Ouangara : caravansérail, village des étrangers
Entre Tébou et Bérifoungou s'étale un vaste plateau, recouvert de conglomérat ferrugineux, au milieu duquel il existe en abondance du quartz filonien, de la tourmaline, du rutile et de la magnétite. Les seules roches qu'on aperçoive sur ce plateau, sont : 1° à proximité du rebord oriental, un gneiss granitoïde à biotite et à grain fin, désagrégé en boules et sillonné de petits filons de microgranite pauvre en éléments colorés (aplite). Ce gneiss passe au gneiss granitoide à grands éléments; — 2° à 1.500 mètres à l'ouest de ce gisement, un gneiss basique à pyroxène, décomposé en boules formées d'écailles concentriques riches en fer ; 3° enfin à 1.500 mètres de là, roche analogue à ia précédente, mais riche en amphibole et grenat.
Entre Bérifoungou et Djougou on passe successivement sur les affleurements suivants :
1° à 4 500 mètres de Bérifoungou, gneiss à muscovite traversé de pegmatite grenatifère.
2° à 8.506 mètres de Bérifoungou, dans le lit d’une rivière assez importante, eneiss orienté Nm—5— W,avec un pendage moyen de 30°. La roche dominante est un gneiss à amphibole et pyroxène, très voisin de ceux rencontrés entre Tébou et Bérifoungou.
À côté se rencontrent des rognons individualisés par l'érosion, les uns très riches en fer, les autres formés par un gneiss normal.
Des formations analogues (gneiss, quartz filonien, pegmatite, conglomérat ferrugineux) se poursuivent au nord de Djougou. Les principaux affleurements seront signalés à propos du massif de lAtacora.
Ainsi la région de Djougou est une région de transition. Au sud et à l’est elle se rattache aux régions caractérisées par la présence de gneiss granitoide à grands éléments. Au nord et à l'ouest elle offre déjà des traits communs avec les pays de l'Ata- cora (présence de minéraux spéciaux et surabondance de conglomérat ferrugineux) dont les derniers lambeaux s'avancent à Aledjo et à Tannéka. Enfin elle conserve une individualité propre par la présence de certaines roches (micaschistes, gneiss feuilletés) au milieu desquelles le gneiss granitoïde à grands éléments n’est plus qu'un accident exceptionnel. On remarquera que les
gneiss pyroxéniques se rencontrent en quantité appréciable entre Djougou et Tébou. C'est, avec la région Caboua-Tchaourou, les deux seuls points où ces types pétrographiques ont été rencontrés au Dahomey. Leurs affleurements sont toujours très limités.
RESUME ET CONCLUSIONS
La région centrale de la colonie du Dahomey offre à un très haut degré {ous les caractères d'une pénéplaine. Les formations qui la constituent ont dù autrefois composer des accidents importants en raison des plissements dont ils ont été l'objet ; mais l'érosion a nivelé l’ensemble du pays avec une régularité remarquable. Cette action érosive peut être d'autant moins mise en doute, qu'elle se poursuit encore actuellement avec une grande intensité. Elle est traduite dans le détail par l'horizontalité des: affleurements, bien que les roches qui s'y rencontrent soient de composition ou d'âge différents, ou encore aient leurs plans de schistosité redressés souvent jusqu'à la verticale. Les témoins de cette érosion sont les dômes qu'on rencontre fréquemment, et qui euxmêmes ont subi une dénudation intense. Ils représentent des points qui étaient mieux protégés ou plus résistants. On s'explique ainsi très bien qu'ils soient:toujours groupés suivant des directions rectilignes, puisque la partie aux dépens de laquelle s’est individualisé chaque massif possédait une orientation originelle qui était précisément celle des plissements, et n'avait qu'une largeur très limitée.
Dans le modelé général, l'érosion se traduit par le manque absolu de relief notable (puisque les dômes ayant moins de 100 mètres de hauteur se détachent parfaitement de l'ensemble à des distances de 50 kilomètres), et par la pente même du sol, toujours régulière et insensible, soit qu'on monte depuis la Lama vers Bouay, soit qu'on descende à partir de cette dernière localité
vers le Niger.
L'allure de cette pente rectiligne et non concave, même dans le lit des rivières, montre que l'action érosive prépondérante est le ruissellement, et que les fleuves eux-mêmes, grâce à leur régime torrentiel excessif, travaillent à la manière des eaux sauvages. Dans la partie méridionale seule de la région qui nous intéresse les grandes artères ont manifesté un mode d'érosion qui leur est
P ropre -
A part quelques grès d'un intérêt médiocre, et qui sont très localisés (Dossohoué, Gueysourou), toutes les formations de la région centrale peuvent se ramener à deux types :
a) Les roches cristallines schisteuses (gneiss etmicaschistes).
b) Les roches éruptives.
a) Dans le premier type il faut faire deux nouvelles divisions :
1° Les roches nettement mélamorphiques, assez localisées . les gneiss feuilletés (Oumkémé, Savalou, Kandi, Djougou), les micaschistes (Djougou, Kandi), les taleschistes (Kidaroupérou, Bessaroupérou), les quartzites (Aclampa, R. Zon), les cipolins (R. Zon}: etc.
2° Les roches vraisemblablement d'origine éruptive. Parmi ceux-ci se trouvent le gneiss granitoïde à grands feldspaths, qui occupe la plus grande superticie de la région centrale, souvent associé avec des roches précédentes, et susceptible de composition minéralogique variable. Je lui attribue une place particulière dans la classification (voir Pétrographie). Il faut signaler encore dans ce groupe certains gneiss basiques.
b) Ces formations sont traversées par des roches éruptives, qui aflectent deux modes différents :
1. Les roches massives, compactes, susceptibles de former des pointements étendus qui se traduisent souvent par des accidents du relief. Ces roches sont ou des granites (Oumkémé, Abomev, Fita, Tehagui, Lamma, Djaloucou, Tchetti, Acalampa),des greisen (Carnotville, Ouénoubérou) et des gabbros (Aouamé, Fita).
2. Les types filoniens, qui n'affectent nullement la typographie, sont formés par du quartz, de la pegmatite, très abondante, des aplites (Savé, Gouka) ; enfin, par roches basiques, très rares (diabases à Tehagui et à Dossouhoué, microdiorite à Mocpar,
Quelle que soit l'allure que présentent les roches éruptives (massifs ou filons), on à vu que les actions de métamorphisme de contact sont extrèmement limitées.
Presque constamment la roche érupuve et le gneiss ont une ligne commune très nette, de part et d'autre de laquelle on n’observe que des réactions peu importantes, souvent nulles. Il convient de remarquer, il est vrai, que les deux roches en présence ont de grandes affinités minéralogiques, ce qui contribue à rendre leurs modifications très faibles, et en tous cas beaucoup plus difficilement discernables:
Dans la région centrale, toutes les roches franchement érupüves sont postérieures aux roches schisteuses rencontrées. Celles-ci sont caractérisées par leurs plissements, sénéralement parallèles sous une même latitude, qui passent de Nm — 30° — W (au sud) à Nm — $ (au centre), et reviennent à Nm — 30° — W (au nord).
Les pointements éruptifs qui les traversent, dont le contour offre d'ordinaire l'aspect d'une ellipse allongée, aflectent une orientation parallèle aux plissements. :
En dehors de lignes de hauteurs, continues ou non, dont le relief actuel ne traduit qu'une marche irrégulière de la dénudation du pays, l'allure des plissements se manifeste encore dans le modelé par l’existence d'ondulations larges, parallèles entre elles, et dont les plus importantes sont occupées par le lit des grandes rivières. Les cours d'eau peu importants, au contraire, ont des directions fort variables, et ne se sont marqués, à la surface du sol, que par de simples tranchées en U, sans que la moindre ondulation détermine, de part et d'autre de leur lit, le profil d'une
vallée.
si
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Les régions faisant l'objet de ce chapitre sont caractérisées par la rareté des roches éruptives et des gneiss, qui continuent bien à exister en profondeur, mais qui sont masqués sur de très grandes étendues par des dépôts plus récents : notamment des quartzites et des grès.
Les quartzites constituent d’une façon presque exclusive le massif de l’Atacora, tel que je le considère, tandis que les grès au contraire sont répartis de part et d'autre du Niger sur des distances souvent considérables (plus de 100 kilomètres sous le méridien de Kandi). Dans ces conditions, en tenant compte de la distribution géographique de ces formations superficielles, il serait préférable de les décrire dans deux chapitres distincts. Mais il est malaisé de séparer l'Atacora du Niger, puisqu'ils ont tous deux une région commune, le W,etqueles formations caractéristiques de l'Atacora se retrouvent, sur une grande étendue, dans la vallée du fleuve. D'autre part, le système de plissements qui intéresse l’Atacora a une telle influence sur l'évolution de la vallée du Niger, que je crois préférable d'essayer de diviser l'ensemble des territoires considérés suivant la nature des roches dominantes, plutôt
que d'après les caractères de leurs accidents géographiques.
Les points extrêmes de l’Atacora, entre la frontière allemande et la rive gauche du Niger sont : Aledjo, Tannéka, Kouandé, Firou, Bossia, pour le versant sud-oriental ; Makéri, Kouargou, Konkobiri, Compong, Kirtachi pour le versant nord-occidental. En ce qui concerne la région des grès de la vallée du Niger, dans la partie comprise entre Sansan-Haoussa et Gaya, je la prolonge, au point de vue géologique, jusqu'à Tananiadji (sur la route de Botou) et jusqu'à Zougou (sur la route de Parakou). Partout ailleurs j'ignore son développement, assez limité cependant sur sa rive droite, très étendu par contre sur sa rive gauche.