SENTIR SR
l’occasion de suivre ce malade qui se plaint d’essouflement depuis l’âge de 18 ans. À 19 ans il présente une néphrite hématurique d’origine cautharidienne sans séquelles. À 30 ans, il souffre de rhumatisme articulaire aigu, qui se manifeste par des arthropathies mobiles des membres inférieurs. En 1923, il est frappé par une grippe qui se complique de congestion pulmonaire, mais ne retentit en aucune façon sur le cœur. En mars 1928 il est saisi brutalement par la grippe avec catarrhe rhino-pharyngé, céphalée intense et myalgies. Dès la disparition de l’état infectieux, on note tout un cortège de troubles fonctionnels, dominés par des extrasystoles: essoufflement au moindre effort, sensations de pause et d’anxiété très brèves correspondant aux extrasystoles. Celles-ci augmentent de fréquence avec les fatigues de la journée. Nous ne percevons aucun souffle, La tension artérielle est à 17.8 (Vaquez). La radioscopie montre une silhouette cardiaque sensiblement normale, à part une saillie notable de l’arc moyen. En avril 1929 le malade contracte à nouveau la grippe qui. le tient alité durant une semaine. Les essoufflements surviennent toujours avec la même facilité. Les extrasystoles, rebelles à toute thérapeutique ont encore gagné en fréquence et se groupent par intermittence en lambeaux de bigéminisme: ceux-ci apparaissent très nettement sur un électrocardiogramme, lequel par ailleurs ne montre aucune déformation des complexes ventriculaires. Mais un fait capital se détache de l’examen clinique du cœur: l'apparition d’un souffle systolique de la pointe, que l'on entend en position debout et couchée. Depuis quelques mois la dyspnée s’est atténuée, et le malade a pu reprendre ses occupations: mais il est obsédé par des extrasystoles per-
sistantes.
Cette observation est importante à deux titres différents:
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d'une part il s’agit d’un ancien rhumatisant, chez lequel la maladie de Bouillaud n’a laissé aucune lésion audible mais est demeurée latente. D'autre part ce malade a présenté, chose banale, trois atteintes caractérisées de grippe à quelques années d'intervalle. La première laisse le cœur indemne et se complique au niveau de l'appareil respiratoire. La seconde déclanche une extrasystolie tenace. La troisième remanie cette arythmie, lui impose un groupement biogéminé, et surtout réveille au niveau du cœur une endocardite latente qui s’extériorise par un souffle d'insuffisance mitrale. À notre sens il s’agit là d’un réveil de l'infection rhumatismale, limitée à l’endocarde, sous l'influence de la grippe. Nous verrons plus loin que cette action de l’influenza sur le rhumatisme articulaire ou cardiaque est une notion depuis longtemps classique (Huchard-Peter) .
Pas plus que les autres manifestations de la grippe cardiaque, l'apparition ou l'intensité de l'extrasystolie n’est en rapport avec l'apparition ou l'intensité des complications pulmonaires ou d’une facon générale de l'obstacle créé dans la petite circulation. Il peut y avoir précession cardiaque et nous avons ainsi observé avec le Docteur Marchal une extrasystolie intense, symptôme noyé au milieu d'un syndrome dramatique d'insuffisance cardiaque, chez une malade atteinte d’une grippe qui devait quelques jours plus tard se compliquer d'une - congestion pleuro-pulmonaire. Nous en rapporterons plus loin l'observation. Cette malade d’ailleurs guérit complètement et ne présenta plus par la suite aucune trace de ses troubles cardio-pulmonaires.
Quelle est la pathogénie de cette extrasystolie grippale. Elle est vraisemblablement multiple.
L'’extrasystolie en général est un trouble banal d’origine et
Soi
de signification imprécises et vagues. L'extrasystolie grippale est aussi diverse dans ses causes et ses origines que toutes les autres extrasystolies. Au cours de la grippe l’arythmie est-elle sôus la dépendance de l’imprégnation directe de l'appareil circulatoire par les toxines grippales? Est-elle au contraire la conséquence d'un dérèglement du système organo-végétatif ? On sait que l'excitation du sympathique ou du pneumogastrique peut produire de tels troubles arythmiques, s’il s’agit d’un cœur préparé par une action antérieure: et il est facile de produire expérimentalement ces extrasystoles en agissant sur l'un de ces systèmes, après avoir sensibilisé le muscle cardiaque par une injection toxique. Îl est admissible que la même action ait lieu, lorsqu'il s’agit d’une sensibilisation toxinique.
De même l'excitation du sympathique peut produire des extrasystoles lorsque le tonus du vague est modifié (Hering) . Cette modification pourrait être l'effet du virus grippal.
S'agit-il d’une localisation du virus sur les plexus viscéraux suivant la conception de Dufour? Toutes ces pathogénies peuvent, certes, être Invoquées, et 1l est nécessaire d’être éclectique. Quant à sa signification nous pensons que, tantôt l’extrasystolie a la valeur d’un trouble neurotonique, et que tantôt elle est un trouble prémonitoire d’une défaillance cardiaque ou même l’ébauche d’une insuffisance légère du cœur. Peu grave en elle-même elle traduit cependant en effet l'atteinte . du fonctionnement de l'organe. Cette conception d’une atteinte plus ou moins discrète et éphémère de la valeur fonctionnelle du myocarde permet d'expliquer les faits de passage allant jusqu:à l'insuffisance cardiaque très sévère (Marchal). Cette déchéance est d’ailleurs le plus souvent transitoire car elle ne répond pas à une lésion anatomique de myocardite, mais à une défaillance d’origine toxinique qui cesse avec sa cause.
OCDE
L'extrasystolie grippale est en général « fugace, sans lendemain et sans gravité réelle » (Marchal). Elle n’est en règle justiciable d'aucune thérapeutique spéciale, autre que la médication tonique générale. Quand les extrasystolies ne font qu’accompagner un syndrome d'insuffisance cardiaque grave, il faut faire entrer en jeu la grande médication tonicardiaque: digitale à petites doses et ouabaïne. Lorsqu’elles se prolongent longtemps après la cédation de l’épisode infectieux, elles peuvent poser un problème pronostique délicat. Elles sont alors justiciables d’un régime et d’une réglementation de vie rationnels, de l’opothérapie, de la belladone, et des divers calmants.