HISTORIQUE
Les plaques leucoplasiques avec leur coloration éclatante et tranchant si vivement sur la surface de la langue, offrent une apparence tellement visible, si spéciale qu'ilsemble que cette affection eut dû, depuis longtemps, attirer l’attention des observateurs. Cependant son histoire est, pour ainsi dire, purement contemporaine et date seulement de la seconde moitié du siècle. Le silence des anciens auteurs sur cette question, tient surtout à la tendance qu’ils avaient de considérer comme plaques muqueuses et par suite de rejeter dans le cadre des affections syphihtiques toutes les affections superficielles à marche chronique et à coloration blanchâtre de la muqueuse buccale.
Alibert, dit-on, aurait le premier signalé un cas de leucoplasie ; et lui aurait donné le nom d’ichthyose linguale ». 11 suffit de lire le seul passage de son œuvre pouvant se rapporter à ce sujet pour voir qu'Alibert considérait cette affection bien plus comme une généralisation insolite de l’icthyose que comme une affection pr et limitée.
« On a signalé dans les journaux, l’histoire d’une « jeune fille dé Naples qui, par le fait d’une semblable « infirmité (lichthyose); disait éprouver une rigidité
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« fatiguante dans tout son appareil tégumentaire el « ne pouvait mouvoir ses membres qu'avec une diffi- « culté extrême. Cette éruption affreuse était devenue « si générale, que les lèvres et la langue même n’en « étaient point préservés. Ces duretés calleuses oppo- « salent une telle résistance que les muscles étaient « dans une sorte d’inaction, que la bouche pouvait à « peine s’entrouvrir et que la malade était également « incapable de tenir le cou tendu et de tourner la « tête (1). »
Quelques années plus tard, Rayer en France, Sam. Plumbe en Angleterre déclarent tous deux, en termes presque identiques, avoir observé le premier sur un enfant, le second chez un adulte un développement morbide des papilles de la langue semblable, suivant eux, aux ichthyoses cutanées locales. Mais, par cela même, que ces deux auteurs ne font aucune mention de la coloration blanche si caractéristique ; il est permis de douter qu'ils aient eu en vue la leucoplasie buccale. Il faut arriver à la thèse de Buzenet en 1858 pour trouver une description et la première observation authentique de éette affection (observation de M. Fournier). Buzenet décrit, sous le nom de « plaque des fumeurs », des altérations des lèvres et de la langue consistant au début en des rougeurs érythémateuses : « La muqueuse reste parfois adhérente aux tissus sous-jacents, se double d’une exsudation plastique et offre une surface d'aspect blanchâtre. »
(1) ArBEerr. Traité des Maladies dé peau (1818), pag. 670.
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En 1862, un auteur anglais, Negligan (1) attirait l'attention du public médical sur une apparence anormale de la muqueuse bucco-linguale pouvant se terminer par l'apparition d’une tumeur maligne et ayant dès lors une certaine importance au point de vue des assurances sur la vie. Quoiqu’envisagée à un point de vue spécial, la transformation redoutable de l'affection et par suite, la gravité de son pronostic, n’en sont pas moins signalés pour la première fois. Bazin en 1868, dans son livre « sur les affections cutanées de nature arthritique et dartreuse », en donne, sous le nom de psoriasis, (c'est-à-dire affection desquamative) une description restée classique. Cette affection serait essentiellement, d’après Bazin, une manifestation de l’arthritisme ; il admet aussi l'influence du tabac et de la syphilis ; mais cette dernière diathèse n'agirait qu’en réveillant l’arthritisme. Jusqu'ici, la leucoplasie a seulement été différenciée des autres affections similaires de la muqueuse buccale, mais son étude n’a été qu'ébauchée. Ce fut en 1873 que parurent en France et presque simultanément deux études d'ensemble dues la première à M. Debove, la seconde à M. Mauriac.
Pour M. Debove, il s’agit d’une maladie nettement différente, au point de vue anatomique du psoriasis cutané, néanmoins, l’auteur conserve. l'expression de «psoriasis » qui, dit-il, « donne une bonne idée de l’aspect général de la lésion et ne donne lieu à aucune équivoque » ? Suivant lui, le tabac jouerait un rôle
(1) NEGLIGAN, Dublin quartely Journal, 1862,
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prépondérant dans l’étiologie : et le traitement consisterait seulement à éviter toutes ks causes d’ THAMON locale.
Pour M. Mauriac, Ébesent en cela l'influence des diathèses de SE il existerait plusieurs espèces de psoriasis buccal :
1° Psoriasis artificiel, causé par exemple, par l’abus du tabac chez les gens prédisposés, c’est-à-dire « portant en eux une cause interne latente ne demandant qu’un prétexte, qu’une occasion pour entrer en activité ».
2° Psoriasis constitutionnel reconnaissant comme cause : la dartre ou l’arthritisme.
3° Psoriasis syphilitique ; mais avec cette réserve que dans la DEHDAN des cas, la vérole ne joue dans son éclosion, qu’un rôle accessoire : celui d’une cause excitante.
49 Psoriasis ts c’est-à-dire celui qui, après un temps plus ou moins long, dégénère en épithélioma, cette métamorphose paraissant à M. Mauriac «un fait assez capital, pour constituer, en une espèce distincte, l'affection dans le cours de laquelle, cette métamorphose se produit. »
En 1876, Devergie s'élève contre la dénomination de psoriasis donné à cette affection parce que, dit-il, ce terme manque de logique : « il n’y a pas là la des-
quamation épidermique caractéristique du psoriasis « cutané ; il n’y a pas non plus l'élément inflamma-
toire. » Reconnaissant à cette affection une indivi-
== 119 — dualité propre, il propose pour elle le nom de faches blanches épithéliales de la lañque. ».
Schvimmer traduisant cette dénomination de Devergie, propose le nom de « leucoplakia buecalis (xevxoc rkat). Vidal, en 1883, l'appelle leucoplasie buccale (productions blanches) ; nom qui lui est resté depuis.
Nous mentionnons en 1883, la remarquable revue critique si complète et si documentée publiée par M. Merklen dans les Annales de dermatologie. Enfin, au point de vue histologique les remarquables travaux de M. Leloir sont venus éclairer d’un jour tout nouveau, l'anatomie pathologique de la leucoplasie.
SYMPTOMATOLOGIE .
Le début de la leucoplasie échappe presque toujours à l’observation ; grâce à l'absence ou au peu d’intensité des phénomènes subjectifs. C’est par hasard que le malade ou le médecin découvre les premières plaques blanches. Les auteurs qui ont eu la bonne fortune de pouvoir observer la maladie à son début, ont constaté tout d’abord, l'apparition de plaques érythémaleuses ; rendues saillantes par la turgescence et l’hypertrophie des papilles, dans les points où se développera plus tard la plaque leucoplasique. Cette période érythémateuse dure fort longtemps et la transformation de ces taches rouges en taches successivement : blanc bleuâtre, blanc grisätre et blanc d'argent, se fait avec une extrême lenteur ; en même temps les taches s'étendent et deviennent confluentes. La plaque leucoplasique constituée, on peut encore voir à sa périphérie se dessiner une légère zone érythématheuse, indiquant la tendance extensive de la lé- Sion.
La leucoplasie se développe quelquefois sur une surface ulcérée dénudée par une saillie dentaire par exemple ; on l’a même vu débuter à la suite d’aphtes. Enfin elle se produit souvent sur de larges sufaces d’une facon lente et insensible sans être accompagnée de phé-