‹ Contribution à l'étude de la glycuronurie: dans l'insuffisance hépatiqueChapitre 4 sur 26 · LE FOIE ET LES ÉLÉMENTS DU SANG · texte numérisé non relu

LE FOIE ET LES ÉLÉMENTS DU SANG

a) Tout comme la rate, le foie est un organe qui sert à la destruction et à la genèse des hématies, quoique dans une moindre mesure. En réalité, il serait plus exact de dire qu’il existe une synergie hépato-splénique dans la formation et la destruction des éléments du sang.

De ces fonctions hématolytique et hématopoïétique du foie découle, comme une conséquence, la fonction martiale. — Le rôle de destruction des hématies par le foie et la rate est, nous le répétons, à l’origine de la formation des pigments biliaires.

Si l’on essaye d'étudier séparément le rôle du foie,

on peut énoncer les faits suivants, bien classiques.

AIR Es

Il y a moins de globules rouges dans les veines sushépatiques que dans le sang portal. Dans les destrurctions globulaires intenses, on trouve dans le tissu hépatique, comme dans le tissu splénique, mais en moindre quantité, un dépôt de pigments ocres (ou rubigine) qui se fait aux dépens de l’hémoglobine des globules. — Les globules blancs des capillaires hépatiques s'emparent des hématies qui doivent être détruites et transforment leur matière colorante en pigments ferrugineux décelables par les réactions des sels ferriques.

Tels sont les quelques faits établissant le rôle destructeur du foie.

Le foie joue un rôle dans la formation des nouvelles hématies.

— En effet, dans les destructions globulaires intenses, la cellule hépatique produit et excrète plus de bilirubine. — Nous avons déjà précisé ce point en donnant l’origine des pigments biliaires; nous avons également signalé que cette formation de bilirubine libérait du fer. — Ce même fer est emmagasiné par le foie qui l’emploie à la reconstitution du sang.

De fait, le fer hépatique diminue à la suite des hémorragies profondes; dans le même ordre d'idées, la grosse provision de fer du foie du nouveau-né disparaît rapidement après la naissance, se répartissant sur le poids vif de l’animal à mesure qu’il s’accroît.

b) Ces ordres de faits nous amènent à dire quelques mots de la fonction martiale du foie : trois

ordres de faits démontrent d’abord la propriété qu’a

pe

le foie de fixer les sels de fer. Les premiers ont trait à l'existence de réserves de fer dans le foie de lPembryon et du nouveau-né, dont nous avons parlé, et à d’analogues réserves dans le foie de la femelle pleine.

D'autre part, à la suite d’ingestion ou d’injections intraveineuses de sels de fer, il y a accumulation de ce métal dans le foie où l’on retrouve jusqu’à 60 % du fer introduit dans lorganisme. — Enfin, dans divers cas pathologiques, comme le diabèt: bronzé ou le paludisme, le foie renferme une grosse quantité de pigments ferrugineux que la rate contient d’ailleurs dans des cas semblables.

I1 ne faut pas s’imaginer que ce pouvoir de fixer le fer que possède la cellule hépatique est complétement lié au processus de rénovation sanguine; le fait suivant en témoigne. — Chez les mollusques le sang, en général, ne contient pas de fer, mais du cuivre, alors que le foie garde quand même une réserve ferrugineuse indépendante des conditions extérieures; le métal s’élimine par la bile, entre dans la constitution des œufs et se reforme par l’alimentation.

C'est pourquoi Dastre à pu ériger cette affinité de la cellule hépatique pour le fer en fonction spéciale; pour cet auteur la fonction aurait un but chimique favorisant les combustions organiques dans le foie.

En réalité, ce rôle du foie dans la formation et la destruction des éléments du sang ne lui appartient pas exclusivement, il s’agit bien plutôt d’une syner-

gie hépato-splénique, étant mise à part bien entendu

l’origine médullaire, la plus importante des hématies et leucocytes granuleux, de même que la fonction lymphoïde des ganglions. — La rate, si elle n’est pas, tout au moins chez l’adulte, la matrice du globule rouge, müûrit ce globule rouge en le chargeant en fer; comme le foie en effet, et dans les mêmes conditions, elle contient une forte proportion de fer. — La rate détruit les hématies et libère leur hémoglobine dont elle-même ou le foie réalise la destruction; on a montré qu'après la splénectomie il y avait diminution de la sécrétion journalière des pigments biliaires; qu'après une’ période initiale de diminution du nombre des globules rouges, celui-ci redevenait normal, avec augmentation de la résistance globulaire.

c) Vis-à-vis du sang lui-même et de ses constituants, le foie possède un rôle important, celui de former des ferments coagulants et anticoagulants.

Tout d’abord Doyon a montré que le foie est sinon le seul, tout au moins le principal organe formateur de fibrinogène: chez un chien, il réalise l’ablation du foie ou sa destruction par une substance toxique et il constate que le sang de l’animal devient incoagulable.

De même le foie fabrique un antiferment ou antiplasmase s’opposant à l’action de la plasmase : lorsqu’en effet le foie a été détruit ou extirpé, les injections d’albumine restent sans effet et, d’autre part, le liquide de circulation artificielle réalisée dans le foie possède un fort pouvoir anticoagulant.

Mais la rate aussi intervient dans ce phénomène

de la coagulation sanguine : Le Sourd et Pagniez, mélangeant du tissu splénique à du plasma oxalaté dont ils réalisent la coagulation, constatent que ce tissu favorise la rétraction du caillot.

Par contre, pour Frank la rate favoriserait le processus hémorragique ; il y a donc contradiction : en réalité non, car dans le cas de Pagniez la rate agit directement sur le sang par les hématoblastes qu’elle contient; dans le cas de Frank elle agit en tant que destructrice de plaquettes sanguines, d’où lindication de la splénectomie dans les purpuras hémorragiques.

Enfin, dans cette étude de la coagulation du sang qui, comme nous le verrons, est à la base de la recherche expérimentale du syndrome d'insuffisance hépatique, il faudrait tenir compte du rôle des leucocytes, de la moelle osseuse, des spoliations sanguines comme les règles chez la femme, ce qui montre encore que nos procédés d’explorations du foie, séduisants peut-être, sont facilement attaquables.

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