LES LACUNES
Nous avons dit que l’épiphyse des fœtus jeunes se présentait le plus souvent sous la forme d’une petite goutte de gelée tremblottante qui, sur les coupes, se montre formée de cellules noyées dans une substance fondamentale semi-liquide. Il en résulte après fixation et déshydratation l’aspect craquelé si particulier qu’on peut voir sur les figures 51 par exemple (fœtus femelle de Veau) ou (fig. 55) (fœtus femelle de Mouton).
Parfois cet aspect se rencontre encore après la naissance sur des pinéales très peu denses, très « succulentes », comme celle que représente la figure 66 (Chevreau femelle âgé d’un mois).
Au sein de ce liquide, les cellules marquent déjà une tendance à se disposer en cordons (fig. 51) tendance qui va s’accentuer, et que nous allons retrouver chez les jeunes animaux à la mamelle, assez souvent même jusqu’au voisinage de la puberté et parfois plus tard.
Ce sont ces cordons qui, s’individualisant de plus en plus, joints à de nombreuses lacunes dont nous allons parler, confèrent à l’épiphyse des tout jeunes animaux un aspect histologique des plus typiques.
Fr@. 51. — Epiphyse de fœtus de Veau femelle de 4 mois. Goutte de gelée tremblottante, très aqueuse, d’où il résulte l’aspect craquelé représenté ici. Couche épendymaire très nette dans le récessus pinéal. Cuticule bien visible. Adhérences méningées solides au sommet.
1, Récessus pinéal; î :
2, Cellules épendymaires ; 3, Vestiges méningés.
Fra. 52. — Deux cordons cellulaires en coupe transversale dans du tissu lâche
(Veau de 6 semaines).
Au sein d’une trame extrêmement lâche, comme nageant dans du liquide en compagnie de quelques cellules éparses et d’allure névroglique, on trouve des îlots de cellules représentant les coupes transversales des cordons.
Cés îlots sont constitués par une couronne d’une ou plusieurs assises de cellules, entourant un espace vide ou comblé par une substance amorphe.
La plupart des cellules émettent des prolongements protoplasmiques et sont d’aspect névroglique, mais les fibres sont encore rares (fig. 52).
F1G. 53. — Pinéale de Veau mâle de 4 semaines. Belles et nombreuses lacunes collectrices de toutes tailles pleines de liquide. Dans ce liquide nagent quelques cellules et des globules sanguins non altérés. Déjà à cet âge commence le travail de comblement névroglique.
A mesure que l’animal avance en âge, les cellules augmentent en nombre, remplissent plus ou moins les espaces environnant les cordons, qui de ce fait deviennent moins visibles, mais subsistent encore longtemps.
Le tissu épiphysaire devient de plus en plus dense, certaines plages tardent à se combler de cellules, et donnent à l’organe un aspect lacunaire, qui caractérise bien l’épiphyse des jeunes animaux (fig. 53, 54, 55, 56, 57).
FiG. 54. — Lacunes de la figure précédente grossies. Pas de paroi propre, mais rangées de cellules pinéales tout autour.
A l’intérieur, liquide concrété, cellules et globules rouges.
F1G. 55. — Pinéale d’un fœtus femelle de Mouton, encore très aqueuse (craquelée). Nombreuses lacunes collectrices. Moyens d’attache. 1, Freins; 2, Récessus pinéal; 3, Pédicule ou pièce intercalaire.
F1G. 56. — Epiphyse d’un Poulain femelle de 4 mois. Mélanine en fagots ou en paquets de cheveux. Véritable crible de petites lacunes collectrices
sans parois propres, communiquant souvent entre elles. 1, Mélanine.
F1G. 57. — Pinéale de Poulain (fœtus de 10 mois). Extrêmement irriguée,
très lacunaire. Nombreuses lacunes collectrices vers la base. Cette pièce présentait de belles inclusions épendymaires dans le pédicule.
A l'examen de coupes, comme celles représentées par les figures 60, 55, 56, la première idée qui vient à l'esprit, c’est que les petites lacunes qu’on y trouve représentent de la graisse qui a disparu sous l'influence des solvants (alcool-xylol-toluène).
C’est pourquoi nous avons entrepris des coupes à la congélation colorées par les méthodes particulières destinées à mettre les graisses en évidence (soudan, thionine).
Nous avons ensuite utilisé des pinéales fixées au frigorifique dans les liquides de CHAMPY et de FLEMMING (1).
Nous avons trouvé que ces trois procédés étaient excellents, notamment pour mettre en évidence le protoplasma des cellules, les fibres et les granulations chromatiques des noyaux. mais nous n’avons pas trouvé de graisse.
Bientôt apparaissent les fibres, qui comblent les espaces vides, remplissent les lacunes et constituent les plages névrogliques surtout fibrillaires qu’on rencontrera chez l’adulte.
Lorsque, au pourtour d’une cavité, on voit s’avancer la névroglie et ses fibres s'épanouir dans l’espace vide « à la manière des brindilles cassées d’un fagot de bois mort » (2), on assiste à la marche en avant du processus de comblement.
Cette évolution va plus ou moins vite. Elle est parfois très rapide, et déjà chez le Veau, par exemple, on peut trouver des pinéales denses, tout à fait semblables à celles de l’adulte.
Le contraire se produit aussi, et chez l’adulte on trouve souvent des lacunes non encore comblées.
Comme le comblement cellulaire et fibrillaire part surtout de la périphérie, il en résulte que sur un grand nombre de pinéales, on trouve une grande lacune centrale, qui, lorsque le