‹ Contribution à l'Étude de la LèpreChapitre 5 sur 51 · EN FRANCE · texte numérisé non relu

EN FRANCE

Le Docteur MILIAN écrivait en 1914: « On se figure que la lèpre est une maladie d’un autre âge et qu'elle a disparu de la surface du globe; malheureusement on la rencontre partout... ». On retrouve la lèpre en France. Cette notion, méconnue pendant longtemps, tant le souvenir des épidémies d'autrefois était sorti de nos mémoires, a vu le jour à la fin du siècle dernier, particulièrement au moment des retentissants travaux de l'Ecole de la Salpêtrière.

En 1892, en effet, CHARCOT, DEBOVE et leurs collaborateurs décrivirent deux maladies qu'ils venaient d'étudier dans les services parisiens.

L'une d'elles, — dont certains symptômes avaient en vérité été signalés dès 1823 par OLLIVIER, d'Angers, — DUCHENNE DE BOULOGNE, — et en 1882

par KAHLER et par SCHULTZE, était désignée sous le nom de syringomyélie et présentait à l’examen : des troubles moteurs d'ordinaire para — ou quadriplégiques, — des troubles sensitifs spéciaux caractérisés par de la thermoanesthésie avec analgésie, la sensibilité au tact étant conservée, — des troubles trophiques prédominant aux membres supérieurs. Cet ensemble est suffisamment connu actuellement

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pour ne pas nécessiter une plus longue description. Anatomiquement, on relevait une lésion caractéristique : une cavité centro-médullaire, d'origine gliomateuse, à prédominance cervicale.

La seconde maladie, dont MORVAN (de Lanillis, en Bretagne) avait donné une première description en 1883 et dont les auteurs parisiens achevaient l'étude, était caractérisée par des troubles parétiques, accompagnés d’'analgésie et de mutilations siégeant au niveau des mains; ces phénomènes étaient la résultante de panaris à répétition entraînant la perte de la phalange, et avaient ce caractère, exceptionnel pour un panaris d’apparence banale, d'évoluer sans douleur ; l’anesthésie était totale.

Ces deux affections, dont l'étude était encore incomplète, avaient une pathogénie peu connue ; leur anatomie pathologique semblait être dissemblable (1); leur symptomatologie était si typique dans les cas observés qu'on était en droit de se croire en présence de deux maux différents. Leur évolution, d’une chronicité analogue, se chiffrait, non par mois, mais par années.

C’est alors que ZAMBACO PACHA (de Constantinople) vint proclamer que ces deux affections relevaient d’une même cause : la lèpre. Frappé par l’'analogie des lésions des syringomyéliques et des panaris de MORVAN avec celles des lépreux observés en nombre considérable en Orient, et par ce fait qu'on ne les observait pas dans les endroits « où la

(1) La maladie de Morvan, attribuée dès 1887 à des lésions médullaires (Roru), fut considérée ensuite comme due à une névrite périphérique (Moxop et ReBouLr 1888).

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