L'ESTROPIÉ DU CHAPITEAU DE CHAMEYRAT
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le tombeau, chef-d'œuvre du x siècle, est à Obazine. En tous ces endroits, les jours de fête des saints guérisseurs, une foule d'étrangers souffreteux approchait des statues leurs têtes et leurs mains, leurs membres malades. « Le médecin, disaient-ils applique des remèdes à la partie du corps qui sent le mal; pourquoi ne le présenterions-nous pas au saint dont nous espérons la guérison ? »
Ces eaux, dont le prestige est encore conservé parmi les populations rurales corréziennes, n'offrent aucun intérêt au point de vue chimique ou bactériologique. Nous ne pensons pas qu'il y en aït une seule jouissant d'une réelle valeur thérapeutique. Envisageant cette question, M. Coissac écrit, —et il semble qu'on doit se rallier logiquement à cette opinion: « Il est ardu de démêler si toutes les fontaines aimées des lépreux ou simplement quelques-unes, ont une action réelle. Cependant on ne peut admettre que tant de générations soient allées boire ou se laver à telle ou telle fontaine respectée, et se trompent quand elles proclament une guérison. Au point de vue naturel une explication est possible : étant donné que chez les paysans du Limousin et d'ailleurs, l'hygiène laisse plutôt à désirer, une ablution a d'autant plus d’eflicacité qu’elle sera plus ou moihs prolongée, et les plantes spécifiées d'avance, qui remplacent l’éponge ou la serviette, une certaine propriété au point de vu thérapeutique ».
Le Bas-Limousin, surtout dans sa partie montagneuse est une contrée aride et sauvage, qui ne possède que de beaux arbres et des granits remarquables par la dureté et la finesse de leur grain ; par suite de la pauvreté de ses habitants et du manque de voies de communication qui jadis empêèchait les échanges, les œuvres d'art. sculptures sur bois ou statues de pierre, tableaux ou ferronneries, y sont relativement rares. L'épidémie de lèpre n'a provoqué dans l'art local que des spécimens sans prétention. Seul le tombeau de saint Etienne, à Aubazine est un chef d'œuvre indiscuté ; les
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ladres avaient soin de râcler les parties dé la statue correspondant à leurs organes malades. Nous savons la fréquence chez les lépreux des lésions nasales, auriculaires et oculaires, les mutilations de leurs extrémités ; le nez, les oreilles, les yeux, les mains et les pieds de saint Etienne ont actuellement presque disparu. Dans ce même monastère, certains médecins ont cru voir, dans quelques figurines ornant les stalles, des têtes de cagots ; le sculpteur a modelé avec habileté, et noté en observateur averti, lhypertrophie de leur nez, de leurs lèvres et de leurs arcades sourcilières grosses et dépilées, la rondeur de leurs yeux et de leurs oreilles bosselées, la bouffisure de leur face. glabre et haï-
neuse.
A Tulle il ne reste des maladreries que la chapelle de N.-D. de Montre-Chemin, rotonde avec portail et fenêtres à pleins cintres, située à l'entrée du chemin en pente raide qui s'élève vers le couvent des Carmélites. Il ne subsiste de l'ancienne léproserie que la porte de la chapelle de la Santé, des pierres tombales et des bacs de granit.
Aux portes de la ville, nous ne trouvons à noter dans l'ancienne maladrerie de Saint-Adrian, dont les murs restaurés à différentes époques accueillirent successivement des ladres, des ardents et des pestiférés, qu'un écusson taillé en plein granit, reproduisant la mappemonde traversée par les branches de l'ancre du Salut, insigne que M. J.-B. CuamPpEvAL nous a signalé près d'Argentat, an-dessus de la porte d'une tourelle du village du Claux. Nous y voyons comme au Rocher des Malades une croix érigée à une croisée de chemins, plusieurs sources encore dénommées Fonts des Malades et divers objets taillés : bénitiers, cuves et piscines.
Au-dessus du vieux quartier tullois de l'Estabournie, une vieille maison du Bois des Moines présente une salle encore désignée sous le nom de la Walaudio ; deux têtes grossièrement sculptées supportent le linteau de granit de la cheminée. M. J.-B. CnaMPEvaL, qui la signale comme un asile
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de ladres, appelle l'attention sur une vaste piscine aux murs épais d'amphibole, qui semble construite sur les fondations d'une tour très ancienne, très probablement galloromaine.
Des sept maladreries signalées par le Pouillé de 1648 comme dépendant du diocèse de Tulle, c'est à peine si nous pouvons donner le croquis de celle de Montchal, aux portes de Malemort, etsignaler le puits de l'Habitarelloune, dépendant de la «léproserie près Tulle, sise à l'Habitarelle de Gimel ». Sous la margelle, se trouve un signe curieux, qui semble être une rouelle de lépreux : le même dessin se voit sur un bas-relief du porche de l'église Saint-Julien-le-Pauvre, à Paris, qui représente saint Julien et sainte Barillène, sa femme, passant sur une barque le Christ habillé en lépreux.
Le culte des saints guérisseurs de la lèpre se traduit en Bas-Limousin par des tableaux ou des statues diverses : nous pouvons signaler des chapiteaux représentant le saint Lazare de la Parabole, dans les églises de Chameyrat, et de Vigeois, à proximité du village de Gratterogne ; — des estropiés appuyés sur des béquilles dans l’église de Noailles, à quelques kilomètres de l’ancienne léproserie de Nazareth. Beaucoup de chapelles contiennent des statues ou portraits de sainte Madeleine ; une des plus belles toiles représentant lasainte dans la Grotte de la Beaume, tenant un crâne dans ses mains, se trouve dans la chapelle du Puy-Saint-Clair, à Tulle ; une statue de bois des plus curieuses, dont la taille allongée et collante permet de lui assigner la fin du xiv° siècle (Rivière) existe à la chapelle des Rougnoux (1154) à 2 kilomètres de la léproserie d’'Alonzat. La Vierge était aussi la patronne des lépreux ; il en est de belles statues à l’église du Châtenet (x1v° siècle), dans une maison du Teillol, sur l'emplacement de l’ancienne maladrerie de Brive, près de la Font des Ladres et d'une jolie croix de saint Jacques (1503), au cloître de Tulle (vierge du Bois-Manger (xiv® siècle). A Chaunac, près de la châtaigneraie du Mazel, on relève une fount des ladres dédiée à saint Georges, le patron
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des lépreux en Islande. Ce saint est représenté le visage entouré d'un moural (1).
Notons, en terminant, la toile et la statue extrêment caractéristiques de saint Loup dans la chapelle des Plats de Saint-Clément et des Combes de Seilhac, — le joli reliquaire de saint CLAïR à l’abbaye Saint-Martin de Tulle, le guérisseur des affections oculaires, etl’inscription de la fontaine de Saint-Pardoux qui se trouve non loin des asiles de lépreux de Bonnefont et de l’Inclédat de Bugeat.