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L'OREILLE

Nous diviserons son étude en trois paragraphes

a) Oreille externe ; b) Oreille moyenne et examen auditif ;

c) Examen vestibulaire.

PaviLLoN. — Les lésions du pavillon coïncident presque toujours avec celles de la face. Elles débutent rarement à ce niveau et varient suivant la forme de la maladie.

Dans la lèpre tuberculeuse, lorsque le visage et les téguments sont parsemés de nodules, on trouve au niveau du pavillon les mêmes éléments. Ils se développent de préférence au niveau du lobule et sur le bord du pavillon. Nous n’en avons pas trouvé sur la conque. Ces nodules laissent des cicatrices, qui déforment l’organe, et le bord libre présente une série d’encoches de couleur pâle et vernissée. Dans la forme léonthiasique, les oreilles participent aux poussées d'infiltration, le lobule et le pavillon semblent seulement être touchés. L’oreille est écartée de la mastoïde, en éventail ; le lobule peut augmenter de trois fois son volume, et le bourrelet du pavillon devient de la grosseur du petit doigt, contrastant avec l’aspect presque normal de la conque. Des troubles trophiques et des ulcérations peuvent se manifester, les lésions sont en général indolores, et l’anesthésie à peu près complète.

Enfin, nous pouvons seulement constater des changements de coloration ; les téguments de l’oreille prennent comme le visage la teinte bistre, caractéristique et donnent au toucher une sensation spéciale. Il peut y avoir ou non anesthésie de la région.

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Conpuir AUDIT. — Le conduit auditif ne présente pas de lésions caractéristiques, même lorsqu'il y a de grosses lésions du pavillon.

En résumé, ce sont les tissus qui adhérent au plan profond, de l'oreille externe qui sont le siège des lésions lépreuses.

OREILLE. — L’aspect du tympan indique presque toujours une atteinte de l’oreille moyenne. Les malades font généralement de la rhino-pharyngite chronique, qui retentit sur la trompe et la caisse.

Le catharre tubaire du début, dont les malades se souviennent quelque fois, aboutit souvent à une sténose de la trompe et suffit à expliquer la diminution de l’audition chez quelques uns. Leur tympan est enfoncé, grisâtre, le manche du marteau saillant ; l’éclairement de la membrane ne produit pas de triangle lumineux ; ils font de l’otite moyenne sèche ; la membrane de shrapnell est d’aspect normal.

Nous n’avons observé qu’une otite moyenne suppurée aiguë au cours d’une rhino-pharyngite aiguë. Nous en donnons plus loin l’observation. L’état du nez a dû favoriser l'infection de la caisse. Obstruction nasale, suppuration rétronasale. Tous les deux jours nous avons régulièrement prélevé du pus s’écoulant par le conduit, et à l’examen (coloré par la méthode de Ziehl) nous n’avons pas trouvé de bacilles de Hansen. Peutêtre en aurions-nous trouvé dans la muqueuse de la caisse. L'évolution a été celle d’une otite moyenne suppurée banale, et l’audition est redevenue normale rapidement.

EXAMEN AUDITIF. — Les épreuves auditives faites chez nos malades nous ont révélé peu de choses ; diminution plus ou moins marquée de l’audition, chez quelques uns, par lésion de l'oreille moyenne.

Du côté de l’oreille interne, sauf chez deux malades, les résultats des épreuves ont été normaux. Chez les deux malades en question, l'atteinte du nerf auditif semble d’ailleurs peu marquée.

EXAMED VESTIBULAIRE. — Il nous a fourni peu de rensei-

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gnements ; nous ne l’avons d’ailleurs pratiqué que chez ceux de nos malades qui étaient les plus touchés.

Dans un cas nous avons noté de l’hypo-excitabilité du nerf vestibulaire, peu marquée d’ailleurs. Dans un autre cas, au contraire, l’excitation galvanique nous a révélé une légère hyper-excitabilité d’un seul côté, avec réaction normale de l’autre.

Nous pouvons donc penser que la lèpre n’atteint pas le nerf auditif alors qu’elle se localise volontiers sur les nerfs périphériques.

EN RÉSUMÉ. — En dehors des lésions des parties molles de l’oreille externe, qui suivent le processus d’invasion de la face, l’oreille n’est touchée que secondairemnt dans sa partie . moyenne. Les troubles auditifs, assez rares d’ailleurs ne sont que la conséquence :

1° des lésions de la trompe ;

2° d’otite moyenne sèche consécutive à une perméabilité insuffisante de la trompe d’Eustache.

L’oreille interne paraît indemne.

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DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL

Bien souvent les malades ne viennent consulter qu’à une période déjà avancée de la maladie et la question du diagnostic différentiel ne se pose pas. Les lésions concomittantes des téguments ou des troubles nerveux confirment le diagnostic.

Mais tout au début, nous avons vu que le malade peut présenter

soit de la rhinite ; soit des ulcérations du voile du palais ; soit un nodule.

De ces trois manifestations, la plus importante est la première.

RHiitTE. — La rhinite lépreuse est insidieuse, tenace, hypertrophique et catharrale. Elle s’accompagne souvent d’épitaxis. Les cornets sont quelque fois normaux, le plus souvent l’hypertrophiés : mais le gros signe, est le léprome du pied de la cloison avec son infiltration mollasse, pâle ou rosée, anesthésique, insensible. Les signes généraux sont inconstants.

Cette rhinite peut être confondue avec toutes les inflammations chroniques ou subaiguëes de la muqueuse nasale. Un élément seul va la caractériser : la présence de globies dans le produit de grattage du pied de la cloison.

ULCÉRATIONS. — L’ulcération lépreuse du voile ou de la muqueuse du palais ressemble à une ulcération lupique : elle est plate, piquetée d’un semis jaunâire sur fond rouge ; ne saigne pas, est indolore et insensible. Ses bords sont ovalaires, peu élevés ; il n’y a pas, ou presque pas de zone inflammatoire

Et OU

importante ; ils ne saignent pas, donnent une sensation fibreuse ; et il n’y a pas de bourrelet.

L’ulcération ne gagne pas en profondeur comme dans la syphilis ; les bords ne sont pas décollés ; il n’y a pas de pus. L'évolution est variable, la cicatrisation quelque fois spontanée, laissant une cicatrice fibreuse, blanc nacré en étoile. Le squelette n’est pas touché.

NopuLe. — Le nodule se rencontre généralement sur les piliers, ou sur le voile ; il est brun fauve, mollasse, indolore, et à les caractères des nodules externes. Il apparaît par poussées, avec ou sans signes généraux.

De ces lésions, la moïns caractéristique est la rhinite ; la notion d’origine du malade, d'histoire des antécédents personnels, le séjour dans ces pars à lèpre pourront guider le diagnostic.

Mais quelque fois le problème se pose d’une façon différente. Une lésion nouvelle ou inattendue apparaît au cours d’une lèpre en évolution.

La GOMME. — Est-ce une manifestation lépreuse ou une manifestation syphilitique ? L’aspect morphologique est le même. La gomme peut apparaître au niveau du nez au point d'élection de la syphilis nasale.

D’après l’observation que nous avons recueillie, nous constatons que le malade a présenté les signes suivants

signes généraux marqués.

température oscillante qui a fait songer un instant à une mélitococcie.

Seule une ponction exploratrice a tranché le diagnostic, au lieu de retirer un liquide roussatre, épais, amicrobien comme dans la syphilis, on se trouve présent d’un liquide clair, séreux, renfermant des bacilles.

Enfin nous avons vu que l’on peut observer au niveau de la langue, des tumeurs végétantes, papillonateuses, d’aspect néoplasique. Il n’y a pas de ganglions, pas de phénomènes douloureux. La tumeur a des limites nettes, pas de signe d’inflammation de voisinage, pas d’empatement, seul l’aspect morpho-

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logique peut faire songer à un néoplasme. La biopsie nous montre des bacilles en abondance.

En somme, dans le cas douteux, que la lésion apparaisse au début et comme premier symptôme de la maladie, quelle soit une forme atypique de la lèpre, un signe capital enlèvera toute hésitation et fera le diagnostic : l'examen microscopique de la lésion.

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