ÉTUDE CLINIQUE
Avant de rapporter les résultats obtenus en clinique par l'emploi de la lactophénine, voyons sous quelles formes et à quelles doses elle a été administrée par nos prédécesseurs et par nous.
Mode d'administration. — La lactophénine étant peu soluble dans l’eau, nous ne pouvions songer à l’employer en solution dans ce liquide. Plus soluble dans l'alcool, elle aurait pu être donnée en potions alcooliques, et c’est ce que nous avons fait dans quelques cas exceptionnels. Nous avons renoncé à ce mode d'administration, qui présente parfois de réels avantages (vitesse plus grande d'absorption), parce que chez certains malades, l’alcool est contr'indiqué, parce que les fébricitants sont, en général, altérés et que l'alcool augmente la soif, loin de la calmer ; parce que, enfin, il est aussi commode de faire absorber un cachet au malade qu’une capsule médicamenteuse ou une cuillerée d’une solution quelconque. Nous verrons
De
d’ailleurs, en étudiant les indications du médicament comme antithermique, qu’il y a peu d’avantages, selon nous, à obtenir son effet un quart d'heure ou une demi-heure après son ingestion. Nous avons donc donné la lactophénine en cachets, comme V.Jaksh. Landowsky et Strauss l’ont administrée plutôt en capsules amylacées de O:gr..60:
Ce dernier a donné d’abord la lactophénine à la dose de 0 gr. 25 chez les enfants, de 0 gr.50 à 1 gr. chez les adultes, du moins comme antithermique : comme analgésique, il employait de 1 à 2 gr. V. Jaksh en administre 0 gr. 50, 1 gr. comme antithermique, mais dit que l’on peut aller jusqu’à 6 gr. par Jour ; Landowsky, avant lui, n’avait pas dépassé 3 gr. ; A. Jacquet donne, dans la fièvre typhoïde, de 0 gr. 50 à 1 gr.: comme hypnotique, il faut, dit-il, administrer au moins 3 gr.
Nous avons fait prendre à nos malades des cachets de 0 gr. 50 chacun en nombre variable, 1, 2, 4, par jour au maximum en 2 ou 3 fois. Dans deux cas de tabes, nous avons été pourtant jusqu’à 3 gr. Nous craignions, en employant des doses plus fortes, d’avoir des accidents ; MM. Strauss et Kôlbl, viennent en effet de signaler de l’ictère assez grave survenu après l'absorption répétée d’une dose journalière de 3 à 4 gr. (Semaine médicale, nov. 1895). Selon nous, l’action analgésique exige une dose plus forte que l’action antithermique.
DE LA LACTOPHÉNINE COMME AGENT ANTITHERMIQUE.
Dans l'étude physiologique qui précède, nous avons vu que, chez le lapin et chez l’homme sain, la lactophénine est un hypothermique ; nous avons constaté aussi que chez des lapins fébricitants, ce corps produit un abaissement de température plus ou moins marqué. Or, si on admet comme le pense M. Laborde, que tout médicament qui agit comme analgésique est un anesthésique, que tout antipyrétique est un hypothermique, il faut, dès que nous rencontrons un produit qui est hypothermique chez les animaux et l’homme sains: nous attendre à priori, à lui trouver un pouvoir antithermique chez les animaux et l’homme fébricitants. La lactophénine a, nous l’avons reconnu, une action telle chez le lapin qui a de la fièvre, elle doit la posséder aussi chez le malade qui se trouve dans le même état.
C’est en effet, ce qu'ont confirmé les cliniciens qui l’ont utilisée avant nous, et ce qui ressort de nos observations cliniques.