‹ Contribution à l'étude de la grenouillette sus-hyoïdienneChapitre 23 sur 47 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

La grenouillette sus-hyoïdienne récidive très facilement 20

et est très difficile à guérir. De nombreuses méthodes de | traitement ont été préconisées à ce sujet. Nous nous con- 4 tenterons de les passer rapidement en revue, sans insis= ter, car elles sont parfaitement exposées dans les ouvra: ne ges récents relatifs à la question, en particulier dans la thèse de M. Spindler (Paris, 1898-99).

Les ponctions simples autrefois préconisées contribuèrent à transformer une grenouillette sublinguale cl re grenouillette sus-hyoïdienne, en déterminant l’épaississement de la muqueuse buccale, «& fortiori étaient-elles. incapables de quérir les grenouillettes sus-hyoïdiennes. De plus, dans les deux cas, l'infection était à redouter, et presque inévitable.

Les injections iodées prescrites autrefois par Maison neuve, Jobert et Richard, ont donné de bons résultats dans le cas de grenouillette sublinguale, mais non dans la sus-hyoïdienne, Il en est de même des injections de chlorure de zinc déliquescent prescrites par MM. les professeurs Panas et Le Dentu pour les grenouillettes simples et qui déjà délicates dans ces cas, deviendraient

dangereuses tout en restant inefficaces dansle cas de re nouillette sus-hyoïdienne, 2

L’incision simple par la cavité buccale n’a jamais eu plus de succès que la ponction, car les lèvres de la plaie se réunissent bientôt et permettent à la poche kystique de se remplir rapidement,

En revanche l’incision, suivie de la cautérisation de la poche avec des caustiques paraît avoir donné quelques rares succès. Malheureusement les caustiques prescrits, tels que la pâte de Canquoin (Philippeaux), le vitriol (Dionis) et les acides minéraux (Callisen) étaient bien dangereux à manier, aussi cette méthode a-t-elle été vite abandonnée.

L’excision partielle.de la poche par la voie buccale est toujours insuffisante, et comme dans l’incision simple, les lèvres de la plaie ne tardent pas à se réunir quelque précaution qu’on prenne, même si, suivant la méthode autoplastique de Jobert de Lamballe, on suture la paroi kystique à la muqueuse du plancher de la bouche.

Le drainage en séton de la saillie préconisé autrefois par Chassaignac a été également vite délaissé parce qu'il

guérissait rarement et exposait la poche à linfecp” [

tion. ,

L’incision de la poche par la voie sus-hyoïdienne suivie “de drainage a donné quelques succès surtout lorsqu'on a fait en même temps des injections modificatrices, telles que des injections iodées prescrites par Rochetde Lyon(1). Krebel (2) propose d'ouvrir le kyste par la voie buccale

et par la voie sus-hyoïdienne, d’en fixer les deux ouver-

be

. Boyer. Thèse Lyon 1895.

. Krebel. Centralblatt fur Chir., 1880,

tures, l’une aux lèvres de l’incision faite à la muqueuse, \ l'autre à la peau, et de drainer ensuite le trajet intermé = diaire. Il prétend avoir eu ainsi des quérisons définitives. $ Comme le fait remarquer justement M. Morestin, « du moment qu’on fait à la peau une solution de continuité, il n’y a pas de raison pour s'arrêter en chemin, et pour ne pas tenter l’ablation complète de la paroï kystique, 4

quitte à s'arrêter si cette extirpation présente de trop .

grandes difficultés ». Il sera alors temps de drainer et de … traiter la plaie par le tamponnement. Ajoutons que pour $ faciliter la dissection de la poche si pénible au niveau de Le la région sublinguale, on pourra, suivant le conseil de M. Félizet, faire une sorte d’hydrotomie du plancher buc= cal en injectant de l’eau boriquée dans le tissu cellulaire sous-muqueux. : | | e cs

Ce procédé est encore loin d’être parfait. Pour ne pas 2 craindre la récidive, il faudrait que l'extirpation fut complète au sens propre du mot. Or, il est impossible d'avoir. ne. la certitude sur ce point. La dissection de a poche peut être simple et l'opération rapidement menée; mais iln’en est pas toujours ainsi. Comme nous l’ avons fait Lena aHen lors de la description anatomique, les prolongements glandulaires de la glande sublinguale à travers les intes tins musculaires sont multiples et leur paroi est mince et. difficile à isoler. C’est déjà une difficulté sérieuse.

I! estencore une autre raison, d’ ordre esthétique, qui rend ce procédé défectueux ; il faut en effet tenir compte que la cicatrice, plus ou moins régulière, plus ou moins dépri- ra mée que laisse après elle l’incision des téguments, est Si- |

tuée dans une région toujours découverte, et une femme 10

CMS

surtout, pardonnera difficilement au chirurgien de lui avoir causé une cicatrice qu’elle ne peut dissimuler.

Pour obvier à ces inconvénients, M. le professeur Le Dentu, est revenu à la méthode de l’incision par la voie buccale, mais en modifiant la technique de la manière suivante : Le chlorure de zinc déliquescent, trop irritant, est remplacé par la solution de ce sel au 1/10, dont on pratique une injection de 3, 4ou 5 gouttes dans la tumeur, par la voie buccale. Après quatre jours révolus, on procède à la ponction évacuatrice et au drainage au moyen d’un tube de caoutchouc de petit calibre, plus ou moins long, suivant la profondeur de la cavité. Ce tube porte à une deses extrémités une collerette dépassant de 3 ou 4 m/m la circonférence du drain, et dont le plan forme

un angie d'environ 45° par rapport à son axe.

Le drain placé dans la cavité s’oppose à la réunion des lèvres de la plaie, une des causes de récidive, et de

plus permet le lavage et la désinfection.

La collerette sert à maintenir le drain. Elle se trouve en effet maintenue en avant et sur les côtés par l’angle formé par la face postérieure du maxillaire inférieur et le plancher buccal, en arrière par la partie antérieure de la base de la langue ; en bas elle repose sur les bords de lincision où elle peut être appliquée par la pression de la face inférieure de la langue.

Le plan de collerette est incliné sur l’axe du drain pour cette raison que la réyion sus-hyoïdienne se trouve située en arrière et en bas de l’incision faite sur le plan-

cher de la bouche.

ar pers

Grâce à ce disposiüf, le drain est assez facilement maintenu et supporté par le malade, pendant des semaines et même des mois, en ayant soi de le raccourcir à mesure que la cavité se comble. La marche à suivre sera donc la suivante : |

1° Injection de chlorure de zinc en solution au 1/10.

2 Fonction évacuatrice.

3° Drainage prolongé.

Ce traitement, quoique un peu long, semble présenter des avantages sur les autres mentionnés plus haut, et. doit être considéré comme le procédé de choix dans le traitement de la grenouillette sus-hyoïdienne, Il est préconisé par M. le Professeur Le Dentu qui l’a employé

avec succès.

OBSERVATION I (Inédite).

(Communiquée par M. Hivet, interne des hôpitaux). Grenouiïllette sus-hyoïdienne consécutive à une grenouillette

sublinguale opérée à l'hospice d'Ivry par M. le D' Michaux. Excision partielle de la poche kystique par la voie buccale. Phlegmon sus-hyoïdien consécutif nécessitant une contre-ouverture extérieure. Guérison avec fistule qui ne se ferme qu’au bout d'une année, après deux grattages successifs.

La nommée Marie L..., âgée de 24 ans, examinée au mois de mars 1896, se plaint d'avoir une grosseur dans la bouche.

Ses antécédents héréditaires ne présentent rien de particulier à signaler ici. | | |

Comme antécédents personnels, à noter simplement ce fait que ia malade est, paraît-il très sujette aux aphtes.

Début. — La malade ne peut préciser d’une façon absolue le ”

270) début de son affection, et le fait remonter à cinq ou six mois. À cetle époque, elle a commencé à sentir sous la langue et du côté gauche une petite saillie très molle, indolente, de la grosseur d’un petit pois, qui parut d’abord se développer très

‘ lentement, et dont, par conséquent, elle ne se préoccupa nulle-

ment au début.

Cependant, à la fin de janvier 1896, la tumeur buccale avait atteint les dimensions d'une petite noiselte. Jusque-là, elle avait été très molle et indolente ; à partir de ce moment, elle devint plus tendue et sensible, en même temps qu’elle se mit à augmenter rapidement de volume, el c'est pourquoi sur les instances de son palron, la malade se décida à se laisser examiner.

Inspection. — Si l’on fait ouvrir la boucte et relever la langue, on constate que le plancher buccal est soulevé à gauche par une saillie bleuâtre. Cette saillie, de forme ovoïde, à grosse extrémité postérieure, se dirige obliquement d’arrière en avant et de dehors en dedans. Elle mesure environ deux centimètres et demi de longueur, un centimètre et demi de largeur à sa partie la plus reculée et un centirnètre à sa partie moyenne. Quant à son extrémité antérieure, elle est effilée et confine à laligne médiane. sé Palpalion. — La grosseur est nettement fluctuante, elle n’est pas dure, cependant elle paraît plus tendue que ne le sont habituellement les grenouillettes sublinguales, :

Comme il a été dit quelques lignes plus haut, la petite tumeur, sans être douloureuse, est pourtant sensible. La male cation, la déglutilion etla phonation ne sont nullement 2ênées.

A ce moment, la malade se rendit à lhospice d’fvry qui se trouvait près de chez elle, à la consultation de M. le D' Mi-

chaux. Le diagnostic de grenouillette sublinguale établi, on Maincent À 4

Ra

conseilla une opération ; à cette pensée, la malade se décida à attendre encore quelque temps.

La malade est perdue de vue jusqu'au mois de juin. A celle

époque, la saillie buccale a les dimensions d'une grosse noix. Elle a toujours sa coloration bleuâtre et sa forme ovoide, mais elle est plus irrégulière el bosselée, surtout à sa partie postérieure. ; |

| A la palpation, on const te, comme tetes une fuctuation É À très nette et une certaine rénilence.

A l’état de repos. les arcades dentaires s'écartent sensiblement l’une de l’autre et la salive a grande tendance à s ‘écouler au dehors. D'autre part, la langue étant refoulée, complètement 5 en haut, en arrière el à droile par la tumeur, ne peut évoluer à son axe, et par suite la mastication, Ja déglutition et la phonation sont notablement gênées.

Ces différents symptômes finissent par inquiéter sérieuse- o ment la patiente qui se décide enfin à entrer en chirurgie ; à is l'hospice d'Ivry. à là fia du mois de juin.

M. le Dr Michaux, alèrs chirurgien de l'hospice, confirme le diagnostic de grenouillette sublinguale, et décide d° Speere (CR malade le lendemain même de son entrée.

Celle-ci élant dos hesie par le chloroforme, M. Michaux excise rapidement la plus grande partie de la BRrOI supérieure 4 de la poche kystique, dont il s'écoule alors un liquide épais, filant et transparent.La cavité anfractueuse qui reste est ensuite ! vs soigneusement et prudemment touchée avec un tampon im : bibé d'une solution de chlorure de zinc, et lamponnée avec de. la gaze stérilisée,

La malade est mise à un régime alimentaire liquide ns

gargarise la bouche le plus souvent possible.

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RU ES Les suites opératoires sont parfaites; la patiente sort au bout de quatre jours, mais revient pendant deux semaines tous les : trois jours dans le service pour se faire cautériser les débris de la poche kystique avec une solution de nitrate d'argent à 1/50. Un mois après l'intervention, la guérison semblait complète, lorsqu'au mois d'octobre, la malade revint de nouveau à la consuitation. Depuis cinq ou six semaines, dit-elle, elle croyait sentir sa tumeur revenir. À première vue on eût pu penser que la malade se trompait, car il n’existait pas au niveau de la région sublinguale de saillie bien nette ; au contraire, la cicatrice opératoire était plutôt déprimée. Un examen plus minulieux permit de constater que la moitié gauche du plancher buccal bombait d'une facon assez appréciable dans toute son étendue. La palpation enfin ne révélait pas de fluctuation évidente, mais plutôt une sorte d’empâtement profond. Quant à la région sus-hyoïdienne, elle ne présentait encore rien d’anormal. | | Malgré de nombreuses exhortations, la malade refusa de rentrer à l’hospice d'lvry, sous prétexte qu’elle n'éprouvait alors aucun malaise.

ce n’est qu’au mois de janvier suivant, c'est-à-dire, trois mois après, qu’un nouvel examen permit de constater que toute la région sublinguale gauche était soulevée par une tumeur beaumr moins saillante que celle révélée par l’examen précédent .du mois de juin, mais aussi beaucoup plus étalée dans le sens antéro-postérieur et dans le sens transversal, De plus, à son niveau, la muqueuse buccale n'avait pas une coloration bleugtre comme dans la zrenouillette sublinguale ordinaire ; elle avait conservé sa coloration rouge ; peut-être, était-elle un peu

plus foncée qu’à l’état normal.

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A la palpation, on constatait maintenant au niveau de la tumeur une fluctuation très nette, en même temps qu'un certain degré de tension. La muqueuse buccale qui la recouvrait semblait de plus notablement épaissie.

Mais, ce n’était pas tout; cette fois, en effet, on remarquait que la région sus-hyoïdienne bombait d’une façon très appréciable du côté gauche, surtout quand la malade fermait la bouche et faisait quelques mouvements de déglutition, ou encore . pressait directementavec le doigt sur la tumeur buccale.

La voussure sus-hyoïdienne n'était d’ailleurs pas nettement fluctuante, et la peau qui la recouvrait avait conservé son aspect normal el sa souplesse habituelle.

A partir de ce moment, la saillie buccale resta sensiblement stationnaire, tandis qu’au contraire, la tumeur sus-hyoïdienne augmenta rapidement de volume.

A la fin de mars 1897, elle avait la dimension d’un œuf à grosse extrémité inférieure el à direction un peu oblique de haut en bas et d'avant en arrière. +

Ses limites n'étaient pas bien précises. À ce moment la fluctuation était très nette, et se transmettait facilement de la région sublingale à la région sus-hyoïdienne. La muqueuse buccale et la peau qui recouvraient la tumeur conservaient les mêmes caractères. Enfin, à noter, une gêne notable dans les

fonctions de mastication, de déglutition et de phonation.

En présence de ces symptômes inquiétantls, la malade se ren-.

dit à la consultation de l’Hôtel-Dieu, là elle fut admise avec le diagnostic de grenouillette sus-hyoïdienne. Sur les conseils : d'une de ses amies, elle n’entra pas à l'Hôtel-Dieu et préféra aller se faire traiter à l'Hôpital International. Là, nRe opération

fut faite dès le lendemaun de son entrée, Les détails manquent

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