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DÉPOTS D'ÉLÉMENTS FIGURÉS

Il faut faire une place à part pour les dépôts de galets, parce qu'ils correspondent àune activité particulière des eaux courantes. Au Dahomey, les galetsroulés — dela grosseur moyenne d'un œuf — sont très abondants, mais leur dépôt est généralement ancien. On en rencontre encore cependant dans le Mono et dansle Niger, mais ils ne subissent plus maintenant qu'un transport inappréciable. Ils sont tous exclusivement quartzeux. La dureté et la nature chimique du quartz expliquent que ce minéral puisse seul se retrouver, en éléments roulés d'un volume notable au milieu du lit des fleuves.

Marais.

Tous les marais rencontrés étant dus indirectement à l'activité des eaux courantes, il convient d'en dire quelques mots à cette place. On peut distinguer trois types différents.

Dans le premier type, un cours d’eau déborde largement, et lorsqu'il rentre dans son lit, il laisse subsister de vastes marécages qui le bordent. C'est ce qui se produit notamment le long du Niger où les marais peuvent s'étendre jusqu'à 4 kilomètres du lit mineur (Pékinga). Ils sont recouverts uniquement de monocotylédones.

Dans le second type, le cours d’eau inonde de vastes plaines basses bordantses rives et les transforme en marais pendant une partie de l'année. Le Gourma est le pays de prédilection de ces

régions marécageuses qui y occupent plusieurs milliers de kilomètres carrés.

Ce second type diffère du premier par le fait que ce n’est pas tant à l'importance du débit des rivières qu'au défaut de relief du pays qu'il faut attribuer une telle extension de l’inondation. La végétation qu'on y rencontre n'est pas sensiblement différente de celle des parties voisines, mieux protégées.

Le troisième type est celui de la Lama. [ei l'apport des cours d’eau n'est pas non plus extrêmement considérable, mais on se trouve en présence d’un véritable fossé, d'une largeur moyenne de 15 kilomètres, dont les bords ont un relief très accentué, et qui ne peut se vider qu'avec une extrème lenteur. Cette région, qui s'étend sur près de 100 kilomètres depuis le pays des Hollis jusqu'au lac Toho, est inondée pendant plusieurs mois de l’année. Son relief est assez inégal, de sorte qu'une partie des eaux est canalisée de façon à marquer de petites rivières à certainees époques de l'année. La végétation y est normalement très puissante. Cette région est partiellement habitée.

Quant aux marigots proprement dits, le défaut d'écoulement de leurs eaux est dû à l'insuffisance de la pente.

Evolution du réseau hydrographique de chacun des trois grands bassins.

Pour en terminer avec les questions relatives aux eaux courantes, il nous reste à exposer l'évolution du réseau hydrographique de chacun des trois grands bassins dans les régions parcourues. Il y a là un grand nombre de questions extrêmement attachantes, que je n'ai pu résoudre, soit à cause du manque de temps, soit en raison de l'impossibilité matérielle de m'enfoncer très loin en dehors des routes parcourues ; soit enfin à cause du manque de certitude, pour le détail, de certaines cartes topographiques consultées.

Il sera question ici des parties suivantes :

a) Bassins de l’Ouémé, du Mono et du Couflo ;

&) Bassin du Niger, entre Sansan-Haoussa et [lo ;

c) Bassin de la rivière Yanga — ou Oti — (tributaire de la Volta Blanche), en amont de Sansanné-Mango.

Un rapide coup d'œil sur la carte montre l'allure bien différente de ces trois bassins.

Celui de l'Ouémé (et fleuves côtiers) est caractérisé par la direction rigoureusement nord-sud du fleuve, ef de lous ses affluents.

Celui du Niger est caractérisé par l'allure rectiligne du fleuve N.N. W.-S.S.E, tandis que tous ses affluents ont une direction perpendiculaire.

Celui de la rivière Yanga estcaractérisé par la direction N. N.E.- S. S. W. de la rivière, avec tous ses affluents épanouis dans le Gourma comme les branches d'un éventail.

Je me bornerai à envisager les influences tectoniques sur le tracé des artères de chacun de ces trois bassins, et à dire quelques mots sur le stade d'évolution auquel est parvenu leur réseau.

L'allure des plissements anciens (presque tous parallèles) (1) a déterminé la direction de la plupart des cours d'eau rencontrés, sauf du plus important de tous, le Niger, et de quelques affluents de la rivière Yanga. |

1° BASSINS COTIERS

Les fleuves côtiers ont leur cours divisé en deux troncons : le premier comprenant presque tout le cours supérieur et moyen du fleuve, le second son cours inférieur. Le premier tronçon se déroule au milieu de terrains cristallins, le second au milieu de terrains sédimentaires (2). La ligne de démarcation est indiquée par la dépression de la Lama et par les formations géologiques qui la continuent dans l’ouest de la colonie.

Tronçon supérieur. — Les accidents tectoniques des terrains cristallins, orientés N.-$. au sud du 10° parallèle, ont déterminé la direction générale des fleuves côtiers et de leurs principaux accidents dans le tronçon supérieur.

1. Une seule exception peut être faite pour la région de Diguidirou.

2. Le Niger et la Volla ne font pas exception à cette règle dans la région comprise entre le 120 parallèle et la mer, mais je n'ai pas à m’en occuper ici, puisque je ne connais pas leur cours autrement que par des relations et des illustrations.

À mesure qu'évoluait le réseau ainsi constitué, l'érosion transformait la région granito-gneissique, probablement accidentée à l'origine, en une vaste pénéplaine où les fleuves côtiers donnaient vraisemblablement des signes de maturité avancée.

Si l’on admet, ce qui paraît normal, que depuis la période éocène la plateforme granito-gneissique n'a pas subi de déplacements verticaux, on voit que depuis lors le niveau de base des fleuves côtiers s'est déplacé vers le sud de 49 à 80 kil., et qu'il s’est abaissé d’au moins 40 mètres. Une telle modification a contribué au rajeunissement de tout le réseau. L'influence de cet abaissement est encore aujourd'hui très manifeste, puisque dans la partie méridionale de la région des schistes cristallins, les rivières côtières ont à franchir des accidents importants, ce qui, au premier abord, apparait en opposition avec le stade avancé de dénudation des régions considérées.

Un caractère qui exagère l'allure de jeunesse de tous ces cours d'eau est que le profil longitudinal de leur vallée n'est pas une courbe concave. L'Ouémé par exemple, qui certainement à une pente très inférieure à celle de ses principaux affluents, est à une altitude de 450 mètres à son passage à Tannéka (30 kilomètres de sa source environ) ; à Dadjo (200 kilomètres de Tannéka), il est encore à 200 mètres ; après Ouémeto (200 kil. de Dadjo), où il quitte définitivement la région cristalline, ‘il à encore une trentaine de mètres d'altitude. Cela ferait une pente voisine de 1/1000 pour le tronçon Tannékä-Dadjo, et une pente supérieure pour Île tronçon Dadjo-Ouéméto. A vrai dire les indications de pente obtenues d'après les chiffres indiqués plus haut ne sont pas rigoureuses, mais on est obligé de s’en contenter, les altitudes précédentes étant à peu près les seules certaines. En réalité la pente moyenne est voisine de 1/1000 de Tannéka vers Savé, après quoi elle augmente encore : l’abaissement du niveau de base, qui détermine la marche régressive de l'érosion dans la plateforme cristalline, amenant un affouillement d'autant plus sensible qu'on se rapproche davantage vers le sud.

Ainsi le profil des fleuves côtiers est fort éloigné de leur profil d'équilibre : la pente demeure partout très forte ; elle est rectiligne dans la plus grande partie de la région granito-gneissique

et devient convexe (rapides, barrages, chutes) au voisinage de la

région sédimentaire (Fig. 20).

Fig. 20 — Profil théorique des rivières au Dahomey. ABC profil actuel.

ADC protil d'équilibre.

Un autre fait, également caractéristique, est que presque tous les cours d’eau côtiers prennent naissance en dehors des régions accidentées. Sauf ceux qui sont issus de l'Atacora, ils proviennent presque tous de ruisseaux qui, dès leur origine ont déjà la pente qu'ils conserveront pendant des centaines de kilomètres, et on ne les voit pas s'échapper d'une région d'altitude supérieure et venir amortir leur vitesse dans une vallée plus large où leur pente serait considérablement amoindrie.

Les tributaires du Niger sont également presque tous identiques sous ce rapport; ils naissent d'ailleurs dans la même région et sont parfois enchevêtrés en quelque sorte avec ceux de l'Ouémé. Le quadrilatère Béroubouay, Yarra, Sikki, Saoré, nœud hydrographique important, est une région granitique surélevée et parsemée d'accidents. Mais dans le détail, on constate que très rarement les accidents coïncident avec l’origine des cours d’eau. Au voisinage de Kogabo, par exemple, où les rivières sont nombreuses, on en rencontre coulant dans des directions très différentes. Elles ne sont issues d'aucune hauteur importante et se trouvent refoulées par des ondulations inappréciables qui leur impriment souvent une direction définitive, soit vers le sud, soit vers le nord.

On a déjà vu, à propos du ruissellement, l'existence de cours d'eau appartenant à des bassins différents et issus d’une même région marécageuse surélevée. Dans ce cas, la ligne de partage n'est pas figurée sur le terrain et les deux bassins communiquent en quelque sorte. J'insiste sur ce fait : la ligne de partage des eaux, étant exclusivement déterminée par le ruissel-

lement, n'a aucun rapport avec les accidents du relief; dans chaque bassin, le développement du réseau s’est poursuivi à partir du niveau de base dans deux directions opposées, et comme aucun accident notable du relief ne se présentait normalement à la direction de propagation, tous les cours d'eau d’un même réseau ont marché avec une vitesse égale, de sorte que la ligne de partage de chaque bassin se trouve fatalement être une ligne droite normale à la direction générale des affluents, et par suite normale aux plissements.

Puisque c'est au ruissellement qu'est due l’origine de la plupart des cours d’eau, il est évident que dans certaines parties au moins on doit assister à une marche régressive des. rivières Mais pour le moment il est difficile de préciser ce phénomène, qui existe sans aucun doute. Il est donc naturel de prévoir que si elles n'ont pas encore eu lieu, des décapitations de rivières se produiront. Il est vraisemblable qu’elles se feront en faveur du bassin de l'Ouémé, où les actions érosives par le ruissellement sont plus actives. Cela résulte : *

1° De ce que les pluies durent plus longtemps dans le bassin de l’'Ouémé ;

20 De ce qu'elles progressent du sud vers le nord. Par conséquent leur influence se fait sentir du niveau de base à l’origine pour tous les cours d’eau du bassin de l'Ouémé, tandis qu'au contraire elle se fait sentir de l’origine au niveau de base pour la partie dahoméenne du bassin du Niger.

Les terrains cristallins sur lesquels se déroule le tronçon supérieur des cours d'eau côtiers subissent un affouillement irrégulier. Il en résulte la formation de barrages contre lesquels les eaux accumulent leurs efforts. Certains de ces barrages sont puissants (Zou notamment) ; à la saison sèche, ils retiennent une partie des eaux en de petites cuvettes peu profondes. Mais le lit est à sec partout ailleurs, à tel point qu'on n'y trouve souvent pas d’eau en creusant à une profondeur d'une cinquantaine de centimètres.

Tronçon inférieur. — Le troncon inférieur des fleuves côtiers présente un contraste très net avec le tronçon supérieur. Lei les fleuves offrent certains caractères de maturité évidents, ce qui

tient beaucoup à la constitution géologique de la région qu'ils traversent. Grâce à l'exagération de leur débit pendant une partie de l'année, ils continuent bien, il est vrai, à affouiller leur lit et à détruire leurs berges, constitués de matériaux meubles, mais leur vallée offre déjà un tracé plus net ; elle présente en outre de nombreuses sinuosités (Mono) qui sont les indices d'un état plus voisin de l'équilibre.

Par suite de l'amortissement de la vitesse, les éléments entrainés se déposent peu à peu, ensablant les embouchures qu'au- | cun courant ne vient déblayer et qui ont ure tendance à se transformer en deltas. La communication de l'Ouémé et du Rhan, ainsi que les espaces lacustres de cette région, les divagations des branches de l'Ouémé dans son delta, l'ensablement rapide et la disparition de certaines de ses branches sont pour le moins des signes de maturité.

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