INTRODUCTION
Il semble que chaque pays ait vu à certaines époques, l'éclosion et le formidable développement d'épidémies qui, par leur importance, devaient devenir de véritables fléaux. Après avoir cruellement ravagé certaines contrées, elles se sont éleintes peu à peu, ont finalement disparu, mais elles devaient manifester à nouveau leur présence en des lieux et des temps différents.
En France, de nos jours, la tuberculose sévit dans tous les milieux ; elle mérite toute notre préoccupation et les efforts combinés des hygiénistes et des praticiens tendent à la juguler. Ne cause-t-elle pas actuellement dans notre pays, ainsi que nous l’enseignait M. le P' CourMoxr, 120.000 victimes par an ? Dela lecture des documents du X Ve et du XV siècles, se dégage la terreur qu'inspiraient les ravages de la peste ; on signalait la « mort noire » dans tous les points de notre territoire : à Avignon, à Paris, à Montpellier, à Lyon, et un peu plus tard à Marseille. Au Moyen Age, c'était la lèpre. Installée en France dès le VI: siècle, elle y commit des ravages étendus, elle atteignit son paroxysme au moment des Croisades ; elle était universellement redoutée et son extension nécessita la mise en œuvre de mesures prophylactiques véritablement draconiennes, employées d’ailleurs trop tardivement pour maîtriser le mal; elle régressa cependant, et ne s'éteignit que vers le XVI siècle.
De nos jours en Europe, la lèpre a disparu de façon presque complète. Peut-être faut-il voir là l'influence de
certaines conditions climatériques, géologiques, alimentaires. Différents auteurs ont signalé la tendance de la lèpre à disparaître des climats lempérés, des régions calcaires, des pays à culture de blé, et par contre à augmenter dans les pays chauds el humides, les régions à sol granitique et aussi à culture de riz. Mais nous constatons chaque année, dans nos grandes villes el dans nos ports l'existence d'un certain nombre de lépreux originaires des pays orientaux : Turquie, Indes, Indo-Chine, Ile de Madagascar, Afrique, pour ne parler que des foyers principaux où le fléau continue à exercer ses ravages. Durant ces dernières années, au lendemain de la guerre au cours de laquelle eut lieu l'arrivée dans la métropole des très importants contingents coloniaux que l'on sait, MM. BABonNeix, et JEANSELME, à Paris, NicoLAs, FAVRE, Boxer, à Lyon (1922). Paurrier et Boëz à Strasbourg (1923), ont signalé des cas de lèpre chez des sujets ayant contracté l'affection à Madagascar, dans l'Amérique du Sud, à Mogador, etc... Un peu partout on constate des cas similaires. qui, sans mériler évidemment d'être l’objet de mesures très rigoureuses, nécessite l'attention du monde médieal, Nous savons d'ailleurs que l'importance des ravages de la lèpre à la surface du globe à l’époque contemporaine, a nécessilé la réunion de 3 conférences internaionales ; à Berlin (1897, présidée par Wircaow), à Bergen ‘1909, sous la direction de HANsEeN), la dernière, en 1923, à Strasbourg, avec le P' JEANSELME pour prési-
dent, — eten France, la création d'un sanatorium pour
lépreux. à Neufchâteau (Vosges).
Nous n'avons pas ici l'intention d'étudier les lépreux venus de l'exlérieur, mais au contraire ceux qui, dans notre pays, traduisent la survivance des anciennes épidémies. L'existence de la lèpre autochtone est en effet un fait définilivement acquis ; les léprologues reconnaissent en France, deux foyers principaux dont il a été beaucoup parlé : la
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Bretagne et les Alpes Maritimes. Il nous a paru intéressant de consacrer quelques pages à l'histoire des épidémies de lèpre dans notre pays, le Bas-Limousin, faisant partie d'une province située sur les premiers contreforts du Massif Central, placé dans des conditions climatériques et géologiques analogues à celles de l’'Armorique ; il eut lui aussi, le triste privilège de souffrir des atteintes de la lèpre Il semble y avoir, de nos jours encore, quelques lépreux, très rares heureusement, paraissant bien être les descendants des nombreux ladres de l'ancien temps.
Avant d'entreprendre la rédaction de cette modeste étude, nous devons tout d'abord remercier M. le P' Gurarr, qui nous a patiemment guidé dans notre travail. Il nous a prodigué ses encouragements et ses conseils. Nous le prions de vouloir bien agréer l'expression de notre respectueuse gratitude.
Nous tenons aussi à rendre hommage à l'œuvre érudite de nos regrettés compatriotes, M. J.-B. CHAMPEVAL, M. le chanoine Pour8Rière, et de M. L. Guigerr ; il nous eut été impossible sans les notes manuscriles que nous avait laissées le fouilleur infatigable qui a écrit le Dictionnaire des Familles nobles et notables de la Corrèze, sans les documents précieux que nous avons trouvés dans le Dictionnaire des Paroisses corréziennes et dans les Léproseries de Limoges d'esquisser l'histoire des maladreries du Bas- Limousin. Nous ne saurions oublier d'adresser nos remerciements reconnaissants à M. Marque, le Président de la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze, a M. Roumer, l'archiviste de notre département, et à M. pe Nussac, bibliothécaire du Muséum, qui ont bien voulu guider nos premiers pas dans le fouillis ardu des Archives de notre pays.