LES FORMATIONS CRISTALLINES DU NORD
Au nord de Say, jusqu'à Sansan-Faoussa, les seules formations rencontrées sont de deux ordres :
1° Dans le hit etsur les rives du fleuve, des roches éruptives ou métamorphisées, qui sont la continuation de celles de la région centrale. Ces roches, dans certains cas, peuvent être entièrement décomposées sur place sans qu'aucun de leurs caractères structurels soient changés.
2° La vallée est dominée de part et d’autre par les plateaux à surface nettement horizontale, découpés jusqu'à leur base par l'érosion, et qui forment une couverture gréseuse médiocrement importante au-dessus de substratum.
Une année après mon passage dans ces régions, M. Chudeau, qui rentrait en France, remontait en chaland le Niger à partir de Niamey, de sorte que ses itinéraires et les miens ontune cinquantaine de kilomètres communs.
Ce voyageur considère que les formations de la vallée du Niger, entre Ansongo et Niamey, sont représentées par des roches anciennes (silurien et peut-être dévonien — cet étage étant marqué par des schistes interstratifiés à Labenzenga) sur lesquelles repose le lutécien (1). Or j'ai décrit avec beaucoup de détails (2) un certain nombre de roches se trouvant précisément entre Niamey et Ansongo et ayant été recueillies par les Capitaines
1. Chudeau, £xrcursion géologique au Sahara et au Soudan in Bulletin Société géologique de Fr., 4 série, t. VIE, 1907, Nm. 6, p. 335.
2. H. Hubert, Sur quelques roches provenant des rapides du Niger in Buil. Mus, Hist, Nat., 1903, ;
L'ATACORA ET LA VALLÉE DU NIGER gi Lenfant et L. Fourneau. Ce sont des granites, des pegmatites, des diabases, des quartzites, des phyllades, des micaschistes. Cette simple énumération montre que les roches éruptives occupent une grande place dans cette région. Comme roches anciennes j'ai rencontré en outre, entre Niamey et Sansan-Haoussa seulement : des gabbros, des gneiss, des cornes, des schistes ardoisiers, de très nombreux filons de quartz. Dans cette partie notamment, les roches éruptives et les gneiss prédominent nettement.
D'autre part, pour M. Chudeau, l’éocène (lutécien) est représenté, le long du Niger, à Niamey même et en amont de ce point. Pour cet auteur cet étage serait caractérisé par la falaise de Niamey constituée ou bien par « marnes blanches bariolées de lie de vin »(C. R. A. S.) (1) ou bien par des « argiles blanches maculées de lie de vin »(B. S. G.) (2) Cette seconde détermination seule me parait correcte, encore faut-il noter que la présence des éléments quartzeux au milieu de ces argiles est fort appréciable.
Sans nier la possibilité de ramener à l'époque lutécienne la date de certains dépôts de la vallée du Niger, j'estime qu'actuellement rien ne permet d'établir qu'il en est ainsi pour la formation de Niamey. Le manque absolu de fossiles, dans un rayon de 400 kilomètres, a obligé M. Chudeau à formuler son opinion sur la falaise de Niamey d'après l’analogie d’aspect avec celle de Tahoua. Et cette analogie d'aspect est uniquement basée sur la présence d'argile blanche maculée de lie de vin, formation qui ne me parait nullement caractéristique d'un étage en Afrique, où les argiles blanches sont si abondantes, et où les eaux chargées d'hydrate de fer donnent à la plus grande partie des roches des colorations plus où moins rouges.
Bien mieux, l'exemple choisi à Niamey me semble d'autant moins concluant :
1° que rien à la falaise sur laquelle est bâtie le camp n'est carac-
téristique d'un niveau marin.
4. Chudeau, Le lutécien au Sahara et au Soudan in Comp. Rend. Ac. Sc. CXLIV, 1907, p. 811 et 812; 1907.
2. Chudeau, Zxcursion géologique au Sahara et au Soudan im Bull. $, géol, Fr., p. 335.
2 qu'aucun élément paléontologique dans un rayon de 400 kil. ne vient démonter la présence de l’éocène.
3° que l'analogie d'aspect n'est pas caractéristique ; il faut remarquer en outre qu'elle porte sur des formations distantes de 100 kilomètres.
que la falaise au nord du village, pour laquelle on pourrait mieux invoquer l'analogie d'aspect et qui, de plus, est à proximité et dans le prolongement de celle sur laquelle est bâti le camp, est nettement formée de roches anciennes (éruptives et schistes cristallins) kaolinisées.
5° qu'on à des fortes raisons de se trouver en présence de roches cristallines kaolinisées plus ou moins remaniées, les roches fraiches (granites) affleurant au pied même de la falaise de Niamey.
D'autre part,les niveaux marins ne semblent pas apparaître entre Niamey et Sansan-Haoussa. Il ne saurait subsister aucun doute pour les roches ferrugineuses superficielles. Pour les oolithes et pisolites ferrugineux, M. Chudeau lui-même leur attribue une origine lacustre. Quant aux couches argileuses (grès argileux, arkoses, argiles), la plupart, d’aprèsla nature de leurs éléments mêmes, ne sont certainement pas d'origine marine. Cependant on trouve exceptionnellement, à la base de quelques-unes d’entre elles, des cailloux roulés dont la taille diminue rapidement à mesure qu'on s'élève et qui sont nettement déposés par les eaux.
A leur sujet, deux interprétations sont possibles : ou bien ils correspondent à ce qu'on a appelé conglomérat de base, et sont alors d’origine marine, ou bien ce sont simplement des terrasses de galets, lacustres ou fluviatiles. La présence de ces cailloux roulés, à des niveaux très variables, et se retrouvant dans le lit du Niger et de ses affluents, rend plus vraisemblable la seconde hypothèse. Si cela est exact, les dépôts marins n'existeraient done pas au sud de Sansan-Haoussa. :
M. Chudeau justifie encore l'analogie d'aspect par la présence de formations superticielles ferrugineuses : or celles-ci ne sont nullement caractéristiques d'un faciès, mais sont seulement caractéristiques d'un climat, puisqu'on les retrouve en Afrique, sous celte latitude et au sud, couronnant à peu près toutes les roches, quels que soient leur constitution minéralogique et leur âge.
En résumé, pour M. Chudeau, dans la région comprise entre Niamey et Sansan-Haoussa, le sous-bassement est représenté par le silurien. Il est surmonté le plus souvent par des argiles lutéciennes. Pour moi, le sous-bassement est surtout archéen et éruptf; il est surmonté de grès argileux et d'arkoses, formations continentales évidemment assez récentes, mais dont il n’est pas actuellement possible de déterminer l'âge.
Afn de faciliter les recherches relatives à cette région, que j'ai parcourue à petites journées sur les deux rives du fleuve, je déerirai ici mes itinéraires avec plus de détails que précédemment.