LA RÉGION DE DJOUGOU
La région de Djougou marque la fin, au nord-ouest, des massifs cristallins de la région centrale. Les {types pétrographiques qu'on y observe ont de nombreuses affinités avec ceux de la région située plus au sud, mais on en trouve cependant plusieurs particuliers. Cette région est contiguë à l'Atacora, dontles derniers lambeaux, en territoire français, apparaissent à Aledjo et à Tannéka. Je n'examinerai donc dans ce paragraphe que le pays compris entre ces deux villages, la frontière allemande et l'Ouémé.
J'ai limité la région de Tchetti-Bassila au village de Nioro, parce qu'à partir de ce point jusqu'à Aledjo, les micaschistes sont abondants. Parmi les divers gisements de ces roches, je citerai le lit de la rivière qui passe entre Nioro et Courtago (ou Corina), où elles sont fortement redressées (pendage de 50 à 60). Plus près de Nioro, on rencontre une pegmatite très laminée avec biotite, muscovite etsurtoutséricite Par ses micas,remarquablement abondants, cette roche se rapproche beaucoup d'un micaschiste. Il faut signaler aussi quelques affleurements gneissiques, très riches en mica {par conséquent bien différents de ceux de la région Tchetti-Bassila), qui couvrent, avec le conglomérat ferrugineux, des espaces très étendus ; enfin du quartz filonien, très abondant.
PAYS DE SÉMÉRÉ
D'Aledjo à Séméré, les seules roches massives rencontrées sont des gneiss feuilletés, possédant une orientation qui va du nord magnétique à Nm — 15" — W. Ils forment des dalles assez éten-
dues et marquentle fondde toutes les rivières. Ils offrent des faciès différents, surtout par leur coloration qui dépend de leur richesse en biotite. On y trouve des sortes de lentilles volumineuses constituées par de la pegmatite à grandes lamelles de biotite (1).
Ce sont les gneiss qui forment également la hauteur de Séméré. Ils sont très riches en amphibole et appartiennent à deux types assez différents orientés Nm — 5° — W. Toujours très altérés, ils se débitent en plaques étalées sur les flanes de la hauteur, ce qui donne l'impression d'ardoises sur un toit. Ils sont accompagnés d’un autre gneiss, pauvre en éléments colorés, et sont traversés de quartz filonien.
Du sommet de Séméré (50 m.), on aperçoit une série de hauteurs, toutes en territoire allemand, qui, obtenues d'un autre point par recoupement, correspondent à celles indiquées sur la carte de Sprigade (2). Pour les plus voisines d’entre elles il n'y à aucun doute possible : ce sont des dômes gneissiques. Quant aux autres; elles ont un profil beaucoup-plus inégal et en même temps plus adouci qui rappelle celui de quartzites. Ce sont certainement de nouveaux lambeaux de l'Atacora.
De Séméré à Bareï, on passe sur des gneiss normaux, à deux micas, aux éléments orientés N.S., traversés de pegmatite, également à deux micas. A trois kilomètres à l’est de Séméré, ainsi qu'à 9 kil. à l'ouest de Bareï, ces gneiss sont associés au gneiss granitoïide à grands éléments qui reparaît encore ici, mais sur une très faible étendue.
Enfin les micaschistes, très altérés, se rencontrent également, à environ 7 kilomètres au sud de Bareï.
Les gneiss à deux micas forment de petits dômes isolés répartis le long de la route à une dizaine de kil. environ de Séméré.
PAYS DE DJOUGOU
La région comprise entre Bareï et Djougou a un aspect très particulier. C'est un pays élevé, extrêmement dénudé, à larges ondu-
4. Dans le lit de la rivière, à 8 kil. environ au nord d'Aledjo, y ila, au milieu du sable gneissique, des pisolites ferrugineux. 2 Publiée en 1898.
lations, et dans lequel sont réparties en grand nombre de petites buttes (20 m. au maximum) à profil trapézoïdal (PL VIE, 2). Le conglomérat ferrugineux affleure constamment : les petites buttes elles-mêmes sont exclusivement formées par cette roche.
J'ai pu heureusement recueillir des renseignements sur la constitution du sous-sol en ce point, en visitant une exploitation de kaolin, dont je dois l'indication à M. de Bournazel, alors Résident à Djougou. Cette exploitation (Fig. 35) setrouve à environ 2 kil. 1/2
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Fig. 35. — Gisement sur la route de Djougou à Bareï. G gneiss ; K kaolin résultant de la décomposition des gneiss ; P pegmatite et micaschiste ; Q quartz ; R rutile ; T tourmaline noire.
du village du roi. Une petite rivière torrentielle y prend naissance. La roche dominante est un gneiss, dont les plans de schistosité, généralement horizontaux, apparaissent ondulés sur une coupe verticale. Des filons de quartz y sont intercalés, affectant la même allure. Cette roche, surmontée de conglomérat ferrugineux, est entièrement kaolinisée ; mais les éléments demeurent parfaitement discernables et aucune erreur de diagnostic n'est possible. Dans un stade plus avancé, on ne distingue plus, au milieu d'une masse homogène, riche en argile et en chlorite, que les filons de quartz brisés ayant gardé l'allure primitive.
Au milieu de ces gneiss se trouvent des poches closes, presqu'entièrement remplies de kaolin blanc très pur, avec du quartz granulitique et des lamelles de muscovite très développées, ce qui permet de conclure à l'existence, au milieu des gneiss, de masses (filons) de pegmatite. D'ailleurs les roches intactes se trouvent
dansce même gisement.Les pegmaltites apparaissent très laminées ; leurs micas (atteignant souvent 7 centimètres de longueur sur 4 d'épaisseur) montrent, par l'écartement en éventail des lamelles d'un même cristal, que les actions mécaniques subies ont été considérables. Quant aux gneiss, ce sont des roches à grain très fin, à biotite. Enfin, en ce mème point, on trouve à la fois du gneiss amphibolique, du gneiss très riche en épidote, de la tourmalinite (très développée) et de beaux cristaux de rutile.
Le doute subsiste quant à la nature de la roche originelle des buttes de la région de Djougou, mais étant donné que dans tout ce pays le conglomérat ferrugineux est formé aux dépens de eneiés ou de pegmatites, il n'y a pas de raison pour qu'il n’en ait pas été de même pour les buttes en question (1).
Au nord de l'Ouangara (2), on trouve une roche qui est le type classique des micaschistes (orientée Nm—20°—EÆ, pendage 24°). Le grenat y est toujours abondant.
Ainsi le plateau de Djougou offre une grande variété de types pétrographiques. Mais son aspect particulier-est dù surtout au développement considérable du conglomérat ferrugineux.
M. de Bournazel m'avant signalé la présence d'un accident montagneux à environ 25 kil. à l’est de Djougou, j ai pu, en m'y rendant, relier la région de Djougou à celle de Parakou-Sinendé. En eflet, au point considéré, à Tébou, le gneiss granitoïde à grands feldspaths,du type Parakou-Sinendé, apparaît avec une telle abondance, qu'on à toutes les raisons de penser qu'il se poursuit sans doute d'une façon exclusive (sauf les accidents pétrographiquès naturellement) à l'est ; et l’on est parfaitement en droit d'admettre que c’est bien là la continuation de la région Parakou-Sinendé.
Le dôme de Tébou, inaccessible, à une cinquantaine de mètres de hauteur ; il a l'aspect dénudé et régulier des monts de Savé. Au pied de cette hauteur, on trouve en outre un peu de gneiss feuilleté.
1. Je pense que la forme des petites bultes est celle d'accidents gneiïssiques
ou éruptifs possédant autrefois ce profil, ce qui est conforme à quelques exemples observés.