INTRODUCTION
La recherche des projectiles dans le corps des blessés est une question qui a loujours été considérée comme malaisée. Elle le reste malgré l'emploi de la radiographie et de divers autres moyens que la science a mise à la disposition de la chirurgie. S'il en fallait une preuve on la trouverait aisément dans le nombre des méthodes qui depuis la guerre ont été proposées. Ces mélhoues peuvent êlre ramenées à trois : La radioscopie, la radiographie et le radiostéomèlre.
Les deux premières n'étaient pas assez parfaites pour s'imposer dans la pratiqne courante.
La radioséopie permet bien en effet l'examen du sujet d'une manière rapide applicable partout aussi bien dans les granges du front que dans les inStallations de fôrtune de lintérieur, elle peut aussi donner au chirurgien les indications nécessaires pour une intervention urgente, silualion approximative du projectile, ses rapports osseux, sa mobilité relative avec les organes voisins, mais le matériel exigé doit êlre très puissant s1 l’on veut oblenir la netteté des images fluorescenle ; certains petits projectiles passent inaperçus, son emploi est même impossible lorsque le projectile est masqué par des
masses trop opaques, enfin chose qui n’est pas à dédaigner
LEDs
l'examen forcément prolongé, fatigue le blessé. De plus, un des gros inconvénients est le danger de radiodermile auquel s'expose l'opérateur qui ne s'enloure pas des précautions les plus minutieuses.
La radiographie donne une image durable que lon peut examiner à loisir ; elle à l'avantage de donner des images plus nettes el de ne laisser passer aucun projectile ; mais elle ne permet pas de renseigner le chirurgien sur l’ordre des plans, sur les distances qui les séparent, ni sur le degré de déformalion de l’image, elec.
Grâce à la radiographie el la radioscopie qui, d'ailleurs, le complèlent, on a pu établir de nombreux procédés de répérage des projeclles. Ces procédés dérivent de deux grandes mélhodes générales : Ja première, la méthode des axes fournie par l'examen du. blessé en deux posilions successives voisines de 90 ; c'est la méthode dile des sécantes, — deuxièmement la seconde dérive du calcul du déplacement apparent du projectile sous l'influence de la Lranslation de l’ampoule, le blessé restant immobile. À celte seconde méthode se ratlachent Lous les autres procédés radioscopiques et radiographiques,
Nous arrivons maintenant aux protédés optiques auxquels se rattache la radiostéréométrie. Ces procédés opliques consistent à faire voir au chirurgien la situation du projectile, il assiste lui-même sur l'écran à l'examen du blessé. Cet examen est autrement parfait et instructif que l'image plate apparue sur l’écran du radiologue ou sur ses radiographies. Mais la radiostéréométrie seule ne donne pas des indications suffisantes et nécessitent des calculs plus ou moins compliqués qui en ont fait limiter l'emploi, les spécialistes y ont à peu
près renoncé malgré les grands services qu'on était en droit
ETS
de demander à cette méthode. La radiostéréométrie pour être la méthode de choix devrait êlre accompagnée de données mensuralrices qui nous indiquent exactement la siluation du corps élranger eu égard aux parlies avoisinantes; c’est en un mot le but poursuivi par M. l'abbé Tauleigne en nous fournissant l'appareil qui sera l’objet de cette étude. Beaucoup de radiologues croient avoir tout fail quand ils ont pu indiquer au chirurgien la profondeur du projectile eu cenltimétres, mais hélas celle mesure st précise soit-elle est bien souvent illusoire et ne représente qu'une abstraction que l’homme de l’art devra appliquer ensuile à l'analomie de son sujet. Ce qui importe surlout au moment de l’inlervention c'est beaucoup moins de connaîlre la profondeur du corps étranger que sa silualion exacte par rapport aux organes voisins ; toute chose qu'une simple mesure de profondeur ne peut donner car elle dépend de la constitution anatomique de chaque sujet el de la position du sujet occupée au moment de l’opéralion radiographique.
C’est vers le milieu du mois d'Avril 1915 que l'Abbé Tauleigne, curé de Ponligny (Yonne) mobilisé dans la 15° section d'Infirmiers, fut chargé de la direction du service radiographique de Menton. MM, les Docteurs Kahn el Bosso le mireut au courant des fdifficullés qu'ils rencontraient dans le repérage des corps élrangers, lui fdemandèrent d'éludier la question. Un mois plus Lard le radio-stéréomèlre avec micromètre mensuraleur avail vu le jour. Il était employé couram-
ment avec plein succès à Menton d’abord, puis à Nice où il fut introduit par M. Gâäston Mazo, que M. Tauleigne s’élait adjoint comme collaborateur. Un peu plus lard lappareil pénétrait
dans d’autres centres sanilaires el enfin élait adopté par le
On
Service de Santé et fourni aux Hôpitaux par les soins de la Pharmacie Centrale de l'Armée. |
C'est sur cet appareil que portera notre élude el nos ceriliques. Monsieur l'abbé Tauleigne a bien voulu nous donner tous les renseignements désirables et le principe de sa méthode. Je le prie d'agréer ici l’expression de ma plus vive reconnaissance.
Monsieur le Docteur Kindirdgy chirurgien du secteur de Nice et Monsieur le Docteur Ducellier, Radiographe de la Place de Nice m'ont éclairé Ge leurs conseils et m'ont amplement facilité ma tâche. Je leur adresse mes plus vifs remer-
ciements. | |
Descriptions du Radiostéréomètre | Tauleigne
Le Radiostéromètre Tauleigne se compose essentiellement de trois parties.
1° Le chassis de prise de vues qui permet l’oblention rapideet facile des 2 épreuves stéréoscopiques juxtaposées symétriquement sur une même plaque et directement observables au stéréoscope à miroir ne nécessitant dans aucune mise en place compliquée ou spéciale.
2 L'appareil d'observation, le stéréoscope propre- ment dit. | 3 Le micromètre de profondeur ou appareil de
mesure.
Le Chassis (voir figure 4)
Le chassis de prise est un dispositif fort simple avec lequel toute installation radiologique permettra l'obtention du couple stéréoscopique.
Le chassis comporte d’abord une gaîne en bois dont la moitié de la face supérieure est recouverte d’une plaque de plomb ; cette gaîne est destinée à recevoir la
plaque radiographique.
A et
Dans celte gaine plombée se coulisse une planche de pose recouverte d’un reflecteur métallique et bordée d'un buloir (fig. 3). La planche toute entière peut recevoir des plaques de 30 X 48 ou deux plaques 24 x 30 juxtaposées. Si c'est un format de plaque inférieur cette plaque va du buloir à une rainure indiquée sur le côté
de la planche.
Le Stéréoscope (voir fig. 2).
Le cliché pris dans les condilions voulues est examiné dans le sléréoscope dont la figure ci-contre donne une idée, on aperçoit dans le fond le réseau ligné, glissant devant le cliché et on voit en avant le cadran avec son aiguille. f
Le stéréoscope est une simple boîte dont la partie antérieure comprend le viseur, au-dessous duquel se trouve un cadran et dont la parlie postérieure recoit le double clichéet le réseau ligne. Pas de verres, pas d'oculaire, pas de feux de prismes. ni de miroir à mobiliser comme dans un stéréoscope ordinaire, il n'existe: pour tout système optique qu'une simple glace plane, parlant du nez de l'observateur et atteignant le milieu de la plaque de chaque côté duquel sont réparties symétriquement les images.
Comme celui de Hirtz, le stéréoscope est donc un miroir bissecleur el à double effet qui affecte la forme d'un triangle isocèle dont la base coïncide avec la ligne
de séparation des-deux images et dont l'angle du som-
met convenablement arrondi vient se placer entre les. deux yeux de l'observateur.
Cette glace, argentée sur les deux faces par le procédé Foucault, ne provoque ni double réflexion, ni dé-
formalion quelconque dé l'image réfléchie.
Le Micromètre de profondeur (voir fig. 2). (n)
Le micromètre se compose d’une simple lame de de verre transparente sur laquelle sont tracées verticalement des lignes noires équidistantes et que l’on glisse dans le sléréoscope le long d'une rainure siluée un peu avant de celle du cliché. Ce réseau ligné se traduit dans l’'observalion stéréoscopique par un plan de lignes droites nettement siluées dans l’espace. Ce réseau ligné est relié par une lige au câdran situé à la partie antérieure de l’appareil el c'est par des mouvements que l'on imprime à la, vis centrale du cadran que l'on fait fonelionner le réseau ligné. Les moindres déplacements du réseau ligné sont fidèlement nolés et mensurés sur le-
cadran.
Principe de la méthode
M. Tauleigne s’est tracé lui-même en construisant. l'instrument dont nous venons de donner la description le programme suivant :
1° Obtention facile et rapide du couple. sléréosco-
pique ï
2% Vision simullanée du relief vrai et du rehef pseudo ; |
3° Détermination très précise de la profondeur sans calcul et par le seul jeu d'instruments.
Il a découvert depuis lors que l'appareil se prête tout aussi bien aux mesures latérales qu'aux mesures de profondeur. Dès lors le stéréoscope joignant à ses précieuses propriélés de vision dans l’espace la rigueur des mesures géométriques des autres procédés, il devient ainsi l'instrument de localisalion complet el supprime toute erreur et toule indécision.
Le principe de la stéréoscopie ordinaire consiste à placer côte à côte deux images pholographiques prises d'un point de vue un peu différent avec une base de triangle qu'on appelle écart stéréoscopique et qui doit représenter l'écartement des yeux de l'observateur soit pour la moyenne des adultes, 60 et 70 millimètres.
Un système oplique (prismes, lentilles où miroir) permet de ramener ces images l’une sur l’autre, de les fusionner comme le fait notre cerveau, remellant ainsi nos yeux dans les condilions mêmes où ils se trouveraient devant la nature et leur offrant par conséquent la même sensation d'espace et de relief.
La radiographie stéréoscopique est actuellement soumise aux mêmes principes.
Elle aussi demande deux épreuves prises d’un point de vue différent. Elle aussi a besoin d'un système optique qui permet la superposition de ces épreuves placées
côte à côle, mais elle présente cependant une partisula-