LES RACES
Tous les voyageurs qui se sont livrés à des études d'ethnographie africaine se sont heurtés à une grosse difficulté résultant du mélange des races.
L'Afrique étant par excellence le pays où les migrations se sont produites dans des sens très différents, il est évident que les hordes victorieuses ont puissamment contribué à la confusion des caractères ethniques des races autochtones (1). Ces dernières n’ont presque jamais été totalement détruites par les envahisseurs. Aussi, plusieurs cas ont-ils pu se présenter :
1° La race autochtone (A) a été s'installer dans une autre région, inhabitée, où elle a formé un noyau conservant ses caractères originels.
2° La race autochtone s’est mélangée à la race envahissante (B), d’où création d'une troisième race intermédiaire (C).
3° La race envahissante, entrainant toujours à sa suite des milliers d'esclaves appartenant au moins à une race étrangère (D), ceux-ci ont introduit des éléments nouveaux par leur mélange soit avec la race envahissante (E), soit avec la race autochtone (F). Ainsi, une seule migration a pu amener le mélange, sinon la confusion, d'au moins trois races.
Une nouvelle cause de perturbation est due à ce fait que la race autochtone chassée de son pays à pu se trouver en contact avec une nouvelle race. Pour subsister, il a fallu qu'elle devienne à son tour race envahissante, puisque la loi du plus fort semble avoir été la seule règle présidant à l'installation des. races africaines. Et de nouveau les mélanges se sont produits.
4. Le mot autochtone est pris ici dans un sens purement relalif.
538 RELATIONS RIOGÉOGRAPHIQUES
Enfin, il faut remarquer que les invasions ont été innombrables, et que de nouvelles races sont toujours venues s'ajouter dans un même pays à celles qui s'y trouvaient précédemment installées. |
Des faits analogues se sont produits, il est vrai, sur presque tous les points du globe. Mais chez nous, par exemple, les éléments disparates se sont fondus peu à peu dans le temps : ils ont acquis une nouvelle individualité qui a contribué à en faire une race nouvelle. Il n'en est pas de mème dans les pays noirs, où les invasions se produisaient encore au moment de notre occupation, c'est-à-dire il y a une dizaine d'années.
Maintenant une stabilité relative est acquise. Mais en raison de la sécurité que nous avons apportée dans le pays, les indigènes commencent à entreprendre des déplacements nombreux, souvent nécessités par les transactions qui se développent. Ainsi peu à peu de nouveaux mélanges vont contribuer à atténuer les différences existantes et rendre le travail de classification plus difficile encore.
Ce sont les groupements (4) actuels que je m'efforcerai de définir. Chacun d’eux, si composite qu'il apparaisse, a acquis certains caractères qui permettent de le différencier des groupements voisins. Pour les indigènes eux-mêmes, les plus importants de ces caractères sont : les caractères physiques, les tatouages, le langage.
En ce qui concerne les caractères physiques, je me suis efforcé de les résumer dans des fiches, faites sur place, qui représentent à mes yeux, le /ype moyen de chaque race. Mais je reconnais très volontiers que les observations que j'ai faites sont trop peu nombreuses pour servir autrement que comme indications générales. Je me bornerai à reproduire ici ces fiches, telles que je les ai rédigées (voir tableau des races). J'y ajoute quelques indications caractéristiques concernant le costume, la langue, Fhabitation, la religion, les industries dominantes, les localités principales, le mode de groupement des cases.
On remarquera que la division entre les races du nord et celles
1. J'entends par groupement association d'individus qui ont acquis dans le temps certains caractères communs, certaines affinités. Il ne s’agit donc pas là toujours de races à proprement parler.
du sud n’est pas absolument arbitraire, mais qu'elle correspond à des différences de religion (de types parfois), -auxquelles
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