ACTION SUR LES QUARTZITES
Si les grès offrent des obstacles faciles à affouiller par les eaux courantes, il n'en est pas de même des quartzites, dont le ciment est beaucoup plus résistant. Lorsque les roches sont en blocs isolés au milieu du fleuve, comme à Say, les eaux les polissent lentement, sans les désagréger.
Mais l’action des eaux courantes s'exerce également sur de puissantes formations de quartzite. Voici les deux cas que jai le plus soigneusement étudiés dans l’Atacora.
Le premier cas est celui de la cluse de Doro. Au voisinage du village de ce nom naît une petite rivière torrentielle, qui suit pendant un certain temps un des chainons du massif, formé en ce point de gneiss et surtout de quartzites. Puis, brusquement, la direction de la rivière s'infléchit, devient normale au chainon qui la domine encore d'une trentaine de mètres, etle traverse par une cluse pour reprendre, aussitôt après, la direction primitive, mais sur le versant opposé.
Le mode d'érosion des deux bords de la cluse, présentant des parties abruptes à angles vifs, avec des blocs dissociés suivant des plans de fracture plus faciles, correspond bien au mode d'action des eaux courantes. Cette manière de voir est encore confirmée par le fait que la cluse, accident d’ordre tectonique aux parois originellement verticales (P1., ILE, 1) à été notablement plus élargie à sa partie inférieure, ce qui n'est imputable qu'aux eaux courantes.
Le second cas est relatif à la région du W, formée par les derniers chaînons, vers le nord, du massif de l'Atacora. Le Niger s’y engage en décrivant une série de coudes.
Dans les parties où le fleuve longe l’une quelconque des rides du massif, son action érosive est très limitée. Grâce à l'inégalité de structure des quartzites, les eaux ont pu contribuer à la désagrégation des parties inférieures et à l'établissement d’un véritable mur vertical. [I ne semble pas qu'ilfaille rapporter exclusivement à cette action l'aspect de murs verticaux que présentent les bourrelets de quartzite, parce qu'un tel aspect est très général dans l’Atacora tout entier. La seule part qui revient réellement aux eaux courantes est la disparition complète des éboulis qui seraient sans doute très abondants comme dans le reste de la chaîne, s'ils n'avaient été enlevés au fur et à mesure de leur formation.
Souvent dans la direction où le fleuve coule parallèlement aux rides du massif, il se trouve très encaissé, mais je considère que, dans tous les cas, il n’a fait qu'emprunter des accidents d'ordre tectonique et qu'il ne s'est pas creusé un lit par affouillement de la roche préexistante.
Tout comme la rivière de Doro, le Niger a pu traverser normalement la muraille de quartzite, mais cette fois il a dû utiliser
plusieurs eluses successives puisqu'il avait plusieurs chainons à traverser. Les deux passages les plus caractéristiques sont au sommet des deux branches montantes du W, le premier au lieu dit Gambou (PI. XIT, 2), le second un peu avant Bossia.
Au lieu dit Gambou, le fleuve coule d’abord entre deux murs de quartzites (Fig. 16), puis brusquement il modifie de 80° sa direc-
Fig. 16. — Cluses au lieu dit Gambou. Echelle 50 000
(L'orientation de ce levé a été omise, celle de la ligne AB est sensiblement Nm — 409 — W).
tion primitive, et s'engage dans une vaste échancrure de la rive droite, qu'il a peu à peu élargie. Aussitôt après avoir franchi cette échancrure, le fleuve est divisé par une ile abrupte et les deux bras qu'il forme empruntent chacun deux nouveaux accidents tectoniques. À droite, c’est une gorge que je n'ai point suivie mais qui parait assez longue ; à gauche, c'est une nouvelle cluse de moins de cent mètres de large, avec quelques centaines de mètres de longueur seulement. A tous ces défilés, l’action des eaux courantes n'est pas négligeable comme l’attestent les blocs débités accumulés au pied des parois verticales.
La cluse avant Bossia n'offre pas la même complication. Le fleuve passe également à travers la muraille qui formait sa rive droite, en modifiant subitement sa direction de 110°. Ici l'action des eaux courantes sur les quartzites est encore rendue très nette par l'inégalité d'érosion des deux bords de la cluse :
celui situé à gauche, du côté des eaux actives, étant beaucoup plus abrupt.
Lorsque des quartzites se présentent dans le lit du fleuve en masses suffisamment puissantes, il y à formation de rapides, comme c’est le cas dans la région du W,-par exemple. Ceux-ci ont peu d'importance dans la partie considérée.