DÉPLACEMENTS MÉCANIQUES DES EAUX
Les courants marins.
Le courant le plus important qui parcourt l'océan à la hauteur de la Côte des Esclaves est le courant équatorial. Venu du sud, il s'incurve à la hauteur du Cameroun et se dirige parallèlement à l'équateur, vers les côtes septentrionales du Brésil. Mais ce courant passe très loin de la côte, et on ne le rencontre guère que dans la zone des grands fonds.
Le courant qu'on désigne sous le nom de courant du Golfe de Guinée, longe constammentla côte et se déplace en sens contraire du précédent. Les cartes marines (1) accusent pour ce courant une vitesse d'un demi-nœud. En outre, l'influence de l’harmattan, en décembre et janvier. amène la production d'un « contre-courant portant à l’ouest avec un nœud de vitesse environ » (1). Ce sont ces deux courants qui contribuent le plus à modifier l'allure du littoral.
Les marées.
Comme dans toutes les mers tropicales, l'amplitude des marées est faible. Les cartes marines accusent des variations de 1 m. 20 à { m. 50.
M. de Bernis, Chef du Service des Travaux Publics du Daho-
4. Denham. Du cap St-Paul à Porto-Novo. Carte marine. No 2634-77-84 (1867 revisée 1901).
mey à bien voulu me communiquer le relevé des observations relatives à la marée, faites les 11, 12, 13, 14 et 16 avril 1906, au wharfde Cotonou. Pendant ces cinq jours, la plus grande variation du niveau de la mer, dans une durée de six heures, a été d'un mètre (11 avril), la plus faible de 34 centimètres seulement ; le niveau le plus élevé au-dessus de la plus basse mer, dans l’espace de ces cinq jours, à été de 105 centimètres.
D'autre part, deux observations faites à la Bouche du Roi (près Grand-Popo), les 15 et 20 février 1906, m'ont donné, comme amplitude de la marée, une quarantaine de centimètres. Malgré la grossièreté des instruments employés, ce chiffre peut être considéré comme correct, en raison des conditions d'observation : les niveaux étant mesurés dans un chenal largement ouvert, à moins de 200 mètres de la mer, et en eau absolument calme. Cependant on ne saurait établir de moyenne d'après la connaissance de ces. deux chiffres : car une petite falaise de sable montre, par la facon dont elle est affouillée, ainsi que par l’état dans lequel sont disposés les éléments qui la constituent, que le niveau des eaux peut varier d'environ 1 mètre.
Mais si l'amplitude des marées sur la Côte des Esclaves semble inférieure à 1 m. 50, on voit cependant des lames atteindre exceptionnellement de plus fortes hauteurs. C’est ainsi qu'à Grand- Popo, en 1905, elles ont gravi une fois toute la pente de la grève au sommet de laquelle elles ont dégagé, sur la longueur d’un mètr> environ, les rails qui s'y trouvaient. Ce jour-là, la hauteur atteinte par les lames a dû être d'environ 4 mètres au-dessus des basses mers. Les dégâts supportés par les installations européennes indiquent la rareté de cas analogues.
En ce qui concerne le mouvement de la marée, les cartes marines donnent comme heure de l'établissement environ 4 h. 80. J'ai pu avoir en outre connaissance des chiffres recueillis par le Service des Travaux Publics pour les 5 jours signalés précédemment. Le niveau de la mer a été pris toutes les heures seulement et la hauteur des vagues à dû rendre l'incertitude assez grande. Les chiffres communiqués pour le port de Cotonou m'ont permis d’éta-
blir des courbes qui donneraient, pour le jour seulement, les heures suivantes :
Haute mer Basse mer Liavnlst906ES LE 6 heures 12 h. 15 12 » PRE DUT 1:h:290 13 heures 1 » CR Un 8 h. 20 15 heures 14 » RS RE 9 heures 15 h. 45 16 » Mie Sr li ieures 17 heures
Un certain nombre de ces chiffres représentent une trop grande différence avec la réalité. Si l'on considère les indications de 7 h. 30 et de 8 h. 20 comme exactes, on sera amené à modifier théoriquement les autres comme il suit :
Haute mer Basse mer LÉAPATTIOGNRERSE 5 h. 40 12 5202 12 » Re en FEAT 11) 13%h042 13 » ROUE DE 8 h. 20 14.h. 32 14 » COST 9h.110 15h29 15 » Msn em l0Seures 16:h:412 16 » NT RS AS 10 h. 50 11611722
ce qui cadre assez bien avec l'ensemble du tableau précédent. Si l’on prend les heures de la marée pour les mêmes jours à Brest, on voit que l'établissement pour le port de Cotonou est d’environ une heure (de57 m. à 1 h. 14). Mais ce n’est là évidemment qu'une indication n'ayant de valeur qu'au cas où la marée sur cette côte d'Afrique serait comparable à ce qu'elle est sur les côtes d'Europe.
Quelques mois plus tôt, à la Bouche du Roi, j'avais trouvé: le 19 février, haute-mer vers 15 h. 40 ; Le 20 février, mer étale depuis 16 h. 22 jusqu'à 16 h. 36, ce qui donnerait pour l'heure de la marée 16 h. 29 (1), chiffre qui correspond très bien avec celui de la veille. L'établissement pour ce point, situé à 4 kilomètres environ de Grand-Popo, serait donc compris entre 2 h. 43 et3 h. 8
4. Ces indications sont données en temps civil moyen de Paris, qu'on peut avoir avec une certaine précision : l’heure de Paris, qu'on peut avoir avec exacti-
tude au service du câble à Cotonou, étant transmise télégraphiquement chaque jour dans tous les postes.
et se rapprocherait davantage du chiffre indiqué par les cartes marines.
Ce qu'il est intéressant de montrer, c'est que l'heure de la marée varie beaucoup d'un point à un autre, sur une distance peu considérable (moins de 100 kil.) et sur une côte très rectiligne
La Barre (!).
Dès l’origine, on a appelé «barre » (2) au Dahomey, une succession de hautes lames qui déferlent violemment à quelque distance du rivage(PI. XIV, 1); aujourd'huiencore c'estainsi que cette expression est le plus généralement employée. Cependant comme en terme de marine on désigne également sous le nom de «barre » l'obstacle de fond qui détermine les actions superficielles, je crois qu'il ya avantage à employer exclusivement cette expression dans cette dernière acception, ainsi que je le ferai ici, pour éviter toute confusion (3). C'est là, d'ailleurs, son sens propre, etil y a intérêt à le conserver par analogie avec ce qu'on appelle barre d'estuaire.
Les actions superficielles observées sont fonction de deux facteurs principaux : la houle et le relief sous-marin. Celui-ci nous étant déjà connu par les chiffres fournis plus haut (4), il n'y a pas lieu d'en reparler.