‹ Contribution à l'Étude de la LèpreChapitre 43 sur 51 · LES LÉPREUX ET LEURS MÉDECINS · texte numérisé non relu

LES LÉPREUX ET LEURS MÉDECINS

Contagiosité de la Maladie. — Lèpre et Syphilis

Prophylaxie et Traitement ;

IL serait sans aucun doute très intéressant de posséder des observations de lépreux faites par des médecins du Moyen Age. Nous n'en avons malheureusement retrouvé aucune, en étudiant les léproseries limousines. Mais nous puuvons nous

faire une idée de ces malades, par le tableau classi-

que qu'en 1363, en traçait GUY DE CHAULIAC. Le chirurgien de Montpellier recommandait à ses confrères de rechercher les symptômes suivants :

Signes : Univoques, càd « ceux qui signifient toujours ladrerie et l’ensuient soit intenses, soit faibles », et sont 6 :

— Rondeur des yeux et des oreilles.

— Dépilation et grossesse ou tubérosité des sourcils.

— Dilatation et torsure des narilles par dehors, avec estroitesse intérieure.

— Laideur de lèvres, voix rauque, commé s'il parlait du nez.

— Puanteur d’haleine et de toute la personne.

— Regard fixe et horrible...

… Equivoques, ceux qui, avee ce qu'ils sont trouvés en lèpre se trouvent en autres maladies.et partant ne signifient pas toujours lèpre. Ils sont 16 :

Le premier est durté et tubérosité de la chair, spécialement des iointures et extrémitez.

rune

Le second est couleur de morphée et ténébreuse.

Le troisième est cheute de cheveux, et renaissance de subtils.

Le quatriesme, consomption des museles, et prineipalement du poulce.

Cinquiesme, insensibilité et stupeur, et grampe des extrémitez.

Sixiesme, rougne, et dartes, couperose et ulcérations au corps.

Le septième est grains sous la langue, sous les paupières et derrière les oreilles. à

Huietième, ardeur et sentiment de piqueure d’aiguilles au corps.

Neufiesme, crespeure de leur peau exposée à l'air, à mode d'oye plusmée.

Dixiesme, quand on iette de l'ean sur eux, ils semblent oingts.

Unziesme, ils n'ont guères souvent fièvre.

Douziesme, ils sont fins et trompeurs, furieux et se veulent trop ingerer sur le peuple.

Treiziesme, ils ont des songes pesants et griefs.

Quatorziesme, ils ont le pouls débile.

Quinzième, ils out le sang noir, plombin et ténébreux cendreux, graveleux et grameleux.

Seiziesme, ils ont les veines livides, blanches, subtiles et cendreuses.

« Et avec ces signes on examine les ladres. Mais en l'examen et jugement des ladres, il convient estre fort advisé : car c'est très grande injure de sequestrer les non sequestrables et de laisser les ladres avec le peuple. Car le mal est contagieux et qui infecte.…. »

La plupart de ces symptômes étaient de notion courante jadis, dans le peuple. En dehors des médecins eux-mêmes, les ladres ne se méprenaient pas aux premiers signes de la maladie chez les sujets suspects. En beaucoup d’endroits les jurys désignés pour l'examen des individus soupçonnés de lèpre

étaient en partie composés de ladres avérés, depuis longtemps séquestrés ; de même dans les maladreries, certains lépreux faisaient office de médecins.

Durant tout le Moyen Age, la notion de l’incurabilité de la lèpre fut un dogme. GUI DE CHAULIAC, estimant que c'était un mal «qui peut bien être préservé, mais non pas guery », écrivait

«S'il y a beaucoup de signes équivoques, et quelques-uns des univoques, il faudra mettre (le malade examiné) au rang des cagots, et dire fortement à ceux de cet ordre qu'ils gardent bien leur régime de vivre, qu'ils se fassent traiter par des médecins, et qu'ils setiennent séquestrés du monde, parce qu'ils sont dans le commencemment de lèpre. »

Au xIve siècle la maladie sévissait encore, mais on voyait sa virulence s’atténuer. À côté d’individus présentant de dégoûtantes infirmités, 1l y en avait beaucoup d'autres qui n'offraient que des signes assez frustes. Ce sont ces derniers que nous voyons dénommés cagots, cacous en Bretagne, gafets en Languedoc, terme qu'on appliquait d’ailleurs depuis longtemps à tous les ladres qui, ne présentant que des symptômes équivoques, ont joui presque toujours et presque partout d'une liberté relative. Les grands lépreux, leprosi reclusi, dont la maladie n'était pas douteuse, étaient les hôtes des maladreries (1) ; on a estimé leur nombre, — une dizaine environ par établissement, à 15.000 en France, au x111° siècle, alors que celui des lépreux libres aurait été de 200.000. Ces derniers habitaient des quartiers isolés, des villages, des

(x) Le 3 Concile de Latran (1179), qui régla la condition sociale des ladres, les répartit déjà en grands lépreux, condamnés à la réclusion sévère des maladreries, et lépreux frustes, soumis à des lois moins rigoureuses.

OS

hameaux, quelquefois des maisons un peu séparées de celles du commun ; ils vivaient en famille, étaient libres chez eux, possédaient des biens, et formaient une sorte de classe à part spécialisée dans l’exercice de certains métiers, qui leur étaient permis à l'exclusion des autres (PÉTIET).

Le Dr FAY, qui s’est ivré à une étude approfondie des cagots du Sud-Ouest, a montré que ces sujets, au Moyen-Age, n’en étaient pas moins considérés comme lépreux, et comme tels, traités en parias, et soumis à des obligations sévères. On les empêcher de se mêler aux populations saines, car on les disait atteints d'une espéce de lèpre fort contagieuse. Ce mal, la cagoterie, la petite lèpre, était la lèpre blanche, ainsi nommée-par opposition à la grande lèpre rouge, Elle était caractérisée par la prédominance de la leucodermie, et doit rentrer dans la lépre anesthésique ; «la plupart des cagots étaient des tropho-neurotiques, mais il n’en est pas moins certain que la lèpre tuberculeuse se rencontrait chez eux, ainsi que les formes mixtes de l'affection (1). Elle disparut presque. complètement à la fin du xvire siècle.

En limousin nous voyons exister cette distinction entre ladres M. GUIBERT a signalé la présence de ces ladres blancs, blanchards, enfarinés, ou encore casseaux où caquots. À Limoges l'hôpital du Mas-Blanquet, l'infirmerie des caquots, leur

(1) Fay. La lèpre blanche, in La Lèpre dans le Sud-Ouest de la France, th. Paris, 1907.

— Les Cagots, Gaffots et Cassots, notes pour servir à l'histoire de lèpre en France. — France Médicale aoûtseptembre 1909.

— Histoire de la Lèpre en France, Paris, Champion, 1909.

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