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C'est maintenant le moment de conclure.
Pour avoir un jour raison de la tuberculose sociale il faut aller la traquer dans les individus contaminés et dans les immeubles contaminants. Ce serait vouloir faire œuvre palliative et non curative que porter l'attaque sur l’un seulement de ces deux points.
Le corps médical fait pour le mieux son devoir ; en attendant la découverte, prochaine peut-être, d'un sérum spécifique, chaque jour 11 améliore et complète la thérapeutique symptomatique.
Nous l'avons dit, les conditions dans lesquelles il travaille à la guérison de la tuberculose du pauvre sont déplorables el décourageantes. Espérons qu’un jour s’aplaniront les difficultés pécuniaires qui, nous le croyons fermement, sont les seules vraiment sérieuses à ‘opposer à la construction immédiate des sanatorias el des hospices.
Mais ce jour-là le mal ne sera pourtant encore que canalisé. Il en est de la tuberculose sociale comme de la tuberculose ganglionnaire : se contenter d'ouvrir l'abcès, d’évacuer le pus, de drainer la poche, est tout à fait insuffisant ; 1l reste à s'attaquer à la coque qui le produit ; il faut aller Parracher et la détruire par le feu et par la curette,
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Hélas ! ce temps opératoire n’est pas, en tuberculose sociale, du ressort de notre mandat. En voyant l'insalubrité de certains quartiers, de certains réduits, les médecins ont partout crié casse-cou ; mais leur pouvoir s'arrête là. En dénoncant à leurs clients ces immeubles malsains, en Jetant sur eux l'interdit, ils outrepasseraient leurs droits et tomberaient d'ailleurs sous le coup de l'article 1382 du Code civil.
Cette question de l'habitation insalubre qui, comme on l'a dit au dernier Congrès, domine la question de la tuberculose, ‘il appartient non pas à notre Académie, mais aux pouvoirs publies de la trancher ; on nous fera peut-être un grief de ne pas avoir fait ici l'étude des voies et moyens d'y parvenir ; mais, si nous avions dû traiter de l’expropriation des immeubles et de la construction des cités ouvrières économiques, les qualités et les connaissances du médecin ne nous auraient pas suffi. Il nous aurait encore fallu celles du financier, de l'architecte, de l’économiste, de l’homme d'Etat.
Nous croyons, sans autre examen, ces mesures possibles puisque déjà d’autres pays nous ont instruit d'exemple. En Angleterre, la mortalité par tuberculose a diminué en 40 ans de 45°/,, et le docteur Robertson (de Scheffield) attribue en grande partie ce magnitique résultat à l'amélioration de l'hygiène dans les maisons des classes laborieuses (1). 11 nous est
(4) Le Docteur Thorne-Thorne donne les raisons suivantes de cet abaissement de la mortalité :
«1° La disparition des maisons insalubres de nos villes entrainant la disparition de l'encombrement des courettes, ruelles, culs-de-sac.
» 2% La démolition d'habitations humides et le drainage des sous-sols.
» 3° Les améliorations des usines et l'aération des manufactures.
» 4 Le système des sociétés coopéralives qui a augmenté le bien-être des classes laborieuses. »
(The administrative control of tuberculosis, in The journal of slate medecine, déc. 1898.) Rte
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pénible de constater qu’en France la question n’a pas encore été mise à l'étude, à ce que pratiquement il semble du moins, et qu'on s'en remet aux seules initiatives privées du soin de veiller à la santé publique.
Il faut que l'Etat sache bien que; si partoùt des dispensaires se fondent, c'est pour faire de la besogne que lui devrait faire el qu'il ne fait pas ; c'est pour tenter d’atténuer dans la mesure de leurs moyens les conséquences désastreuses de son inexplicable inertie.
Nous avons vu que les désinfections, qui devraient être une imposition tout comme le nettoyage des façades, les dispensaires, le plus souvent, sont obligés de les prendre à leur charge ; 1ls améliorent par là bien des immeubles qui n'en valent pas la peine, et cela au profit .de propriétaires qui certes en sont indignes.
Encore, pour faire le bien, sont-ils souvent obligés de tourner la loi pour échapper à ses rigueurs. C'est seulement à mots couverts qu'on peut au dispensaire dénoncer à l’ouvrier la honteuse incurie de son propriétaire en matière d'hygiène ; et, lorsqu'on doit lui faire comprendre que quitter son local est pour lui une question de vie où de mort, il faut v apporter une prudence et des précautions infinies (1).
Mais les organisateurs de ces fondations pensent sans
(4) L'œuvre de la tuberculose humaine a fondé récemment une Lique contre les habitations insalubres. Les adhésions à cette ligue sont gratuites. Elle compte actuellement plus de 10.000 adhérents. Elle a pour but de faire connaître à tous la gravité de la question du logement; de vulgariser les méfaits des maisons malsaines par des conférences, par des brochures, de créer ainsi un vaste courant d'opinion qui un jour sans doute finira pour avoir raison des inerties parlementaires, des lenteurs administratives où de linsouciance des municipalités,
AA TR doute que ces sacrifices, que cés inconvénients ne sont rien, puisqu'ils ont la conviction d’arracher ainsi à la mort quelques déshérités de Ja santé et de la fortune, et de tenir en main les intérêts majeurs de la société.
Voici terminé le travail que nous nous étions proposé. Peut-être lui reprochera-t-on de n'être pas purement médical, de n'avoir pas été élaboré dans un laboratoire où dans une clinique, au lit d'un malade ; mais c'est à dessein que nous avons ainsi fait. Nous pensons, en effet, que cinq années de médecine ne nous donnent pas le droit de trancher d’une facon originale un point litigieux quelconque de la vaste science médicale. Ce sont seulement des idées générales, que ce temps trop court passé au milieu de nos maitres dans les Facultés et les hôpitaux à pu faire germer dans notre esprit. Et celte thèse que nous avons choisie nous à précisément paru se prêter au développement de quelques-unes de ces idées. Si certaines ne nous appartiennent pas en propre, si beaucoup même sont aujourd'hui du domaine de la diseussion courante, du moins nous avons essayé de les marquer d’une empreinte personnelle en apportant à les défendre ou à les combattre la jeune ardeur de nos convictions et de notre dévouement à la chose publique.
Vu et approuvé :
Montpellier, le 21 mai 1906.
Le Doyen,