I. — CASTRATION DES MALES
La castration du Rat mâle est des plus faciles. Pour des expériences portant sur la croissance, nous avons dû opérer sur des sujets aussi jeunes que possible, au sevrage, c’est-à-dire vers l’âge de 40 ou 45 jours au plus tard (1). Le Rat a de gros testicules, et, à cet âge surtout, l’orifice inguinal largement ouvert favorise la hernie de l'intestin, accident fréquent et grave chez cet animal au péritoine relativement sensible. J’ai remarqué qu'elle se produisait moins souvent sur des animaux à jeun de la veille, et quand on diminue la violence des réactions défensives du sujet par un début d’anesthésie. Il suffit pour cela d'introduire un instant l’extrémité de la tête du Rat dans un tube à essais au fond duquel on à placé un petit tampon d’ouate imbibé d’éther ou de chloroforme.
Je dis bien : un début d’anesthésie, car le Rat se montre très sensible aux intoxications par voie respiratoire et si on insiste un peu trop la mort est certaine.
Le manuel opératoire que nous préconisons ensuite est le suivant :
Contention : Tous les modes de contention habituels pour petits animaux peuvent être utilisés, il suffit de veiller à ce que la région testiculaire soit bien dégagée. Nous nous servons tout simplement d’une planchette sur laquelle nous plaçons l’animal étendu sur le dos entre quatre clous auxquels seront attachés les quatre membres. Deux de ces clous sont plantés près d’une des extrémités, de façon à ce que la région sacrée du
(1) On nous dira qu’on peut sevrer beaucoup plus tôt, mais les sujets obtenus manquent de vigueur et de rusticité; par contre, si on castre avant le sevrage, tant que les petits tettent, ils délaissent leur ration de pinéale et l’expérience est défectueuse.
sujet se trouve tout à fait au bord de la planchette ; un cinquième clou planté en dessous permettra de fixer la queue (1).
Dans ces conditions on a toute facilité pour opérer, mais comme Je l’ai dit plus haut, une contention même parfaite, gagne à être complétée par un début d’anesthésie.
Premier temps. — Couper les poils aux ciseaux sur toute la région testiculaire et passer un peu d’alcool sur le champ opératoire.
Deuxième temps. — Par de légers massages de la région du ventre à l’aide des deux index, faire descendre les testicules dans le fond des bourses où on les maintient en pinçant la peau en avant et au-dessus entre le pouce et l’index gauches. La peau des bourses doit être fortement tendue par la pression des deux testicules devenus très visibles.
Troisième temps. — Au bistouri ou au scalpel convexes, faire une incision longitudinale de la peau et du conjonctif souscutané du fond des bourses, entre les deux testicules, tout près de l’anus. Les deux glandes apparaissent à nu, l’une à droite, l’autre à gauche. Une seule incision d’un demi-centimètre suffit, nous n’aurons ainsi qu’une seule plaie, très petite.
Quatrième temps. — A l’aide du bistouri ou du scalpel, on libère de ses adhérences et des enveloppes chaque testicule l’un après l’autre, et par une simple pression des doigts on les fait jaillir au dehors.
Cinquième temps. — On n’a plus qu'à sectionner le cordon qui rattache chaque testicule au corps. Il faut le faire assez haut, pour être sûr d’avoir toute la glande y comprise l’épididyme. Si on se borne à couper au ciseau ou au bistouri, c’est l’hémorragie grave possible (bien que non certaine) et la mort consécutive.
Pour l’éviter, plusieurs méthodes sont utilisables :
a) L’arrachement du testicule;
(1) Il nous est arrivé d’opérer plus simplement en pinçant la peau du cou du Rat entre les mors d’une pince hémostatique et en suspendant l’animal à un clou par une des boucles de la pince.
b) La torsion libre du testicule jusqu’à rupture du cordon;
Par ces deux procédés on augmente les risques de hernie.
c) L’écrasement du cordon (peu pratique faute d’un modèle suffisamment petit d’écraseur ou d’émasculateur) ;
d) Ligature perdue du cordon au catgut et section au-dessous de la ligature qui rentre dans la cavité abdominale avec le moignon ;
e) Torsion limitée du cordon jusqu’à rupture. Dans cette méthode, on place une pince hémostatique sur le cordon le plus haut possible, puis une autre pince hémostatique à un demicentimètre en arrière de la première (entre la première et le testicule) et on tord le cordon avec cette deuxième pince en maintenant fixe la première. La rupture ne tarde pas à se produire entre les deux pinces. On enlève la première et le moignon rentre dans la cavité abdominale.
Ce sont ces deux derniers procédés que nous avons indifféremment employés avec succès complet, surtout le dernier.
Sixième temps. — Il n’est pas absolument nécessaire. Il consiste en un point de suture sur l’incision cutanée. Nous la pratiquons toujours, elle protège la plaie opératoire contre les souillures ultérieures.
Les animaux sont ensuite abandonnés à eux-mêmes dans une litière sèche et propre. Quelques jours après, tout est cicatrisé. La mortalité est faible.