ALTÉRATIONS SUPERFICIELLES DES ROCIHES
Cliché H. Hubert
Quartzites à Kirtachi.
Au fond, le Niger, traversé partiellement par des affleurements rocheux,
Cliché H. Hubert, Grès dans le lit du torrent de Logobou (Gourma).
ve
Si
est
rements rocheux, ses eaux bouillonnent, écumantes, et tourbillonnent avec fracas, en même temps que leur vitesse se trouve multipliée par la pente toujours plus forte C'est le meilleur type de ce qu’on appelle un rapide.
Au rapide d'Adjarala (fig. 17), dans le Mono, le fleuve rencontre d'abord une série d'obstacles normaux à sa direction, et là son cours est violent. Puis il décrit une courbe qui l'amène peu à peu dans une ligne presque parallèle à l'orientation des gneiss (PI. X, 2) etaussitôtson courant devient beaucoup moins tumultueux. Ainsi se trouvent successivement réalisées pour un même point les deux conditions envisagées précédemment.
Les plans de schistosité des gneiss, au lieu d’être verticaux, peuvent encore être horizontaux ou obliques. Dans ce dernier cas, les eaux attaquent successivement tous les plans de schistosité, mais les enlèvent inégalement : il en reste toujours une sorte de structure imbriquée très nette (Adjarala). D'autre part, l'obstacle à franchir est particulièrement difficile si les plans de schistosité sont relevés vers l’amont, avec une direction de pendage parallèle à l'axe du fleuve (Oumkémé).
7 argile
TE
Fig. 18. — Barrages rocheux modifiant le cours de l'Irané.
Tandis que l'orientation des affleurements gneissiques n'a généralement influé que peu sur celle des fleuves dont la masse des
eaux est considérable, il n’en est plus de même pour les rivières Hubert 10
de moindre importance comme, par exemple, pour l'frané, sur la route de Kandi à Zougou.
Cette rivière se heurte à trois barrières gneissiques successives (Fig. 18) dont les plans de schistosité, sensiblement verticaux, sont orientés Nm-300-E.
La première barrière, de 6 à 8 mètres plus élevée en A qu'en B, offre un puissant obstacle contre lequel l’eau vient briser son élan : elle bute tout d'abord en A, puis est rejetée en B, en glissant successivement sur les strates qu'elle polit : elle se déverse en B par une petite chute, pour tomber dans le bassin inférieur.
La seconde barrière, très basse en D etemportée en son milieu, laisse passer le courant. En C, au contraire, l'obstacle beaucoup plus large, est infranchissable en raison de sa hauteur (5 mètres).
Enfin, la troisième barrière, peu importante, est cependant suffisante pour imposer sa direction à la rivière, dont la vitesse a été fortement diminuée.
Si le seuil rocheux se trouve dans des conditions topographiques particulières, il peut se former une cascade. En dehors de celle du Mono à Adjarala (PI. XI, 1), la seule que j'aie rencontrée, sans importance d’ailleurs, est sur le chemin de Sekéré à Niarou, à trois kilomètres environ de ce dernier village (Fig. 19). Le seuil
Fig 19. — Plan de la chute à proximité de Niarou. s,6,5, barrages rocheux.
rocheux qui la détermine est vraisemblablement un gneiss (recouvert de conglomérat ferrugineux) se terminant brusquement suivantune direction rectiligne. La masse principale des eaux, après avoir franchi plusieurs barrages rocheux, passe entre la rive droite et un petit ilôt formé surtout d'alluvions. Puis, après avoir
formé une courbe assez profonde, elle se précipite par une cascade de 3 mètres : le dernier seuil rocheux cessant brusquement. Après quoi elle décrit une nouvelle courbe qui la ramène à sa direction primitive.
ACTION SUR LES ROCHES ERUPTIVES BASIQUES
Les roches éruptives basiques se comportent d'une façon légèrement différente. En général, elles se décomposent plus vite que les roches acides, sans doute à cause de la plus grande richesse de leurs éléments en chaux et en fer. Celles qui se trouvent dans le Niger, à Boubon notamment, ont été désagrégrées en boules ne dépassant pas 50 cm. de diamètre. Ces roches n'offrent en ce point un obstacle réellement sérieux qu'en raison de l'étendue de leur affleurement qui occupe le lit du fleuve pendant environ 1.500 mètres (PI. XII, 2). Le rapide de Boubon est aisé à franchir pendant les crues. ë
Les accidents du cours des rivières n'ont pas été groupés dans un ordre méthodique, mais ils ont été décrits en tenant compte de la nature des roches sous-jacentes. Cela peut ne pas paraître rationnel. Il est évident qu'il peut se produire des marmites de géants dans des quartzites et se former des rapides aux dépens des grès, mais je crois que dans les régions parcourues il y a très souvent un rapport immédiat entre le type des accidents considérés et la nature des roches aux dépens desquelles ils sont formés.
Dans le lit des fleuves, nous avons en effet deux éléments en présence : une force, l’eau courante, et une matière passive, la roche sous-jacente. La force agit suivant un certain nombre de lois bien établies et qui ne changent pas. La matière au contraire, est essentiellement variable, mais suivant des types rigoureusement définis et dont chacun présente :
Une allure tectonique originale ;
Une constitution et des caractères physiques particuliers ;
Une évolution spéciale dans le modelé.
Par conséquent le travail effectué, c'est-à-dire l'érosion, ne peut varier qu'avec le facteur matière, puisque la force ne change pas. Et c'est la raison qui justifie l'ordre suivi dansce paragraphe.
Comme on l'a vu, j'ai suivi une règle identique à propos de l'érosion subaérienne. Il semble qu'il y ait en effet intérêt à généraliser cette méthode, lorsqu'il s’agit d'étudier, voire même dé classer les accidents naturels, surtout dans un même pays.