est à sa présence qu'est dù le relief général de la contrée, car, en raison de sa composition, il a protégé contre l'érosion les surfaces qu'il recouvrait, tandis que les roches feldspathiques voisines se décomposaient rapidement. Il est aisé de voir que le greisen ne subit qu'une altération très peu appréciable, car superliciellement il conserve tous ses caractères etil ne se transforme ni en arène ni en conglomérat ferrugineux.

Parmi les autres hauteurs que j'ai signalées dans ce groupe, les monts Coufé forment un massif compact dont le profil est bien celui d'une crête gneissique mais non parfaitement caractéristique. Par contre, il n'y a aucun doute possible pour la chaine peu éloignée de Carnotville, située sur la rive gauche de FOuémé. Elle est formée de dômes gneissiques parfaitement nets et analovues à ceux de la chaine de Baffo ou de la région Savé-Tchaourou. Du mont Dougou, sur le sentier de Coda à Carnotville, j'ai pu en repérer une vinglaine répartis en onze groupes bien nets (fig. 30). Quant aux monts d'Ouari-Marot je ne les ai point vus, mais tous les renseignements que j'ai recueillis à leur sujet me permettent d'affirmer qu'il s'agit là encore de dômes gneissiques.

La constitution géologique est la même lorsqu'on se dirige vers l’ouest, car de Carnotville on aperçoit encore un dôme fort éloigné (v fig. 30). Les indications topographiques portées sur le sentier de Carnotville à Bassila et les renseignements qu'a bien voulu me donner M. Savariau, Chef du Service de l'Agriculture au Dahomey, qui à suivi ce chemin, montrent qu'on se trouve là encore en présence des mêmes affleurements, et cela est normal, puisqu'ils existent déjà à l’est de la ligne Cabolé-Bassila et que toute la périphérie de la région non parcourue possède la même constitution, comme on le verra par la suite.

Ainsi le massif des monts de Carnotville forme bien, lui aussi, une région individualisée. Elle est très limitée il est vrai, mais les accidents topographiques y acquièrent une importance remarquable.

LA RÉGION NIKKI-SINENDEÉ

Je désigne sous ce nom la région qui comporte comme accidents principaux les hauteurs de Kidaroupérou et celle des environs de Sinendé.

Si je n'ai pas fait une distinction entre ces deux parties, c'est parce qu'elles offrent au point de vue de la géographie physique ce trait commun d'être traversées par la ligne de partage des eaux du Dahomev : il y a donc avantage à les considérer en bloc.

DE DIGUIDIROU À DÉRASSI

La partie comprise entre Diguidirou et Dérassi est constituée par des gneiss feuilletés, traversés par des filons de pegmatite (notamment à Mono et au voisinage de Dérassi) et de quartz (à 3 kil. de Nikki, près de Kalé). Quant au gneiss granitoïde, il se rencontre seulement entre Goré et Mono, où il affleure presque constamment. On trouve encore du gneiss à deux micas (à Pébérabou et sur le sentier de Dérassi à Kalé, à 3 kilomètres du premier village et à un kilomètre du second) et des quartzites rouges. Ces dernières roches forment des bancs allongés de trente mètres de longueur sur cinq de large, à proximité de la rivière Sanorou. Leur orientation est Nm — 26° — E ; elles affleurent encore sur le chemin de Choria à Pébérabou, à environ 4 kilomètres de ce dernier village.

RÉGION DE KIDAROUPÉROU

Un peu au nord de Dérassi, entre cette localité et le premier village peuhl (1), apparaissent des grès, puis peu à peu com-

1. On écrit Peul, Peùül, Peulh, Peuhl, celte dernière orthographe paraissant la plus répandue. Ce qui est le plus curieux, c'est que ce mot, servant à désigner

mence la région accidentée dont Kidaroupérou est le centre.

J'ai essayé de débrouiller lorographie de cette région très peu étendue, pendant les cinq jours que j'y suis resté et je ne suis arrivé à aucun résultat satisfaisant. Il faut dire tout d’abord que le relief est assez compliqué, mais la principale difficulté est, je crois, imputable à l’affollement de l'aiguille aimantée. Si, d'un point situé à l'extrémité d'une droite on vise l'autre extrémité et qu'on recommence l'opération en sens contraire, on ne retrouve pas le même azimuth. M. Drot, qui a relevé avec grand soin beaucoup d'accidents topographiques du Dahomey, m'a dit avoir éprouvé lui aussi de grosses difficultés à Kidaroupérou.

On peut invoquer, pour expliquer les troubles dans la déelinaison, soit la constitution minéralogique de la région, soit les actions tectoniques qu'elle a subies.

Les monts de Kidaroupérou apparaissent, entre le premier village peuhl au nord de Dérassi et Gueysourou, sous la forme de quatre promontoires qui s'avancent à un ou deux kilomètres du sentier. On en gravit un cinquième un peu avant d'arriver à Gueysourou et l’on se trouve sur un plateau à surface irrégulière dont on ne descend qu'aux environs de Kidaroupérou. Cette descente s'opère par une succession de crètes parallèles dont l'une se prolonge, pendant trois kilomètres au nord, jusqu'au sentier qui va sur Dunkassa. Au sud de Kidaroupérou et au nord de Gueysourou, le plateau recommence. Enfin, une succession de hauteurs de peu d'étendue se rencontrent soit immédiatement au voisinage de Kidaroupérou, soit au nord sur la route qui va de ce village à Fongovéna. Ces hauteurs, ainsi que toutes les arêtes qui émergent du plateau, ont une direction très voisine du nord magnétique. Elles dominent toutes la plaine de moins de cent mètres.

La constitution de la région de Kidaroupérou est la suivante : Les gneiss, les amphibolites et les talcschistes, traversés de roches éruptives diverses, forment le sol de la plaine et tous les accidents orientés N.-$S. Au contraire, la surface du plateau, là où elle est

une race qu'on retrouve dans tout le Soudan, n’est pas compris, au Dahomey du

moins, de ceux qu'il désigne. Ceux-ci s’appellent Foula, Foulhé, etc., et surtout Poullo, mais jamais Peuhls.

horizontale, est recouverte par des grès reposant toujours en discordance nette sur les gneiss en les masquant partiellement. Enfin, en certains points, le conglomérat ferrugineux a acquis une épaisseur telle qu'il est impossible de connaître exactement la roche sous-jacente (gneiss ou grès).

Du premier promontoire vers le sud, c’est-à-dire en face du village peuhl déjà signalé, on trouve à la base un gneiss feuilleté et, sur la hauteur, une association de gneiss très plissé et d’un gneiss feuilleté à plans de schistosité rectiligne. Cette dernière roche, à deux micas, a ses éléments disposés suivant une direction Nni— 35° — E qui est celle-là même des nombreux filons de pegmatite et de quartz contigus.

Sur le plateau, entre Gueysourou et Kidaroupérou, le grès à ciment siliceux, exceptionnellement à ciment argileux, est très abondant ; cependant les gneiss se rencontrent à plusieurs reprises, ainsi,que les pegmatites, notamment dans les trois derniers kilomètres au voisinage de Gueysourou. Ces deux types de roches cristallines : gneiss et pegmatites, sont de beaucoup les plus abondants. D'ailleurs l’'énumération des différents types rencontrés sur le. sentier qui, dans la plaine, va de Kidaroupérou à l'extrémité septentrionale du plateau, à 3 kilomètres environ, donnera une idée très complète de toutes les formations de la région :

1. Première hauteur (15 m.) à 400 m. de Kidaroupérou. Grès très compact à ciment siliceux, vitrifié (1).

Page 1