‹ Contribution à l'étude de la géographie physique du DahomeyChapitre 48 sur 276 · CONGLOMÉRAT FERRUGINEUX · texte numérisé non relu

CONGLOMÉRAT FERRUGINEUX

__ C'est sous la forme de conglomérat ferrugineux que les hydrates de fer constituent la roche détritique la plus abondante du Dahomey, puisque celle-ci est à peu près la seule qui se rencontre entre le et le versant nord de l’Atacora.

Le conglomérat ferrugineux a, suivant les régions, des origines différentes. Il est toujours caractérisé par la présence d'un ciment riche en limonite englobant : a) soit des éléments de roches cristallines (éruptives ou métamorphiques), &) soit des éléments de roches sédimentaires.

a) Dans le premier cas, ainsi qu'on l'a vu précédemment, l'hydrate de fer se forme directement, et sur place, aux dépens des minéraux colorés de la roche. IL est aisé de voir, en effet (gneiss granitoide de Baflo), que sous l'influence d'agents divers (eaux superficielles, peut-être action des bactéries, etc.), les éléments colorés, la biotite surtout, dont les cristaux sont souvent implantés dans les feldspaths, s’altère plus vite que ceux-ci. En même temps, sur les surfaces planes, où l’hydrate de fer ne tarde pas à s'accumuler, la roche fraiche commence à se ternir, puisils'y forme un enduit d'abord à peine suffisant pour lui donner une teinte rougeâtre, mais qui devient rugueux et de plus en plus épais. Cependant la décomposition des feldspaths se poursuit parallèlement et il ne reste plus au bout d'un certain temps que le conglomérat ferrugineux, c'est-à-dire une masse caverneuse d'hydrate de fer conteñant un peu d'argile — peut-être aussi de l'hydrate d'alumine — et émprisonnant les éléments inattaquables de la roche primitive (quartz, tourmaline) et quelques-uns des feldspaths qui n'ont point encore été digérés. |

Le processus de ces transformations est identique pour toutes les roches cristallines affleurant depuis Abomey jusqu'au Borgou

septentrional. Plus au nord, la formation de conglomérat ferrugineux semble beaucoup plus capricieuse (1).

Il est des régions où l'existence des roches éruptives aux dépens desquelles le conglomérat s’est formé, encore que vraisemblable, n'a pas été montrée, car on ne connait pas la roche sous-jacente. C’est notamment le cas pour la bordure nord de la Lama, où les tranchées du chemin de fer en ont mis à nu plusieurs mètres d'épaisseur (Kinta). Mais ici, en raison de l'ancienneté du dépôt, le conglomérat ferrugineux s’est trouvé lentement traversé par les eaux superficielles qui ont entraîné vers la profondeur une partie de l'hydrate de fer. Et, par un phénomène de concentration moléculaire, il s'est formé dans la masse du conglomérat, devenue celluleuse, des nodules d'hydrate de fer d'autant plus volumineux qu'on s'éloigne davantage de la surface (à trois mètres de profondeur, ils atteignent la grosseur de la tête). D'ailleurs la circulation des eaux n'est pas douteuse puisque la masse est parfois sillonnée de veinules de la même matière, qui sont en somme des petits filons formés par circulation d'eaux superficielles.

Par une série de phénomènes de déshydration faciles à concevoir, lhydrate de fer de ces nodules ne tarde pas à se transformer en hématite, constituant ainsi les éléments d'un nouveau cycle de transformation.

La formation de nodules est partout caractéristique du conglomérat ferrugineux, mais ils atteignent exceptionnellement les dimensions d'une noix. La dureté de ces nodules est beaucoup plus grande que celle du ciment ferrugineux qui les englobe.

6) Le mode de formation ,précédemment exposé n'est pas constant. [l ne saurait s'appliquer ni à des quartzites (rivière Lomo) dont la teneur en fer est souvent nulle, ni à des roches sédimentaires, comme les grès (Borgou, plateau des Adjas) ou comme les lits de galets roulés (Tsikihoué). Dans tous ces cas, on en est réduit à admettre que les fragments des roches, généralement peu volumineux (10 cm. au maximum), sont réunis

par l'hydrate de fer provenant, par exemple, du lessivage des dépôts meubles superficiels (terre de barre).

Sauf par les matériaux qu'il englobe, un tel conglomérat est absolument identique à celui formé aux dépens des granites et gneiss. S il en est ainsi, rien ne prouve alors qu'au-dessus des formations cristallines l'hydrate de fer provienne de la décomposition des silicates ferro-magnésiens de ces roches : il peut tout simplement s être déposé entre les éléments de la roche feldspathique désagrégée comme entre les fragments d'une roche sédimentaire.

Mais cette manière de voir est contredite par l'observation. La théorie précédemment exposée a d'ailleurs l'avantage d'expliquer : 1° la formation d'hydrate de fer sur les roches feldspathiques ‘absolument dénudées ; ®% la disparition des silicates ferro-magnésiens coïncidant avec l'apparition de l'hydrate de fer ; 3° la forme sous laquelle se manifestent les produits de décomposition de ces silicates. La seule objection possible alors est de dire que la transformation superticielle d'une roche feldspathique en conglomérat ferrugineux comporte deux phases distinctes et indépendantes :

a) Les silicates ferro-magnésiens se décomposent et donnent, entre autres produits, de l'hydrate de fer.

b) L'hydrate de fer cimente les éléments quartzeux et une partie des feldspaths.

Ces deux phases existent bien réellement, mais elles sont superpôsées et continues, puisque l'action se poursuit en profondeur. Par conséquent on n’a aucune raison de les séparer, et ainsi se trouve justifiée la façon suivant laquelle a été exposée primitivement la question.

Nous retiendrons simplement que le conglomérat ferrugineux peut se former de deux manières : soit aux dépens de roches feldspathiques, et c'est le cas le plus général, soit aux dépens de certaines roches dépourvues de silicates ferro-magnésiens. Dans le premier cas le ciment est emprunté aux éléments du substratum, dans le second, il provient probablement du lessivage de dépôts superficiels foisins.

Il y aurait ainsi une distinction à faire. Le conglomérat ferru-

gineux, tel que je l'ai décrit dans le premier cas, représente rigoureusementce que M Du Bois (1)a appelé Oberflächenlaterit parmi les latérites éluviales (en place), c'est-à-dire une formation latéritique caractérisée par sa richesse en oxyde de fer (60 0/0), sa plus ou moins grande abondance en silice (7,5 à 15 0/0) et en alumine (0,14 à 18 0/0), etsa teneur notable en eau (11 à 15,6 0/0). Encore convient-il de dire que cette formation latéritique au Dahomey n'est pas seulement superficielle, mais est susceptible d'atteindre une très notable profondeur.

Le conglomératferrugineux formé aux dépens de roches dépourvues d'éléments colorés ne peut être assimilé, en raison de sa teneur considérable en fer, à ce que le même auteur a qualifié de latérites alluviales (remaniées). Mais il pourrait être assimilé à ce que M. Du Bois appelle croûte protectrice superficielle (epachorische Schutzrinde) avec cette différence que celle-ci semble être limitée au voisinage de la surface tandis que, dans le conglomérat, l'hydrate de fer atteint une certaine profondeur et remplace peu à peu le ciment originel préexistant.

En fait, sur le terrain, dans l'étendue des territoires parcourus, il n'y à aucune différence entre le conglomérat formé aux dépens des minéraux colorés de la roche en place et celui formé aux dépens d'hydrate de fer apporté par les eaux superficielles. Donc si l’on faisait une distinction entre ces deux conglomérats, il faudrait chaque fois connaitre rigoureusement la nature de la roche sous-jacente, ce qui est impossible. C'est pourquoi j'ai cru ne pas devoir différencier ces deux formations et leur laisser un nom qui, sans rien préjuger de la genèse de la roche, permit de la désigner, pour le moment, d’une façon très suffisante.

Même dans les régions où il est abondant, le conglomérat ferrugineux se trouve très inégalement réparti. Cela tient à ce que les conditions qui président à sa formation (composition pétrographique de la roche sous-jacente, relief, constitution physique du sol, climat, etc.), ne sont pas toutes satisfaites.

Le conglomérat ferrugineux ne se trouve jamais formé aux

1. Du Bois. Beitrag 2. Kennt. der Surinamischen Laterit und Schutsenrindenbiidungen (Tchermaks Min. u. Petr. Mitt. XIL. Bd. I. Heft. 1903, pp. 4-61).

dépens de roches meubles, par exemple de la « terre de barre », malgré l'hydrate de fer qui s'y rencontre en excès. J'ai bien observé dans plusieurs cas que du conglomérat ferrugineux paraissait superposé à de la terre de barre, mais un examen attentif m'a montré qu'en réalité il était formé aux dépens d'un grès ferrugineux grossier pouvant être très peu abondant. Le seul exemple aberrant est celui de Bopa, sur les bords du lac Ahé. Il est peut-être tout simplement identique aux précédents.

Le conglomérat ferrugineux ne se forme pas davantage aux dépens des argiles ou des sables fins, comme ceux des dunes. J'en ai cependant rencontré souvent en lentilles assez étendues (plusieurs mètres) au milieu d'arènes granitiques qui sont cependant des roches meubles. Mais, il était aisé de voir, d'après les éléments mêmes qui étaient emprisonnés dans les cellules du conglomérat ferrugineux, que celui-ci, formé avant la décomposition en arène du granite, provenait d'une roche éompacte acide aujourd hui digérée et qu'il avait entièrement remplacée en en adoptant les contours.

Si le gneiss granitoïde de Baffo a été pris comme exemple de la formation du conglomérat ferrugineux, c'est parce qu’en effet les roches qui sont le plus favorables à son établissement sont celles de la famille du granite et les gneiss dont il représente même, au sud de l’Atacora, le mode presque exclusif de décomposition. Il se forme difficilement aussi aux dépens des pegmatites, sans doute parce qu'elles sont assez pauvres en fer. On trouve même parfois des filons de pegmatite, tout comme des filons de quartz, peu altérés, au milieu de conglomérat ferrugineux très rapidement formé aux dépens de la roche encaissante qui atotalement disparu.

Enfin, le conglomérat ferrugineux proprement dit n'apparaît pas surmontant des roches basiques, car si leurs minéraux ferrifères se transforment bien en hydrate ou en oxyde de fer, ceuxei ne tardent pas à former une masse compacte et homogène, ce qui est aisé à comprendre, puisque les feldspaths, plus facilement attaquables, sont rapidement digérés et que le quartz n'existe pas.

En dehors de ces conditions relatives à la constitution physique ou à la composition minéralogique des roches, il en est d'autres qui favorisent ou entravent la formation du conglomérat ferrugi-

neux. On a déjà vu que celui-ci ne pouvait se former que sur les surfaces sensiblement planes.

Certaines conditions climatériques interviennent également. Ainsi vers Sansan-Haoussa, les pluies paraissent insuffisantes pour contribuer à la formation constante du conglomérat ferrugineux (1)etles variations de température peuvent entraver le développement de certaines bactéries capables de concourir à la décomposition des éléments colorés. Il en est de même de bien des points du Gourma, où les roches éruptives se transforment en argile grise contenant seulement des petits nodules d'hydrate de fer, identiques à ceux du conglomérat ferrugineux. Il semble que dans ces régions ce soit de beaucoup la décomposition feldspathique qui domine, comme dans les pays tempérés, d'où la production presque exclusive d'argile.

La consistance du conglomérat ferrugineux n'est pas la même partout. Dans la partie méridionale des pays où il se forme, sa dureté n’est pas supérieure à celle d'un calcaire, et il est facile de le débiter. Dans le Borgou, il est beaucoup plus dur, surtout superficiellement, car il se recouvre d'une sorte de vernis très résistant et à peu près imperméable. Dans ces pays, le conglomérat ferrugineux occupe de vastes espaces dénudés où la végétation ne peut se fixer, sauf dans des circonstances exceptionnelles.

Il est possible que, dans ce dernier cas, la formation de ce vernis soit due à un processus identique à celui indiqué par M. Du Bois (2) au sujet des couches protectrices profondes (anachorische Schutzrinde). Cet auteur admet que les eaux superficielles pénètrent à une profondeur variable où elles se chargent de fer ; mais elles ne tardent pas à être attirées à la surface, d'abord par évaporation, puis par capillarité. De plus, en raison de la chaleur, elles s'évaporent rapidement, alors le fer qu'elles

1. C'est le long du Niger surtout, au nord de l'Atacora, que se forme le conglomérat ferrugineux qui est à rapprocherde ce que M. Du Bois a appelé croûte protectrice superficielle (epachorisehe Schutzrinde), due à j'apport d'oxyde de fer par les eaux superficielles, qui s'évaporent rapidement dans ce climat, en laissant un dépôt ferrugineux important (Du Bois, loc. cit.)

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