ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Nous avons suffisamment décrit l'aspect morphologique des lésions au cours de notre étude clinique ; nous étudierons dans ce chapitre leur aspect microscopique.
Nous donnerons: 1° une description de la pituitaire, empruntée au travail de notre Maître et Président de thèse, M. le Professeur Jeanselme, description qui a été publiée dans son article sur les localisations du bacille de la lèpre dans les divers organes. Presse Médicale, 1900, p. 382.)
2° Une description de léprome de la langue.
PREMIÈRE PRÉPARATION. — Lambeau de la pituitaire au niveau d’un léprome de la cloison .(Jeanselme, Presse Médica- Le, 1900, p. 382.)
« Le tissu lépreux qui s’était substitué au derme était formé de cellules dont la plus part paraïissaient conjonctives. Les globies étaient si nombreux que même après décoloration la coupe gardaïit une nuance rose vif.
Ils étaient groupés en petits amas dont les uns étaient incorporés dans les cellules, les autres seulement accolés à celles-ci. En beaucoup de points les bacilles formaient aux éléments une coque complète, au centre de laquelle on pouvait encore apercevoir le noyau de la cellule.
Çà et là étaient disséminés des boules presque excelusivement composées de bacilles : dans ces globies de récente formation il n’y avait pas de vacuoles et la glée n’occupait qu’une place minime. Presque toujours j’ai pu distinguer dans ces colonies les cellules qui leur avait servi de centre de formation.
Le foyer de l’infiltration, dans la plus grande partie de son étendue affleurait la couche profonde de l’épiderme. Au
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premier abord la structure de celui-ci ne paraissait pas modifiée. Cependant un examen attentif démontrait la présence des bacilles distribués en petits paquets dans la couche crenelée de mailpighi, Quelques bacilles avaient pénétré dans le corps même de ces cellules et étaient couchés contre le noyau. En un point la barrière epithéliale était forcée ; de nombreux amas bacillaires, libres et entrainés par des cellules migratrices s'étaient répandus dans la couche de malpighi, encore reconnaissable aux gros noyaux pâles des epithéliums. »
DEUXIÈME PRÉPARATION. — Lésion au niveau de la face dorsale de la langue, lésion en choufleur, papillomateuse, formée de quatre à cinq faisceaux, dépassant la surface linguale de 5 m/m environ. Prélévement à la lancette, sans anesthésie locale.
Préparation fixé à S #4, colorée à — Hématéine-éosine
et Ziehl.
DESCRIPTION MICROSCOPIQUE. — Sous le microscope le
léprome des muqueuses dermo-papillaires ressemble beaucoup au léprome de la peau. Il est fait comme lui d’un infiltrat homogène qui forme de larges nappes où des boyaux enchevétrès. Dans les muqueuses, la limitation de ces masses d’infiltration est moins nette que dans le derme très dense de la peau.
Au contact des plans musculaires cet infiltrat s’insinue entre les faisceaux, le dissocie et envoie assez profondément des prolongements effilés comme dans le léprome cutané.
Cet infiltrat est constitué, presque exclusivement, de cellules d’un type assez particulier, plus ou moins abondantes dans une masse de tissu très collagène.
Ce sont des cellules dérivées des fibroblastes, avec un noyau qui rappelle celui de ces derniers, mais il est plus considérable, plus volumineux.
En quelques points on voit un cytoplasme, assez étendu, granuleux, avec noyau central ou excentrique, d’ailleurs il est impossible de voir autour de ces noyaux aucune trace de cytoplasme.
C’est dans la partie où les cellules sont le plus tassées, les unes contre les autres, qu’on voit le mieux les limites cellu-
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laires en certains points ces cellules sont toutes au contact les unes des autres, il n’y a pas de tissu inter-cellulaire et il peut y avoir comme une apparence de tissu.
Dans les parties où les gros noyaux sont très disséminés il est rare de trouver un cytoplasme distinet. Le noyau a l'air de plonger directement dans le tissu précollagène ; à peine quelque fois est-il entouré d’une bordure mince de cytoplasma déchiqueté.
Outre ces cellules si particulières, on trouve encore çà et là des lymphocytes, quelques plasmocytes, et quand on se rapproche de la surface d’une ulcération quelques polynucléaires neutrophiles.
Dans la coupe qui nous a fourni la meilleure matière d'étude, c’est dans la partie superficielle de l’infiltrat, celle qui emplit le corps papillaire très hypertrophié, que se trouve le plus de cellules probablement d’origine sanguine, (Iymphocytes et polynucléaires). Mais c’est là aussi que l’on retrouve le plus de cellules lépreuses. C’est là qu’elles se touchent et prennent l’aspect xanthomateux.
Les bacilles se trouvent dans tout le léprome ; on les voit en amas très serrés. Dans les cellules lépreuses à large cytoplasma qu’elles remplissent presque entièrement, on en trouve beaucoup moins, dans les portions où les cellules lépreuses semblent avoir perdu leur cytoplasma, par contre on en voit la un semis très régulier, dans toute la substance collagène, comme si l'éclatement des cellules, les avait laissé se répandre dans la substance inter-cellulaire.
Dans les parties où les cellules lépreuses, bourrées de bacilles de Hansen, sont très abondantes, on voit de plus quelques bacilles, disséminés dans les espaces inter-cellulaires. On en trouve moins dans les vaisseaux sanguins et les lymphatiques.
EN RÉSUMÉ. — Le léprome des muqueuses est analogue au léprome de la peau, il est constitué par des cellules dérivées des fibroblastes. Les bacilles de Hansen, s’y montrent, non amassés en globies, mais disséminés dans de vastes cellules Ié-
preuses.
THERAPEUTIQUE