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INFLUENCE DES CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES. SUR LA RÉPARTITION DES RACES

La première inspection d’une carte sur laquelle est portée la répartition de toutes ces races (fig. 85) montre que les territoires ccupés par chacune d’entre elles occupent des superficies très inégales (1). D'une manière générale le nombre des peuplades augmente à mesure qu'on s'avance vers la mer, ce qui est normal puisque c’est toujours vers la côte que sont repoussées les populations vaincues : les populations victorieuses tendant toujours elles-mêmes à parvenir à la côte.

On remarque qu'au nord presque toute l'étendue du pays ‘est occupée par les Djermas, les Gourmantchés, les Mossi et les Bargou ; au sud, par les Nagos, les Fons et les Mahis (on peut d’ailleurs éliminer ces derniers considérés comme un métissage de Nagos et de Fons). Ainsi, six races seulement occupent presque tous les territoires que j'ai parcourus, et bien au delà même.

Or, il est facile de voir que, pour leur établissement, toutes les races ont souvent subi l'influence des conditions géographiques, en raison des deux principes suivants :

a) Les accidents géographiques arrêtent les peuplades victorieuses.

1. Dans la carte où est indiquée la distribution des races, on remarquera que les limites assignées à chacune d’elles sont très nettes. Cela correspond du reste à la réalité : deux villages voisins, quelquefois peu distants l’un de l’autre, sont habités par deux races distinctes ; ou bien encore, dans un même village frontière, on trouve deux groupements ethniques différents, possédant chacun un cnef, Dans tous les cas, la limite est rigoureuse,

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b) Les accidents géographiques servent de refuge aux peuplades vaincues.

J'indiquerai quelques exemples parmi les plus probants.

On sait qu’autrefois l'empire Sonraï occupait la vallée du Niger, au moins vers le sud jusqu'à la hauteur d'Ilo. Par la suite, les Djermas, venant de l'est, réussirent à atteindre le fleuve ; ils absorbèrent presque totalement l'élément Sonraï dont ils adoptèrent la langue. Mais leurs migrations n'ont pas traversé le Niger, sur la rive gauche duquel ils sont demeurés cantonnés.

Quant aux Sonraïs, on ne les retrouve plus que dans quelques iles du fleuve où ils se sont réfugiés ; 1ls forment en outre un groupement assez important (Dendis) sur les rives du Niger entre Bikini et Gaya (1).

D'autre part, dans la même région, des Foulbés guerriersvenant du Fouta-Djalon se sont établis il y a une soixantaine d'années dans la région de Lamordé, puis à Say (Courteils), Déjà de sang très mélangé, ils se sont unis aux Djermas auxquels ils ont emprunté la langue Sonraï. Eux aussi ont été arrètés par fleuve, qui demeure bien ainsi une frontière naturelle.

Les Gourmantchés ontoccupé vers l’est un territoire plus étendu que celui sur lequel ils sont localisés, ainsi que le ÿrouve leur établissement actuel à Firou et à Djougou. Ils ont repassé l'Atacora sous la poussée des Bargou, venant de l’est. Ces derniers occupent maintenant un pays très étendu et il semble bien que les accidents géographiques aient seuls arrêté leur marche en avant : savoir : entre le Niger et Firou, les plateaux désertiques, et, plus au sud, le massif de l'Atacora.

De même, il n'est pas douteux que les Sowrmbas et peuplades voisines, qui offrent de nombreuses affinités avec les Gourmantchés (Takimbas, Barba, Kabrés, ete.), aient occupé autrefois la plaine et qu'ils aentété refoulés dans la montagne par les Bargou.

1. C'est de ce dernier groupement que serait issue la colonne dendi, qui, il y a trente où quarante ans, aurait parcouru le pays jusque dans la région de. Séméré et se serait ensuite fixée à Djougou (Ouangara) et à Dori (au nord de Djougou).

C'est en raison du refuge que leur a offert le massif qu'ils ont pu continuer à former un groupe ethnique indépendant. Seuls les Pilas-Pilas (également très voisins des Soumbas) sont demeurés dans la plaine, mais ils y ont toujours été à l’état de demi-servage.

Les Madokolis et les Ouinqui-Ouinqui, groupes ethniques peu importants, ont pu subsister : les premiers grâce aux montagnes voisines, les seconds grâce à leur puissant groupement fortifié de

Bassila.

Au sud enfin, les Nagos ont d'abord occupé presque tout le pays. Mais cette race a été profondément entamée par la race Fon, qui a fait le vide autour d'elle.

Les Fons se sont établis par la force dans la partie la plus fertile limitée par le Couffo, le Zou, l'Ouémé et la mer, et l'on remarquera que les limites de leur pays sont encore des accidents géographiques. Quant aux races incapables, par le petit nombre des individus qui les composaient, de résister soit aux Nagos, soitaux Fons, elles ont cherché un refuge dans les régions les plus inaccessibles. C’est ainsi que nous retrouvons aujourd'hui les 7ehrs et les Hollis dans la zone marécageuse à laquelle j'ai étendu le nom de Lama ; les Sahoués sur les plateaux au sud du pays des Tchis ; les Pédas sur les bords du lac Ahé ; enfin les habitants du delta de l'Ouémé et du lac Nohoué. Toutes ces populations avec les Oués, les Ouatchis, les Minas, ete... représentent sans doute des types ethniques beaucoup plus anciennement fixés dans le pays (1).

Ainsi, en ce qui concerne l'établissement des races humaines, l'influence des accidents géographiques s'est manifestée d'une façon très nette. Comme je l'indiquais plus haut, on voit bien que :

1° D'une part, les races victorieuses semblent n'avoir pas voulu établir leur domination, sans doute devenue trop précaire,

4. M. Gaillard admet que les Pédas représentent les descendants des habitants de l'ancien royaume.de Juda (Ouidah) et que les lacustres d'Avansouriet Affolonou sont les descendants des autochtones de l'ancien royaume d'Ardres (Allada) (Gaillard. Ætude sur les lacustres du Bas-Dahomey in l'Anthropologie pp. 99-195. Paris, 1907.

Fr VV, MO A ben PS a »

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au delà de certaines limites géographiques (Atacora, Niger, Ouémé, Couffo, ete.). ;

20 Les races vaincues ont cherché un refuge au milieu de territoires géographiques spéciaux où elles échappaient iniehx aux incursions des envahisseurs (Atacora, Lama, delta de l'Ouémé, ete.….). < ,

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INFLUENCE DES CARACTÈRES GÉOGRAPHIQUES SUR L'ÉTABLISSEMENT DES VILLAGES

Il nous reste à voir, dans les territoires dévolus à chaque race, le parti considérable que les indigènes ont tiré des accidents naturels.

Lorsqu'un groupement s'installe, comme dans ce pays la place n est généralement pas limitée, les habitants s'efforcent d'utiliser avant tout les points les plus favorables. Or il est deux choses qu'il leur a fallu prévoir : les moyens de défense tout d'abord, les moyens de subsistance ensuite.

1°) Moyens de défense.

Je ne parlerai pas des moyens de défense artificiels qui témoignent, chez certains peuples, de connaissances souvent étonnantes de l’art de la guerre. Les moyens de défense naturels sont ceux qui consistent à utiliser un territoire dont l'accès soit pratique-

ment inaccessible à une troupe armée.

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