‹ Contribution à l'étude de la leucoplasie buccaleChapitre 11 sur 18 · COMPLICATION · texte numérisé non relu

COMPLICATION

Cette complication c'est l'épithélioma.

C'est à Negligan (1862) que l’on doit la connaissance de ce fait. Ce médecin avait eu l’occasion de voir un malade atteint depuis trente ans d'une leucoplasie confluente et généralisée de la muqueuse buccale. Quatre ans après, une morsure de la langue fit paraître un petit tubercule de la grosseur d’un pois, qu'un chirurgien traita par des applications caustiques. Une hémorrhagie nécessita bientôt une opération spéciale, mais le malade ne survécut que quelques mois et succomba aux suites de la généralisation du cancer lingual. Depuis, l'attention du public médical a été attirée sur cette complication ; aussi y a-t-il eu nombre de communications à ce sujet : celles de Hulke, Paget, Andrew, Clarke, Trélat, Verneuil.

L'épithélioma débute aussi bien sur les plaques qu’à côté d'elles ; ordinairement, on voit certains points de. la langue se hérisser de petites saillies acuminées coniques el cornées, rudes au toucher comme les papilles de la langue d'un chat et susceptibles de se détacher. C'est l'état papillomateux confinant à la transformation épithéliomateuse et qui en est ordinairement le début ou du moins le degré intermédiaire.

«Il est impossible, dit M. Debove, d'établir une re-

« lation entre la gravité et l'étendue du psoriasis et « lPapparition du cancroïde ; il se développe tantôt sur « des langues où la lésion occupe toute la surface de « lorgane, tantôt sur des langues ne présentant « qu'une ou deux taches de psoriaris. »

Fréquence de la lerminaison de la leucoplasie en cancer.

Cette terminaison est relativement assez fréquente. En raison des divergences d'opinion des auteurs ; il serait difficile d'établir d’une façon précise la fréquence relative de ce mode de terminaison.

Ainsi Butlin considère que la leucoplasie est une cause fréquente de cancer |

Sur 80 cas qu'il relève il trouve onde 16 cas de cancer c'est-à-dire 1/5 des cas.

Pour Schvimmer il n’y aurait aussi que 1/5 des cas atteint de cancer.

Pour M. Debove la proportion serait d'un quart ;

6 cas de cancer sur 24 cas de leucoplasie.

Enfin d’après Vidal et Morris, la proportion serait de moitié.

Influence de l'âge de La leucoplasie sur sa lransformation en épithélioma.

Rien n'est variable comme l’âge de la lésion au moment de l'apparition du cancer. |

Nous citerons ici, pour en donner une idée, les deux statistiques de Schvimmer et de Robert Weir.

Re T: GS Ainsi, Schvimmer, sur quatre malades observès, a vu Ja dégénérence épithéliomateuse survenir :

dans un premier cas au bout de 2? ans dans un deuxième cas au bout de six mois et enfin dans deux autres cas au bout de dix ans

Statistique de Robert Weiïr portant sur 68 cas :

2 fois, la dégénérescence s’est faite au bout de 40 ans

D fois — — après 20 ans 8 fois 2 2 th NT ETS 7 fois entre six mois et LAIT ATNS

37 fois le chirurgien l’a vu s'établir sous ses yeux

Enfin, d’après l’observation de Negligan, nous voyons que la maladie peut se terminer par épithélioma après plus de 30 ans de durée, aussi faut-il toujours porter un pronostic des plus réservé dans la leucoplasie, même quand cette affeetion remonte à de longues années et paraît rester stationnaire.

Si on examine au microscope, une coupe de leucoplasie en train de dégénérer en épithélioma, on remarque que les lésions de la leucoplasie s'arrêtent brusquement là où commence l’épithélioma : il n'y a pas de zone de transition. On ne saurait done considérer la Jeucoplasie comme un stade, une période, comme le premier degré du cancroïde; il n’y pas entre celui-ci et celle-là une chaîne ininterrompue qui conduise des lésions de l’une aux lésions de l'autre. Ce sont deux affections distinctes et nous acceptons sur ce point la doctrine de Trélat et de Besnier :

QT

La leucoplasie estunesorte d'épine permanente dans l'épaisseur de la muqueuse lingquale.

Sur un organe présentant une susceptibilité particulère, une cause d'irritation aussi puissante et aussi permanente que le sont les lésions de la stomatite épithéliale chronique doit préparer le terrain d'une façon toute spéciale pour le développement ultérieur de l’épithélioma, ne- sait-on pas en effet quel rôle important joue l’irritation dans le développement du cancer.

Tous les points de la peau ou des muqueuses, qui sont le siège d’une irritation prolongée peuvent devenir le lieu d’élection d’un épithélioma ; n’a-t-on pas vu pareils faits se produire sur des cicatrices, sur un lupus, sur une syphilide invétérée ?

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