POIDS DES PUPES
Sur Sur Sur Sur Sur viande et | viande et | cervelle pinéale viande
pinéale cervelle seule seule seule
17e expérience 0,0322 0,0358 2° expérience... 0,039 0,031 3° expérience ..., 0,0382
Ces résultats sont assez concordants :
19 Pas d’action de la pinéale sur la durée ou les phases de l’évolution des larves ;
20 Chaque fois que la pinéale entre dans l’alimentation des larves, elles sont plus petites au moment de leur nymphose. Il en est de même pour les adultes qui en proviennent.
Dans les expériences qui précèdent, la troisième est celle qui à certainement fourni les résultats les plus sûrs et les plus complets.
Ces résultats permettent-ils d'affirmer que le moindre poids des insectes soumis à l’ingestion de pinéale est dû à une sécrétion, à une action propre de la glande ?
Nous ne le pensons Pas, car si, d’une part, les différences de poids enregistrées sont très faibles, d’autre part, on peut voir que des différences de poids peuvent également être obtenues en élevant des larves sur viande et sur cervelle en dehors de toute considération de sécrétion interne.
Le tableau précédent nous montre (3° expérience) que les poids des larves vont en décroissant suivant qu’on les élève sur cervelle, sur muscle, ou sur pinéale. Il semble plutôt qu'on soit en présence d’influences d'ordre purement alimentaire.
On sait, en effet, que les larves de Mouches n’ont pas d'appareil masticateur, et qu'avant de pouvoir ingérer leur nourriture, elles doivent tout d’abord la liquéfier,
L’aliment, par conséquent, leur sera d'autant plus favorable que sa liquéfaction sera plus facile (1).
Or, que voyons-nous? Nous voyons que les larves ont un poids décroissant suivant qu’on les élève sur cervelle, sur viande ou sur pinéale.
Justement, nous avons pu observer que cette liquéfaction, rapide et facile pour la cervelle dans laquelle les larves, bientôt, nagent littéralement, est déjà plus difficile pour le muscle, et encore plus difficile, plus longue, plus laborieuse pour la pinéale (1).
Tout revient à dire qu’en somme, les larves de Mouche élevées sur muscle sont mieux nourries que sur pinéale et moins bien que sur cervelle.
En résumé, nous pouvons dire que sur les insectes étudiés (Tenebrio molitor et Lucilia cœsar) l'ingestion de glande pinéale n’exerce pas d'influence pouvant être rattachée à une sécrétion propre de l’organe.
Ce qui n'implique nullement que cette sécrétion n’existe pas, puisque les autres glandes endocrines, dont l’activité sécrétrice n'est pas douteuse, se comportent de la même façon.
II. — EXPÉRIENCES PORTANT SUR LES TÊTARDS DE GRENOUILLE (RANA TEMPORARIA)
Les têtards de Grenouille ont été maintes fois soumis et par de nombreux auteurs à des expériences portant sur l’ingestion de substances variées et notamment de toutes les glandes à sécrétion interne, voire même de la plupart des tissus.
(1) Au sujet du mode d’alimentation des larves de mouches l’accord n’est pas fait.
FABRE ayant avancé l'hypothèse que les larves émettaient par la bouche une sorte de pepsine capable de faire subir à la viande une digestion avec liquéfaction permettant à l’animal de se nourrir ensuite par aspiration du liquide formé, GuyéNnor entreprit une série d'expériences précises qui montrèrent que c’étaient les microbes qui se chargeaient de la liquéfaction de la viande, et que les larves de mouches en étaient les bénéficiaires.
Cependant VOoLLMANN quelques années plus tard établit la possibilité d'obtenir des mouches normales, en vie parfaitement aseptique.
Quelle que soit l’opinion qu’on adopte, l'interprétation que nous donnons ne saurait s’en trouver atteinte.
(GuvÉnoT, Bulletin scientifique de France et Belgique, n° 41, 1907.)
(VozzManN, Annales de l’Institut Pasteur, janvier 1911.)
La glande pinéale, quoique beaucoup moins fréquemment étudiée n’a pas fait exception.
Mais, outre que les publications sur le sujet sont peu nombreuses, les résultats obtenus sont si contradictoires qu'il n’était pas superflu de renouveler les expériences.
Les têtards de Grenouille semblent constituer un matériel expérimental de choix : faciles à se procurer en grand nombre, mangeant de tout avec voracité, robustes, d'évolution rapide et facile à suivre, supportant bien les changements de milieux, les mutilations, etc.
En réalité, une aussi étonnante plasticité, si elle a des avantages, présente également de graves inconvénients, et rend même souvent inutilisables les résultats expérimentaux ainsi que nous allons le voir.
La croissance et les phases d'évolution des têtards sont en effet très fortement influencées par des facteurs nombreux, et d'autant plus dangereux pour l’expérimentation, qu'ils sont souvent, d'apparence, insignifiants.
La couleur des bocaux d'élevage, leur forme, leurs dimensions (YUNG), leur exposition, leur agencement, la provenance de l’eau et sa teneur en calcium (G. RotH), le nombre de sujets élevés ensemble (YVüN&), l’époque de leur capture, etc., sont autant d’influences à prendre en considération et qui commandent une prudence qui n’a pas toujours été bien observée.
Nous avons élevé, dans des buts très variés, des milliers de tétards.
Nous avons acquis la conviction que leur extraordinaire plasticité, jointe à l'intensité très grande avec laquelle ils réagissent aux moindres influences, rendent très difficilement superposables les expériences faites avec ces animaux par des auteurs différents, dont la plupart n’ont pas donné assez de détails sur les conditions dans lesquelles ils ont entretenu leurs larves.
On peut lire, par exemple, des relations d'expériences où les auteurs ont opéré sur des têtards pêchés alors qu'ils avaient déjà acquis un certain développement, et qui tirent des conclusions de la plus ou moins grande rapidité de leur transformation. Or, maintes observations nous ont montré qu'à coup
sûr, des têtards de même grosseur, au même stade apparent de développement, pêchés dans une même mare, peuvent provenir de pontes différentes et par conséquent n'avoir nullement le même âge.
Si l’on veut être sûr des résultats, il est imprudent de recueillir des têtards, mais il est nécessaire de recueillir des pontes; c’est du reste beaucoup plus facile et on se procure beaucoup plus rapidement de cette façon un nombre considérable de sujets.
Nous verrons enfin par la suite qu'il est bon et instructif, lorsqu'on opère sur des larves de batraciens, d'observer comparativement et de suivre ce qui se passe dans la nature libre d’une part, et dans les bocaux d'élevage d’autre part.
RÉCOLTE, ENTRETIEN, ÉVOLUTION DES TÊTARDS. — On a dit, et rien n’est plus vrai en la circonstance, que le seul fait de mettre un phénomène en état d’être observé, peut suffire à le troubler.
Dans les expériences qui vont suivre, nous avons fait tous nos efforts pour entretenir les animaux dans les conditions les plus voisines des conditions naturelles, c’est-à-dire normales, de façon à éliminer la plupart ou tout au moins les plus graves des perturbations apportées dans l’évolution d'êtres aussi sensibles, par la vie captive en aquarium.
C’est très tôt, souvent dès la fin de février (en Bretagne), suivant la température, qu’il faut se mettre à la recherche des pontes de la Grenouille rousse. Tant que durent les gelées nocturnes, les animaux restent dans leur refuge, mais dès que la température s’adoucit, les couples s'unissent à la surface des mares et la ponte a lieu aussitôt. Si de nouvelles gelées surviennent, la reproduction est interrompue, mais souvent on trouve les premières pontes prisonnières de la glace, ce qui, du reste, ne semble nullement leur nuire (1).
Il ne nous est pas possible ici d'envisager en détail l’aménagement d’un aquarium d'élevage. Il nous suffira de dire qu’un aquarium ne peut être considéré comme assimilable à un milieu naturel, que lorsqu'il se suffit à lui-même, comme le ferait une petite mare au sein de la nature.
(1) A noter que les pontes de la Grenouille rousse surnagent.
Dans un aquarium bien planté, bien éclairé, on ne placera les animaux à étudier qu'après le laps de temps nécessaire à l’obtention de l’équilibre biologique entre la flore, la faune et le milieu.
Une fois cet équilibre obtenu, il ne sera plus jamais nécessaire de changer l’eau, qui se maintiendra toujours propre et limpide; il suffira simplement de parer, de temps en temps, aux pertes dues à l’évaporation. Dans un tel milieu, la végétation devient florissante et les animaux qui s’y trouveront introduits, intentionnellement ou non (plancton habituel des mares : daphnies, cyclopes, mollusques, annélides variées, etc.), y poursuivront leur évolution normale et s’y reproduiront abondamment.
Un écueil fréquent consiste dans la difficulté du maintien de la réaction de l’eau au voisinage de la neutralité, de l’obtention du ph le plus favorable.
On y parvient en plaçant dans le fond de l’aquarium des pierres calcaires, ou simplement des fragments de carbonate de chaux (sous forme de craie de Champagne, par exemple). Il est à recommander, si la chose est possible, de déposer au centre de l’aquarium une pierre assez grosse et très anfractueuse, qui fera figure de rocher ou même d'’ilot, à la surface de laquelle les têtards surtout pendant la période de transformation, viendront fréquemment se poser.
Nous possédons ainsi des aquariums dont l’eau n’a jamais été renouvelée et dans lesquels la vie animale et végétale poursuit son cours sans aucun trouble depuis plusieurs années.
C’est dans de tels milieux que nous placerons nos œufs de Grenouille.
Leur évolution est trop connue pour que nous la décrivions ici, et nous nous limiterons à ce qui peut présenter quelqu’intérêt pour nos expériences,
Au bout d’un temps plus ou moins long suivant la température, à lieu l’éclosion qui se poursuit pendant plusieurs jours. Les nouveau-nés trouvent à leur portée une nourriture naturelle dans la matière glaireuse qui les entoure, et ce n’est que plus tard, alors qu'ils nagent librement dans l’aquarium et commencent à brouter les petites algues qui en tapissent les parois, qu’il sera possible de commencer à les alimenter, conformément au plan qu’on s’est fixé.
On peut les nourrir de toute espèce de matière organique, végétale ou animale. Ils préfèrent visiblement la nourriture animale, ce qui nous est particulièrement favorable; chez eux du reste, le cannibalisme est de règle et si l’un des sujets vient à mourir, il n’en reste bientôt plus trace.
Comme nous désirons peser les petites Grenouilles aussitôt après leur transformation (disparition de la queue), la dernière phase de l’évolution des têtards doit être surveillée de très près. A cette période, la forme et la teinte des larves tendent à se rapprocher de celles des adultes et l’on voit une quantité de petites têtes jaunes aux yeux bien ouverts, émerger légèrement des Lemna qui couvrent la surface de l’aquarium.
La respiration change de mode et bientôt les petits animaux, pourvus encore de leur queue, se mettront à la recherche d’un support qui les maintiendra partiellement hors de l’eau.
Dans les mares et les fossés aux bords anfractueux et plus ou moins en pente, aux nombreuses plantes à feuilles nageantes, la chose leur est aisée à trouver. Il n’en est pas de même dans nos aquariums de verre aux parois lisses et verticales, et, en dépit de la couche des Lemna, malgré les petites planchettes de liège que nous ferons flotter sur l’eau, les pertes par noyade seront très nombreuses avant que les larves n’aient atteint le développement prévu pour leur pesée. Que faire ?
A cette période, il faut, plusieurs fois par jour, enlever à l’aide d’une petite épuisette les larves suffisamment avancées, chez lesquelles la respiration à forme pulmonaire est devenue prédominante, et les placer au fur et à mesure, dans ce qu’on a appelé un aqua-terrarium, ou mieux un paludarium.
Il suffit, pour en obtenir un très convenable, d’incliner légèrement un aquarium, quelle que soit sa forme, et de le pourvoir d’une petite plage de sable et de mousse retenue par quelques pierres, comme l'indique la figure ci-après :
Fra. 93.
C’est sur cette petite plage humide, à l’abri de la mousse avec la possibilité de bains fréquents, que se terminera la transformation, par résorption complète et en général rapide de la queue. À cette période on évitera les évasions en recouvrant le récipient d’une gaze ou d’une toile métallique.
Première expérience. — Dans une ponte de Rana temporaria, pêchée au début de mars, on prélève deux lots sensiblement égaux qu'on place dans deux aquariums bien aménagés.
Un des lots, que nous appellerons le lot n° 1, est placé dans un aquarium à section rectangulaire mesurant : 0 m. 33 X 0 m.25 X 0 m. 35 de hauteur et d’une contenance de 29 litres environ (28 1. 875).
L'autre, le lot n° 2 est placé dans un aquarium de section circulaire mesurant 0 m. 25 de diamètre, 0 m. 75 de hauteur et d’une contenance de 20 litres environ (19 1. 625).
Les deux lots vont être nourris à satiété, le n° 1 avec de la viande de Bœuf et de la glande pinéale de Bœuf, le 2e avec de la viande de Bœuf et de la cervelle de Bœuf (hémisphères).
La façon de distribuer cette nourriture n’est pas indifférente.
Deux méthodes-ont été essayées :
10 Pulper finement la viande et la mélanger au mortier avec la pinéale ou la cervelle écrasée. En faire de petites boulettes et les disposer sur le fond de l’aquarium.
Cette méthode est mauvaise, les boulettes sont bientôt effritées et dispersées, et, tous les sucs glandulaires de là pinéale ayant été libérés par le broyage, ils se trouvent vite dilués dans l’eau de l’aquarium et les têtards n’ingèreront guère de la glande que la trame;
20 Nous avons préféré opérer de la façon suivante :
Les glandes pinéales sont coupées longitudinalement en deux parties égales, puis transversalement de façon à obtenir quatre morceaux sensiblement égaux. Ces morceaux sont déposés sur le fond de l’aquarium avant toute autre nourriture. Les têtards se jettent dessus aussitôt et peu de temps après il ne reste plus que quelques filaments de la trame nageant dans l’eau. On est sûr, ainsi, que la glande a bien été ingérée et qu’il n’a été perdu qu’un minimum de sus.
On opère de même, pour un poids égal de: cervelle dans l’autre aquarium.
Après quoi, la viande de Bœuf, finement pulpée, vient compléter la ration dans les deux groupes.
Dès que les jeunes têtards commencent à manger, on les soumet à ce régime qu'ils acceptent du premier coup. Pendant toute la durée de l’expérience, seules les doses varieront.
A côté de cette alimentation purement animale, les têtards peuvent brouter à volonté les herbes de l’aquarium, quelques feuilles de laitue déposées à la surface de l’eau et les petites algues vertes qui tapissent les parois.
Les doses quotidiennes de glande pinéale ont varié du début à la fin de l’expérience entre 20 centigrammes pour vingt-cinq têtards (une glande environ) et 20 centigrammes pour cinq têtards (une glande pour 5).
Les doses de cervelle distribuées dans l’autre aquarium étaient identiques et permettent d’éliminer l’objection d’une influence purement alimentaire de la glande pinéale, la cervelle étant, à ce point de vue, de composition et de valeur à peu près équivalentes.
Pendant tout le cours du développement des têtards, ceux du lot n° 1 (pinéale) ont toujours paru plus gros que les autres.
Dans les deux lots, la marche de la métamorphose fut identique.
La sortie de l’eau s’opéra en même temps. Tous les têtards purent être enlevés des aquariums dans l’espace de 4 à 6 jours (14 juin).
Avec la même régularité les queues se résorbèrent dans les paludariums.
Quand la transformation fut complète, les petites Grenouilles du lot n° 1 (pinéale) étaient visiblement plus grosses que celles du lot n° 2.
Les pesées, effectuées après un court séjour des petites Grenouilles dans un cornet de papier filtre, afin d’enlever l'excès d'humidité, donnèrent les résultats suivants :
Premier lot (pinéale) : 85 petites Grenouilles pesant ensemble 26 g. 70, soit 0 g. 314 chacune.
Deuxième lot (cervelle) : 88 petites Grenouilles pesant ensemble 19 g. 50, soit 0 g. 221 chacune.
Cette expérience montre que si l’ingestion de glande pinéale n’influence pas la marche de la métamorphose, elle augmente à coup sûr le poids des têtards de Rana temporaria pesés à la fin de leur métamorphose.
Dans le cas particulier, l'augmentation est de 42 pe
En est-il bien ainsi?
Deuxième expérience. — Cette deuxième expérience a été entreprise parce que la précédente pourrait être critiquable en raison d’une faute de technique : la non similitude des deux aquariums.
L'évolution des tétards peut être, en effet, différente dans un aquarium de section rectangulaire de 29 litres et dans un aquarium à section circulaire de 20 litres, contenant le même nombre de sujets, même avec une nourriture abondante dans les deux cas. Il convenait d’éliminer cette possibilité d’erreur.
Dans une ponte de Rana temporaria récoltée au début de Mars, on prélève deux portions sensiblement égales qu’on place dans deux aquariums bien aménagés et identiques.
Ce sont des bacs en verre de section rectangulaire mesurant : O0 m. 40 X 0 m. 30 X O0 m. 30, et contenant 36 litres environ.
L'expérience est conduite ensuite comme la première et avec les mêmes doses de pinéales qui sont des doses plutôt fortes.
La marche de la métamorphose fut absolument la même dans les deux aquariums et au début de juin, elle se trouva terminée pour tous les sujets des deux lots.
Les petites Grenouilles ayant ingéré de la pinéale paraissent légèrement plus grosses. Les pesées effectuées, comme la première fois, donnent les résultats suivants :
Lot n° 1 (pinéale) : 98 petites Grenouilles pesant ensemble 19 g. 60, soit 0 g. 200 chacune.
Lot n° 2 (pas de pinéale) : 87 petites Grenouilles pesant ensemble 15 g. 86, soit 0 g. 182 chacune.
Cette deuxième expérience montre que l’ingestion de glande pinéale augmente légèrement le poids des têtards de Rana temporaria pesés à la fin de leur métamorphose. Dans le cas particulier, l'augmentation est de 10 % environ.
Nous voyons aussi que les Grenouilles obtenues au cours de cette deuxième expérience sont moins lourdes que celles de la première.
On n’a pourtant rien remarqué de suspect au cours de leur développement; les têtards ont toujours été vigoureux et voraces.
C’est dû, pensons-nous, aux différences de forme et de contenance des aquariums. Ces influences n’ont pas d'importance quand on opère avec des bacs identiques, et c’est pourquoi nous accordons à la deuxième expérience une valeur probante supérieure à la première et nous estimons qu’il n’est pas inutile de les publier côte à côte, tant est grande parfois la valeur instructive d’une erreur.
Notre façon de voir peut être corroborée par l'expérience suivante :
Ce qui reste de la ponte après le prélèvement des deux lots destinés à l’expérience précédente est également divisé en deux lots inégaux : un très petit À et un très gros B.
Ces deux lots sont placés dans deux aquariums identiques et contenant chacun 34 litres environ. Ils sont soumis au même
régime qui est celui du lot n° 2 de l’expérience précédente, à savoir : viande de Bœuf pulpée, cervelle de Bœuf, végétaux variés, le tout à satiété.
Dans ces deux bacs, la marche de la métamorphose fut identique à celle observée dans les deux bacs utilisés pour notre deuxième expérience, et elle fut complète pour tous les tétards, dans les quatre bacs en même temps (1).
Les pesées faites de la même manière que précédemment donnèrent les résultats suivants :
Lot A (têtards peu nombreux) : 11 petites Grenouilles pesant ensemble 2 g. 85, soit 0 g. 259 chacune.
Lot B (têtards très nombreux) : 146 petites Grenouilles pesant ensemble 21 g. 48, soit 0 g. 147 chacune.
La différence de poids est de 76 %.
On voit comment, pour un expérimentateur non prévenu, les têtards, matériel si pratique et si souple, peuvent constituer aussi un matériel bien dangereux.
Cette extrême sensibilité à des influences parfois inattendues, n’explique-t-elle pas, en partie, bien des contradictions dans les résultats expérimentaux ?
Mais pendant que nos têtards évoluent dans leur prison de verre, que se passe-t-il dans la nature?
Nous avons eu la curiosité de suivre attentivement la marche de la métamorphose des têtards frères des nôtres, laissés à leur élément naturel. Fort heureusement, la petite mare d’où ils provenaient, et auprès de laquelle nous nous sommes rendus périodiquement est située en des lieux toujours très solitaires et très tranquilles. A chacune de nos visites, nous avons pu comparer entre eux nos captifs et leurs congénères libres dans l'espoir d’obtenir quelque lumière sur les nécessités pee giques de ces animaux.
Ce qui est particulièrement remarquable, c’est la régularité extraordinaire des phases de la métamorphose au sein du milieu naturel. |
(1) Nous ne tenons pas compte des quelques sujets qui, sans raison apparente, restent plus petits, et dont la métamorphose ne s'achève que beaucoup plus tard. De tels sujets se rencontrent dans toutes les pontes, quel que soit le régime et le mode d’entretien des larves.
Cette régularité est beaucoup plus grande que dans nos aquariums où, malgré tout, se trouvent toujours quelques retardataires, quelques mal venus, quelques chétifs, quelques mal adaptés.
Dans la petite mare natale, les têtards sont un peu en retard sur ceux des aquariums, mais infiniment plus homogènes comme grosseur et comme stade de développement. Alors que dans nos élevages, il s'écoule 5 à 6 jours environ entre la sortie de l’eau de la première petite Grenouille et de la dernière, cette durée est beaucoup plus courte en général dans la nature. Presque tous les sujets issus d’une même ponte quittent l’eau le même jour, et comme les pontes, étroitement soumises aux conditions météorologiques, s’échelonnent sur une très courte période, on s’explique facilement comment la sortie en masse de milliers de petites Grenouilles au moment le plus favorable, une ondée chaude, par exemple, a pu donner naissance à la légende de pluies de Grenouilles (1).
Dans nos aquariums la transformation débuta le 10 juin et dans la nature le 26 juin. On récolta ce jour-là, au hasard, 115 petites Grenouilles sortant de la mare; pesées comme il à été dit plus haut, on trouva pour l’ensemble 26 g. 20 soit 0 g. 228 chacune.
Il est dès lors possible de faire les comparaisons suivantes pour des têtards provenant de mêmes pontes :
(1) Nous avons, pour notre part, assisté à la fin du mois d’août à la sortie simultanée de milliers de petits crapauds noirs, tous identiques. C’était dans l’harmas de FABRE à Sérignan, et le nombre invraisemblable de toutes ces petites bêtes, faisait qu’à chaque pas, on en écrasait plusieurs malgré soi.
, : Poids Alimentation moyen ë ! 1 Pinéale, 1° 98 petites grenouilles en aquarium di de bœuf,! 0 g. 200 D 6 TES PRET OR RE MER | RS ‘ végétaux.
; : Cervelle de ; 2° 87 petites grenouilles en aquarium del out. RER PS rs! 0 g. 182
0 [TES RÉ. 2 CN AN PENSE TRETE ue ph s
3° 11 petites grenouilles en aquarium de SALhtres ER Se OO do 0 g. 259
40 146 petites grenouilles en aquarium de GA LA LE SENS DE SD HAE a in do 0 g. 147 |
Plantes aquatiques, humus,
5° 115 petites grenouilles dans leur mare débris L 0 g. 228 |
Natal PE cer SRE taux et ani-
maux.
ee ERREUR PRES
Que peut-on en conclure :
19 Que la surpopulation est nuisible au développement des têtards de Grenouille, même avec une nourriture abondante ;
29 Que dans la nature, où cette surpopulation n'existe guère, même quand on a affaire à une toute petite mare permanente comme celle dont il s’agit ici, la croissance des têtards se fait mieux que dans des aquariums et leurs métamorphoses sont plus régulières ;
3° Que dans un aquarium non surpeuplé (cas des onze têtards) l'alimentation carnée produit de bons effets sur la croissance des têtards.
Pigmentation. — Certains auteurs (1) ont établi une relation entre les fonctions de certaines glandes endocrines et la coloration des sujets en expérience.
.(1) Corp (©. P. MC.) and Azzen (F. P.). Évidences associating pineal gland function with alterations in pigmentation. Journ. of exp. Zool., vol. XXIII, p. 207-224.
R. Corn et P.-L. Drouer. Le lobe antérieur de la glande pituitaire et la réaction des mélanophores. C. R. soc. biol., CX, 1151, 1932.
Avec la glande pinéale, ces effets sont très curieux, mais ne semblent pas étroitement spécifiques.
Si nous plaçons quelques têtards, à jeun de la veille, dans trois cristallisoirs, une dizaine dans chaque par exemple, et si nous déposons dans l’un un peu de viande pulpée, dans l’autre un peu de cervelle, et dans le troisième quelques pinéales fragmentées en petits morceaux, les têtards se mettent aussitôt à manger dans les trois récipients avec leur voracité habituelle, et nous assistons au phénomène suivant :
Au bout de quelques minutes seulement après le début du repas, on note, chez les têtards ayant reçu de la pinéale, une remarquable décoloration de toute la moitié antérieure du corps qui devient comme transparente. Les limites de la décoloration sont très tranchées et très nettes.
Normalement, sur le têtard vu de dessus, qu'il soit presque noir ou gris plus ou moins foncé (leur couleur est variable) les yeux ne tranchent pas nettement par leur coloration, mais après ingestion de pinéale, on voit d’une façon parfaite les deux points noirs que sont les yeux, les deux taches foncées que sont les narines, l'emplacement du cerveau, le squelette vertébral, le tout se détachant très nettement sur le fond rose pâle constitué par l’appareil branchial vu par transparence.
Par transparence également, on peut voir les mouvements d'ouverture et de fermeture de la bouche nécessaires à la respiration de la larve.
.Vingt-quatre heures après, la décoloration persiste, trente-six heures plus tard tout est redevenu normal.
Cette réaction, disions-nous, n’est pas étroitement spécifique, car dans les deux autres cristallisoirs quelques têtards tendent à présenter le même phénomène, moins nettement il est vrai qu'avec la pinéale et pendant moins longtemps.
Avec de jeunes poissons-chats f{Ameiurus nebulusus) on observe une réaction analogue très intense et des expériences en cours sont entreprises dans le but d'apporter quelques précisions en ce qui concerne ce curieux phénomène.
Et maintenant nous compléterons cette étude par une observation qui ne sera pas inutile peut-être aux chercheurs qui voudront poursuivre des expériences analogues avec d’autres
glandes ou même recommencer les expériences qui viennent d’être exposées.
On sait que dès que commence la résorption de la queue, le têtard cesse à peu près de manger sans perdre de poids, il vit perdant un certain temps aux dépens de son appendice.
Mais dès que la résorption est totale, la petite Grenouille qui s’agite parmi l’herbe des prairies bordant les fossés ou qui grimpe aux parois de son paludarium se crée des dépenses; sans nourriture, elle doit perdre du poids.
Il ne faut donc pas attendre pour faire les pesées, si on à besoin du poids absolu des petites Grenouilles.
Dans des expériences comme les nôtres, l'importance est moindre, les témoins étant soumis aux mêmes conditions que les autres sujets, et les périodes de jeûne n’excédant pas 5 ou 6 jours (le temps nécessaire à la transformation de tous les sujets à développement normal).
Voilà une expérience qui démontrera le bien fondé de cette façon de voir :
Le 9 juin, on met dans un même paludarium 111 petites Grenouilles quittant l’eau, sans queue, et pesant ensemble 21 g. 42, soit 0,190 chacune.
Pendant 10 jours, ces animaux ne reçoivent aucune nourriture.
Le 19 juin, deux sont mortes (noyées) dans les herbes qui garnissent la partie submergée du paludarium.
Les 109 restantes pèsent ensemble 18 g., soit 0 g. 174 chacune. La perte en poids, sans être forte, est cependant sensible. 84% du poids primitif environ.