TROISIÈME PARTIE GONFLEMENT
Il est d'observation courante qu'un certain nombre de corps, plongés dans des liquides appropriés ou dans leur vapeur, fixent des quantités variables de liquide en modifiant leurs dimensions propres.
On dit que ces corps « gonflent », mais 1l n’y a de gonflement véritable que lorsque l’absorption de liquide s’accompagne d'une variation du volume du eorps absorbant (1).
L'observation précédente a été faite depuis fort longtemps dans le cas des fibres textiles, car CHEVREUL (2), Persoz (3), BozLey (4) en font mention dans leurs ouvrages déjà anciens (9).
Ces phénomènes de gonflement ont été étudiés avec grande attention dans ces dernières années et leur étude s’est révélée féconde, tant au point de vue théorique que pratique. L. MEUNIER (6) a dressé, récemment, un tableau complet de la question du gonflement de la peau, fonda-
() Freunoricn. Kapillar Chemie.
(2) Caevreur. Cours de Chimie appliquée à la teinture (1838).
(3) Persoz. Traité de l’Impression, Paris (1846).
(4) Borxex. Färbetheorie, Zurich! (1859), cité par Justin Muer- LER.
(5) Cf. Anecdote rapportée par Lacaceam H., T. I. B. A. (1923), LE D. 90.
(6) L. Meunier. Revue générale des Colloïdes, p. 97 (avril 1924).
mentale dans les diverses opérations de l’industrie de la tannerie.
La plupart des travaux ont trait à la physiologie et à la biologie (1) et ont conduit à des conclusions remarquables par leur originalité.
Mais le gonflement des fibres textiles dans les liqueurs aqueuses offre un intérêt technique immédiat, indiscutable, et a conduit à les considérer comme des colloïdes lyophiles passant à l’état de gel par absorption d’eau. à
Cette gélification provoque une distension intermoléculaire qui entraîne une modification profonde des propriétés physiques (et même chimiques dans quelques cas) et il est facile de concevoir que la teinture, l’impression, la charge, le mordançage et l’apprêt soient influencés directement par l’état de gonflement de la fibre; la surface active de la fibre étant accrue, l’absorption et la diffusion peuvent jouer avec une intensité beaucoup plus accusée (ZACHARIAS (2), DREAPER (3), SCHWALBE (4), J. MUELLER, Bixz (5), Peret-Joziver (6).
FREIBERGER (T1) insiste sur la nécessité d’un gonflement marqué et surtout uniforme des fibres, avant la teinture proprement dite, si l’on veut obtenir un bon unisson.
HaALLER (8) montre l'influence du gonflement de la fibre
(1) Par exemple: Eprma and Nephritis Fiscaer.
(2) ZacHaryas. Théorie der Färbevorgänge, Berlin (1908), p. 272, 282, 801; Fürber Zeitung, t. xxx, p. 149, 165 (1901).
(3) Drearer. Chemistry and Physies of Dyeinq (906).
(4) Scrwazse. läürbe théorien, p. 114 et 115.
(5) Biz. Cf. Perxr, Joriver et Traure, KoU. Beihefte, t. xxx, p. 237 (1911-1919).
(6) Perer, Jorrver. Théorie des Färbeprozesses, Dresde (1910).
(7) Freisercer. Mell., Textilberichte, p. 84 (1921); Cf. Rorsrer, Textilberichte, p. 228 (1926); Zeitschrift für die gesamte Textiul industrie (1924).
(8) Hazzer. Melliand Textilberichte, t. vr, p. 669 (1995).
dans la migration de la matière colorante et de l’épaississant à l’intérieur de la fibre au cours du vaporisage d'impression.
C’est à Justin MueLzLer (1) que revient le mérite d’avoir insisté, le premier, sur l'importance de ces phénomènes dans l’industrie des textiles. Ce chimiste estime que les phénomènes de gonflement ne peuvent être englobés dans les données générales de la chimie colloïdale et 1l propose, d'accord avee ScHeLzz, de leur donner un nom spécial, celui de « turgoïdes », et de les étudier à part.
« Les turgoïdes, dit-il, sont des corps solides et tout particulièrement des corps organisés qui, au contact de l’eau ou des liqueurs aqueuses, se gonflent, c’est-à-dire s’hydratent, sous certaines conditions, sans se dissoudre. Les fibres textiles deviennent turgescentes par action de l’eau à une température déterminée, mais surtout par addition d’alcalis ou d’acides. »
Le terme de « turgoïde » ne semble pas s'être diffusé. On peut se demander, en effet, jusqu’à quel point l’assertion de Justin MuEzLer, suivant laquelle la chimie colloïdale ne peut rendre compte des phénomènes de gonflement des fibres textiles, est justifiée et même si la chimie classique ne suffit pas à expliquer ce phénomène, Lors semble avoir résolu cette question par l’affirmative, dans le cas des protéines; nos résultats sur la laine et la soie se rapprochent beaucoup, à ce point de vue, de ceux de
ce savant.
(1) Justin Muerzer. La Turgométrie (Duxnon, 1917): Koll. Zeit, t. xxxvir, p. 239 (1925-2); Revue générale des Colloïdes, p. 2 (1924); Chem. Zeitg, p. 845 (1911).