‹ Contribution à l'étude de la leucoplasie buccaleChapitre 7 sur 18 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

nomènes réactionnels assez accusés pour que le malade s’en aperçoive.

La leucoplasie siège, le plus souvent, à la face dorsale de la langue, surtout-à sa partie antérieure, c està-dire, en avant des rangées de papilles caliciformes, désignées sous le nom de V lingual et à la face interne des lèvres dont elle envahit parfois le bord libre.

On la voit aussi, bien que plus rarement, sur les gencives et la voûte palatine. Minces et incolores au début, les plaques laissent voir par transparence la coloration normale de la muqueuse. Peu à peu, elles s'épaississent, l’épithélium se trouble, devient opalin, nacré, blanc bleuâtre opaque et lactescent. La forme et la grandeur des plaques sont éminemment variables. Débutant tantôt par ilôts arrondis ou ovalaires, tantôt sous forme de stries affectant par fois des figures presques géométriques : étoiles à rayons divergents ou bandes parrallèles, elles constituent à la longue, des placards de forme irrégulière ; mais dont quelques-uns semblent avoir une tendance à prendre -un aspect circiné.

D’autres fois, au lieu de rester isolées, elles s’étendent peu à peu, se rejoignent et finissent par recouvrir la plus grande partie de la langue, d’une sorte de blindage. C’est surtout dans ces formes étendues, qu'on voit apparaître des fissures, des sillons parrallèles ou entrecroisés, superliciels souvent, mais parfois assez profonds pour attaquer la muqueuse sous-jacente qui devient alors saignante et ulcérée : « Le mécanisme «de ces déchirures, ‘dit à ee propos M. Debove, est

IAE

« facile à comprendre; si on suppose un organe mo- « bile comme la main ou la langue recouvert d’un en- « duit imextensible, les mouvements seront empêchés « et limités si l’enduit est très résistant, s'il l'est «moins : il se rompra. »

La langue fragmentée en tous sens, présente alors un aspect craquelé ou parqueté, les fissures ainsi produites sont agrandies et entretenues par les mouvevements de la muqueuse. Continuellement irritées par le contact des parcelles alimentaires plus ou moins altérées, par les liquides pathologiques séjournant dans leur cavité, elles deviennent le siège d’une vive inflammation qui provoque des douleurs intenses et contribue notablement aux progrès de l'affection et à la production de ses complications néoplasiques. Ces sillons sont ordinairement dirigés longitudinalement sur le milieu de la langue et sur les côtés de sa face dorsale. Souvent peu apparents, quand les bords libres sont exactement appliqués l’un contre l’autre et que la muqueuse est encore revêtue de papilles normales ; ils ne peuvent être vus, qu'à condition d’étaler la muqueuse.

En même temps qu’elle se fissure, la surface, des plaques tend à se soulever en squames adhérentes au début, mais qui, ensuite se détachent en fines lamelles d’un gris cendré. Cette desquamation peut du reste manquér ; ainsi elle n’est signalée que douze fois sur les vingt-quatre observations de M. Debove. Au lieu de présenter cet aspect piyriasiforme, la desquamation peut s'effectuer sous. forme de lamelles comme

be

dans l'observation classique de Bazin : « Il y aurait .« eu, à un certain moment, chez ce malade une sorte « de desquamation à la surface de l’organe, à tel point « que le malade était obligé de se racler la langue « chaque matin, afin de la débarrasser de produits « blanchâtres qui la recouvraient et le génaient quand «il voulait parler (1). ».Ce fait de Bazin peut être rapproché d'un autre semblable de Hulke (2) dans lequel le malade avait aussi l'habitude de se peler la langue avec un rasoir.

Cette desquamation signalée également par Debove, Mauriac, Vidal est une exception, car sur nombre de malades on a beau essayer de gratter la surface des plaques avec l’ongle pour enlever de petites lamelles, on reconnait que cet enlèvement est impossible, à moins de violence bien entendu. La desquamation est done ici un fait éventuel non régulier et non essentiel comme dans le psoriasis cutané.

Les symptômes fonctionnels de la stomatite leucoplasique ne sont pas toujours en rapport avec le degré de la lésion.

On observe, le plus souvent, une exagération de la sensibilité au contact des agents irritants : corps durs, chauds ou froids, alcool, épices, fumée de tabac. Cette hypersensibilité fait nie à de vives douleurs quand se produisent leé poussées inflammatoires. En dehors de la sensation de tuméfaction de la langue qui cor-

(1) Bazin. Lecons sur les affections cutanées de nature arthritique et dartreuse.

: (2) Huzke. Medical Times, 1861.

DPNENE

respond ordinairement à une impression réelle (1) les malades éprouvent d'habitude une sensation de sécheresse ligneuse de la langue comparable à celle que fait naître la brûlure par un liquide trop chaud. Le contact des hquides ne fait qu'accroître cette sensation que Merklen rattache aux altérations des glandes sousmuqueuses, signalées par Schvimmer, sur la surface de la langue. Souvent les malades éprouvent des picotements ou des fourmillements, de légères brûlures, quelquefois de véritables piqûres pouvant même prendre le caractère lancinant. Il n’est d'ailleurs pas rare de voir lx glossodynie Jouer un certain rôle dans les ee

Il est à remarquer que la sensibilité gustative est généralement absolument indemne. Cette persistance singulière de l’activité gustative doit sans doute être attribuée au siège habituel des lésions à la partie antérieure de la langue où se trouvent les papilles filiformes ne jouant aueun rôle dans la gustation. M. Debove croit également qu'il y a là une question d’accoutumance et fait remarquer, à juste litre, qu'une bonne partie des sensations que nous rapportons à l'organe du goût doit l'être à celui de l’odorat.

En général, la salivation n’est accentuée qu’à une période avancée de la maladie. Elle serait alors accompagnée d’un gonflement douloureux des glandes sublinguales et sous-maxillaires. La mastication et la

(1) En raison des diverses irritations et des poussées inflammatoires dont elle est le sièce, la langue est généralement augmentée de volume.

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