B) TERRE DE BARRE
Il est d'autant plus délicat de se faire une opinion sur l'origine de la /erre de barre qu'on ne connaît pas les roches qu'elle surmonte ni celles aux dépens desquelles elle s'est formée.
4. Dans la région de Zougbonou et d'Onhoué le sable blanc et fin qui af fleure en plusieurs points setransforme, lui aussi,en profondeur, par des causes analogues, en grès blanc friable.
Hubert : 8
On a vu antérieurement quelle était la constitution de la /erre de barre. J'appliquerai exclusivement ce nom aux formations détritiques qui couvrent d'un épais manteau la région au sud de Paouignan. Au nord de cette localité, il n'y à aucune hésitation à avoir sur l'origine des terres plus ou moins colorées en rouge, car elles résultent, commeles argiles de nos climats, de la décomposition des roches silico-alumineuses sous-jacentes, ainsi que l'attestent l'abondance des éléments feldspathiques et micacés qu’elles contiennent. Ces éléments n'ontd'ailleurs subi qu'un transport limité. La coloration de ces terres par l'hydrate de fer est variable et peut être nulle.
La terre de barre au contraire, dont la teneur en hydrate de fer est assez constante, est un dépôt superficiel souvent très puissant, dont la nature est toujours indépendante de celle de la roche sous-jacente.
En effet, au fond des puits creusés dans la erre de barre, on trouve : à Porto-Novo, un sable assez grossier ; à Segbohoué, des graviers roulés ; dans le pays Sahoué, des grès ; sur le plateau d'Abomey, des argiles; enfin, un peu partout, au nord de la Lama, du conglomérat ferrugineux. Et toujours le revêtement de terre de barre présente une surface régulière et horizontale qui contraste avec l'allure parfois tourmentée des formations qu'il recouvre. Bien mieux, on voit que, d'une manière générale, toute la région centrale du Bas-Dahomey, exclusivement recouverte de terre de barre, ne présente aucun accident topographique remarquable: elle s'incline doucement vers la côte avec une pente extrèmementfaible (0,30 0/0 environ).
C'est pourquoi je n'hésite pas à considérer la erre de barre comme le produit ultime de la décomposition de terrains sans doute différents, fréquemment remaniés parles agents extérieurs : le sable réduit à des éléments extrêmement fins, l'argile, très homogène et intimement liée à l'hydrate de fer qui la colore, étant bien, dans ces pays, comme on l’a vu plus haut, les derniers termes de la désagrégation des roches. Ces éléments détritiques seront venus s'accumuler dans la région méridionale, comblant les dépressions et formant un épais manteau, très stable en raison de l'humidité.
La cause principale de ces dépôts doit être recherchée dans le ruissellement, et cela pour les trois raisons suivantes :
1° Diversité des roches sous-jacentes, attestant un transport et non une formation en place ;
2° Absence de stratification, écartant l'hypothèse de dépôts torrentiels ;
3° Nivellement remarquable de la surface, écartant la possibilité d'un dépôt éolien. Les phénomènes de transport par le vent sont d’ailleurs nuls dans la région considérée, ne serait-ce qu’en raison du développement de la végétation. Du reste ce nivellement se poursuit sous nos yeux et il n’a actuellement d'autre cause que le ruissellement, d’ailleurs considérable.
La présence de ce dépôt est indépeudante de l'altitude, mais son épaisseur est généralement plus considérable dans les vallées que sur les plateaux. Cependant, la ferre de barre n'apparaît jamais dans les endroits inondés, où elle fait place à l'argile. Déjà au voisinage des rivages où les eaux possèdent un niveau variable (lac Ahé, cours d’eau permanents qui débordent, sources) elle subit un lessivage à la suite duquel elle se transforme en sable fin, par suite du départ de l'argile rouge.
Etant donnée son épaisseur, il est probable qu'il y a longtemps que ce dépôt a commencé à se forruer au cours de la période actuelle. Il est de toute évidence qu'il continue à se développer SOUS nos yeux.
Par tous ses caractères extérieurs, la {erre de barre est une latérite telle que celle-ci a été décrite pour la première fois (1) ; c’est-à-dire un produit de décomposition superlficielle spécial aux pays tropicaux et caractérisé par l'abondance de l'hydrate de fer. Elle répond aussi parfaitement bien à la description qu'a donné M. Du Bois (2) des latérites alluviales (remaniées) de Surinam. Mais au point de vue chimique elle s’en écarte cependant.
Outre qu'elle contient une moins grande quantité de quartz (35 0/0 au lieu de 52), différence négligeable d’ailleurs, elle est
4. Buchanan Hamilton (Journey from Madras through Mysore, Canara
and Malabar. 1807, I, 440.