LE TISSU PINÉAL PROPREMENT DIT
A l’heure actuelle encore, suivant en celà l’opinion de beaucoup d’anciens ouvrages classiques, certains auteurs ne voient en la pinéale qu'un organe dégénéré, ayant perdu toute espèce de signification, constitué par « des cellules analogues à celles de la névroglie, mais par aucun élément qui soit propre à l'organe ».
Ainsi que dans tout tissu plus ou moins apparenté au tissu nerveux, 1l fallait évidemment s'attendre à trouver, comme trame, comme squelette, comme tissu de soutien, de remplissage, la névroglie.
Dans le corps même de la glande, là où les cellules sont très mélangées, il nous a toujours été très difficile de faire la différence entre les cellules névrogliques et les cellules pinéales proprement dites.
La névroglie du reste, comme tout tissu à fonction conjonctive, semble extrêmement malléable et plastique, c’est à elle qu’il faut apparenter (en raison de leur origine commune, les spongioblastes de His) la cellule épendymaire et probablement aussi ces éléments qui s’écartent plus ou moins du type ordinaire et qu'il est tout aussi légitime d’appeler cellules pinéales.
Que la pinéale soit surtout formée de tissu nerveux névroglique, est-ce une raison pour lui refuser un rôle de sécrétion ? Déjà BALFoUR en 1898, GASKELL en 1914 ont montré la parenté qui unit parfois le tissu nerveux au tissu endocrinien et comment dans certains cas le premier pouvait jouer le rôle du second. « En aucune manière le facteur nerveux et le facteur humoral ne sont exclusifs l’un de l’autre, mais au contraire collaborent étroitement (1). »
Quant à la névroglie, peut-on lui dénier une spécialisation sécrétoire possible alors qu’on lui accorde généralement des possibilités fonctionnelles si étendues et si variées. Écoutons ce que pense MonaAKow à ce sujet (2) : « On à beaucoup discuté sur le rôle de la névroglie : Est-ce un tissu nutritif, de protection, de renfort, de compensation? Elle peut avoir en réalité un rôle multiple : tissu de soutènement, tissu nutritif, tissu de protection, organe sécrétoire, appareil de nettoyage des détritus, appareil réglant les rapports entre la sécrétion interne et les cellules du parenchyme. D’après nos recherches, la névroglie est très vraisemblablement l'intermédiaire entre l’activité sécrétoire des plexus, le liquide ventriculaire et le parenchyme; elle éloigne des cellules nerveuses les substances chimiquement nuisibles en les entourant aussitôt menacées d’une cuirasse ou d’une membrane protectrice, ceci parce que, redevenues actives, elles élaborent un nouveau protoplasma cellulaire. »
(1) J. E. ABeLoos-In RoGER, Physiologie normale et pathologique Tome IV :
Les sécrétions internes.
(2) Histoire naturelle des tumeurs cérébrales, C. DE MoNAKow, p. 177.
A première vue, l’aspect histologique habituel de l’épiphyse se présente comme un amas de cellules éparses dans une trame de fibres plus ou moins touffue, avec des vaisseaux nombreux et une quantité extrêmement variable de tissu conjonctit. De ces cellules on voit surtout les noyaux très chromatiques, et du reste volumineux.
Le protoplasma, parfois finement granuleux est peu abondant et presque toujours mal coloré.
Suivant leur disposition et les possibilités d'expansion du protoplasma, les cellules sont sphériques ou polyédriques. Leur noyau, unique, est circulaire ou ovale, plus ou moins garni de fins granules chromatiques.
CALVET à trouvé dans la cellule pinéale un chondriome non douteux, d’allure granuleuse, filamenteuse ou en bâtonnets.
Pas plus que nous n'avons vu de fibres musculaires striées certaines, nous n'avons pu saisir nettement un processus nucléaire d'élaboration sécrétoire vraiment caractéristique dans la cellule pinéale, tel qu’il à été bien décrit par LAIGNEL- LAVASTINE et DimrrRovA chez l’homme.
Les cellules pinéales sont très variables quant à leur forme, leurs dimensions, leurs affinités tinctoriales, leur disposition, etc. mais, malgré les très nombreuses pièces coupées, il ne nous a pas été possible d’en dégager une caractéristique pouvant permettre de différencier l'espèce, le sexe, l’âge des animaux, avec quelque certitude. Les différences signalées par CALVET entre l’épiphyse du Taureau et celle du Bœuf ne sont pas liées à la castration. |
Les deux photographies qu’il donne peuvent très bien s’inverser. Il n’est pas rare du tout de trouver chez le Taureau l’aspect que l’auteur représente pour le Bœuf et inversement. On peut même en dire tout autant de la Vache.
Les fibres névrogliques dans l’épiphyse méritent une mention toute spéciale.
Elles sont extrêmement abondantes partout. Elles sont parfois si longues, si flexueuses, si souvent coupées, qu'il est impossible de les suivre sous le microscope, même sur des coupes sériées. Elles servent d’emballage aux vaisseaux, aux cellules, sans qu'il soit généralement possible de déceler leurs rapports
avec ces dernières. Les fibres névrogliques forment quelquefois à elles seules des plages importantes sans autre élément figuré, ou bien les cellules sont si rares qu’il n’est guère possible d’y voir l’origine d’un tel fouillis de fibres entremêlées. Ces plages peuvent être si importantes parfois qu’elles sont parfaitement visibles à l’œil nu sur des glandes ouvertes en deux d’un coup de ciseaux, rien qu’à la différence de teinte des tissus.
F1G. 48. — Pinéale d’un gros Taureau de 3 ans. Plage névroglique pauvre en cellules, montrant le lacis fibrillaire.
Vues à un fort grossissement, ces fibres se présentent plutôt sous une forme rubannée, parfois même assez large. La figure 58 montre des plages de tissu raréfié où on aperçoit les fibres névrogliques avec de rares cellules (surtout en haut et à droite de la lacune).
La figure 48 montre l’abondant lacis névroglique dans une glande de Taureau. On remarquera la rareté des cellules par rapport à l’abondance des fibres.
La figure 48 montre bien aussi sur toute sa surface la trame névroglique tourbillonnante.
: Les plus belles cellules névrogliques avec fibres sont celles de la pièce intercalaire dont nous avons déjà parlé (p. 135, fig. 41). On trouve aussi dans la pinéale des zones formées de tissu amorphe, «probablement dégénéré, communes surtout chez le Cheval, les figures 45 et 46 en comportent plusieurs.
LA PIGMENTATION
L’épiphyse, à peu de chose près, a la couleur de la substance cérébrale; cependant, chez le Cheval et ‘chez l’Ane, elle est plus foncée, sa teinte + souvent vineuse ou bleutée.
F1G. 49. — Grosse glande de Vache à pigmentation mélanique intense et pro: fonde. La cuticule est rendue bien visible du fait de sa pigmentation.
-orAu sommet, adhérences méningées très solides. OCR
“Nous avons déjà eu l’occasion de faire remarquer combien était fréquente la pigmentation mélanique de la glande pinéale, très visible en surface, parfois par petites taches, d’autres fois englobant la presque totalité de la glande qui apparaît toute noire. Cette pigmentation peut n’intéresser que la cuticule, mais peut aussi pénétrer profondément dans les tissus ainsi que.:le montre la figure 49 sur laquelle la cuticule est bien mise en évidence du fait de sa forte pigmentation.
AVS
Les taches mélaniques peuvent siéger en un point quelconque de la glande, contrairement aux concrétions qui $e cantonnent surtout au sommet (fig. 79).
Fréquemment, on trouve des régions pigmentées sur les coupes à l’examen microscopique sans que rien ne l'ait fait prévoir, c’est une simple question d’abondance de pigment. QUE peut être du reste noir ou brun.
A un fort grossissement, la mélanine se présente parfois sous forme de filaments finement ramifiés, en paquets de cheveux (fig. 56) surtout chez le Cheval, ou comme de petites étoiles,
F1G. 50. — Glande pigmentée (Vache). Grains de mélanine de grosseur variable et systématisés autour des vaisseaux 1, 2, 8. L'un de ces vaisseaux (2) est entièrement entouré.
mais-le plus souvent elle est en grains de grosseur très variable, plus ou moins rugueux, surtout les gros, disposés au hasard: parmi les cellules ou plus fréquemment encore groupés autour des vaisseaux. Cette disposition paraît être générale pour tous les tissus pigmentés (1), mais contrairement à certains auteurs:
AT (1) La mélanose chez les bovidés, W. Scorr. The Journal of comparative Pathology and Therapeutics, juin 1932..
Le
nous trouvons le plus souvent les grains de mélanine en dehors des cellules (fig. 50).
Au voisinage de la cuticule, on peut rencontrer des filaments pigmentaires orientés parallèlement à cette dernière et formant parfois plusieurs couches superposées.
La figure 50 montre deux vaisseaux pleins de globules, complètement entourés de grains pigmentaires.