‹ Contribution à l'étude de la lutte antituberculeuse: Le DispensaireChapitre 11 sur 15 · ENQUÊTE SOCIALE · texte numérisé non relu

ENQUÊTE SOCIALE

NetdetHenquéte re RE Dale ATEN N° de la fiche d'observation.

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1° Nombre de personnes habitant l'appartement :

2 Sur ce nombre y a-t-il des enfants ? Combien ?

3° Nombre total des pièces de l'appartement ?

4 Combien de pièces servant de chambre ?

5° Le malade a-t-il une chambre pour lui seul ?

6° Occupe-t-il la plus grande chambre de l'appartement ? Combien de personnes couchent dans la même chambre que lui ? 8° Le malade a-t-il un lit pour lui seul ?

9° Le lit est-il dans la chambre ou dans une alcôve ?

| Longueur 10° Chambre occupée par le malade. Cubage © Largeur

Hauteur

41° Combien cette chambre a-t-elle de fenêtres ?

à è Hauteur 12° Dimensions de ces fenêtres

| Largeur 13° S'ouvrent-elles sur une cour, un jardin, une rue ?

14° Exposition : y a-t-il dans cette chambre du soleil en hiver (beaucoup, peu, pas) ?

15° La chambre du malade est-elle tapissée ou peinte ? » » . nl . r } Q 16° Est-il nécessaire qu'elle soit nettoyée ou repeinte ?

17 Y a-tl dans l'appartement un cabinet d’aisances ?

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Dans ce cas, le cabinet communique-t-il avec une pièce de

l'appartement (chambre, cuisine) ?

Où habitait le malade quand il a commencé à tousser ? Nalle He: LATE CAPE De étage.

Depuis quand le malade a-t-il cessé de travailler ? Combien gagnait-il par jour ?

Combien d'heures de travail par jour ?

Nom et adresse de son dernier patron ?

Où crache le malade ?

Comment et où se fait la lessive de son linge ?

Tous ceux qui habitent avec le malade sont-ils en bonne santé ?

Y en a-t-il qui toussent ?

Quelles sont les ressources actuelles du malade ? Quels seraient

ses besoins ?

Ya-t-il des œuvres de charité qui s'intéressent à lui ?

Dans ce cas que reçoit-il ?

Observations

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On voit que ce tableau donne une notion assez exacte de la situation sanitaire, pécuniaire et sociale de l’ouvrier. Quand il sera venu à la consultation du dispensaire et qu’on l'aura classé comme tuberculeux, l'enquête domiciliaire dira si la misère, l'alimentation défectueuse sont les principales causes de sa maladie ; alors lui seront délivrés des secours pécuniaires et alimentaires. Elle dira si c'est l’insalubrité de son logement qu'il faut incriminer, et, si cette msalubrité tient à la malpropreté du réduit ou bien à un précédent séjour d’un tuberculeux dans la chambre, l'œuvre prendra à sa charge le nettoyage et la désinfection du linge, des meubles et du local ; si cette insalubrité tient à un vice originel de la bâtisse, à l'humidité, au manque d'air et de lumière, l’enquêteur, agissant avec prudence et réserve puisqu'ilne faut pas tomber sous le coup de la loi, essaiera de persuader à l'ouvrier qu'il lui faut quitter ce taudis, el, si pressant est le besoin, nulles les ressources de l'individu, l’œuvre viendra au secours de son malade pour le règlement des termes en relard ou pour le paiement du premier terme de son nouveau loyer. |

C'est encore à l’enquêteur qu'incombe le soin d’instruire le tuberculeux en matière d'hygiène. C’est lui qui recommandera au malade de ne pas cracher aux quatre coins de son logement où de son atelier ; 11 lui donnera un crachoir de poche, et lui raconiera comment, par la dissémination de ses crachats, il risque de contaminer sa femme, ses enfants, ses amis : et, puisque le {uberculeux est égoïste au premier chef, il lui fera bien entendre que par sa malpropreté il réinfecte un logement qu'on à pris soin de lui désinfecter et que par là même il se réimocule au fur et à mesure qu'il se guérit.

Par une causerie familière avec l’ouvrier, par des conseils salisfaisant aux exigences particulières de son installation, de sa vie, de son travail, de son mal, l'enquêteur obtiendra de lui beaucoup plus que le médecin par ses remontrances, par

” — 45 — | ses conférences, par ses brochures qui ont toujours un caractère trop général, trop impersonnel ; celles-ci cependant gardent loute leur importance parce qu’elles donnent une sanction médicale, professorale à des avertissements, à des conseils amicaux.

Bien faites, ces visites à domicile peuvent avoir une portée sociale réelle. « En examinant les locaux, dit Georges Petit, en recherchant la nature des secours dont l'urgence est absolue, en enseignant les mesures à prendre pour protéger la famille, en soutenant la confiance du malade qu'il encourage, le visiteur fait œuvre d'assistance pratique et directe, diminue les dangers de contagion et apporte un appoint de plus à l'armement antituberculeux (1) ». |

Cette tâche de l’enquêteur est d'alleurs aride et délicate ; lindigent croit avec peine à la charité et aux conseils désintéressés ; ce n'est que par des ménagements et du lact qu'on peut espérer obtenir de lui des renseignements précis, tout en évilant de froisser son amour-propre et sa susceptibilité.

Cependant que par ces visites à domicile, par ces secours de tous genres dus aux bienfaisances privées et aux ressources particulières de l’œuvre, par ces mesures de nettoyage et d'assainissement assurées par son laboratoire central, le dispensaire accomplit au dehors son rôle d'assistance et de prophylaxie sociale, voyons comment à la salle de consultations le personnel médical a compris son devoir et comment il le remplt.

C'est le docteur Georges Petit qui a été chargé de la direction médicale du dispensaire antituberculeux du XI° arron-

(4) Docteur Georges Petit, Les visites à domicile organisées par les dispensaires de l'œuvre de la tuberculose humaine (Revue internationale de la tuberculose, novembre 1904).

— À6 — Ë dissement. Depuis dix ans le docteur Georges Pelit, membre du bureau de la ligue antialcoolique, combat la tuberculose sociale. Par son opiniätreté, par son acharnement dans la lutte, par la multiplicité de ses conférences publiques, il s'est rangé parmi les chefs de file du mouvement. C'est lut qui a été l'inspirateur de cette thèse, nous le remercions vivement ici de sa complaisance et de ses conseils.

Le docteur Georges Petit est un partisan convaincu de la thérapeutique au dispensaire ; aussi en fait-on beaucoup à celui de la rue St-Maur ; nous dirons comment et avec quel résultat. |

Quand, pour la première fois, un indigent se présente à la consultation, il reçoit un numéro d'ordre correspondant à une feuille d'observation sur laquelle, après inlerrogatoire et examen, sont consignés les renseignements relatifs à son élat actuel et à son histoire pathologique héréditaire et personnelle. Toutefois, avant de le soumettre à un traitement quelconque, on lui délivre un bon pour faire examiner gratuitement au laboratoire central ses urines et ses crachats.

Lorsque huit jours plus tard il se représente à la visite, par l'enquête à domicile nous avons appris qu'il est indigent, les examens clinique et bactériologique nous permettent d'affirmer qu'il est tubereuleux, il répond donc aux tristes conditions exigées pour ètre digne de nos soins et de notre intérêt. Il est alors autorisé à venir régulièrement consulter pour recevoir les secours et les médicaments que comportent sa misère et sa maladie.

Chacun sait combien sont nombreux les remèdes préconisés comme améliorant où guérissant la tuberculose. On s’efforce, au dispensaire du XI° arrondissement, de faire bénéficier la clientèle pauvre des plus récentes découvertes de la science. Les fabricants de grand nombre de spécialités font à son personnel médical de généreux envois qui permettent

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de donner à l’indigent les médicaments les plus chers et réputés dans la clientèle riche comme étant les plus actifs. C'est ainsi que le dispensaire du docteur Georges Petit peut fourmir à ses protégés : émulsion Scott, histogénol Naline, crème norwégienne, émulsion Clin, sirop Famel, chlorhydrophosphate de Coirre, élixir antigastralgique Winkter, galactina, gaïaforme de Brissonel, carbovis, etc.

Pourtant, en principe, on ne donne guère au malade de médicaments à emporter chez lui, à moins de raisons impérieuses. On préfère les lui faire absorber sous forme d’injections faites à la visite : injections d'iodonueléine, qui donnent de bons résultats à titre de reconstituant ; injections d’hétol, qui améliorent les oppressions ; injections de solutions arsenicales, de tuberculine Jacob, de sérum de Wahlen, de sérum de Marmoreck.

Nous ne voudrions pas faire ici l'article pour l'une ou l'autre de ces méthodes ; le dispensaire du XI° est de création trop récente pour pouvoir donner sur un traitement quelconque des statistiques favorables ou défavorables vraiment imposantes ; cependant, les injections rectales de sérum de Marmoreck, pratiquées jusqu'à présent par le docteur Georges Petit au dispensaire du X[° et par le docteur Roblot à celui du HII° arrondissement, leur ont donné des résultats tels que bientôt, pensent-ils, cette méthode prendra place parmi les meilleurs agents de traitement dont le médecin dispose aujourd'hur.

A côté de ces études thérapeutiques, le docteur Georges Petit, meltant à profit les renseignements fournis par les feuilles d'enquête et les interrogatoires de ses malades, à eu l'idée de faire la répartiüon des tubereuleux dans le X[° arrondissement. En notant avec soin les adresses de ses malades, il a pu constater el cataloguer les groupements de ceux-e1 dans les maisons les plus encombrées et les plus infectes des

— À — ruelles les plus étroites, des passages les plus obscurs. Par cette méthode de pointage qui, sans doute, va se généraliser dans les dispensaires de l'œuvre, se trouve vériliée de nouveau celte grande loi : la tuberculose procède par foyers et non par individus.

Et maintenant que nous avons vu comment on entend au dispensaire les enquêtes et les consultations, disons un mot des résultats.

Ceux que donne le docteur Georges Petit dans son rapport médical pour Fannée 1905 sont des plus encourageants. Pour les 644 consultants, la durée des traitements à été en moyenne de deux à six mois, et 209 malades ont été guéris,' 388 améliorés. «Je puis affirmer, dit le docteur Georges Petit, que 89 p.100 des malades qui ont fréquenté notre dispensaire ont été remis en état de vivre, de travailler, de nourrir leur famille, et l’on peut sans crainte ajouter que de ces malades restant sous la direction et l'observation de notre service médical, la moitié sera complètement guérie en l’espace d'un an ou deux. »

Quand ille peut, le docteur Gerges Petit remet aux sanato-

rias le soin de guérir quelques-uns de ses malades. Malheureusement, rares sont les cas où cela est possible. Le grand air est un agent thérapeutique des plus actifs qu'il est hors du pouvoir du dispensaire de donner au plus grand nombre de ses indigents. Outre que dans les sanatorias les places -disponibles sont toujours en très petit nombre, de plus et surtout on rencontre chez l’ouvrier peu malade, celui par conséquent qui relrerait de la eure d'air le bénéfice le plus grand, une résistance opiniâtre à s’arracher à son travail souüen de sa famille, gagne-pain quotidien de ses petits.

Et, à ce propos, Je dirai la critique amère et injuste des dispensaires que J'ai parfois entendue formuler par des médeins de sanatorias. « Voyez donc, disaient-ils, combien sont

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avancées les lésions des malades qu'ils nous envoient ; voyez en quel état ils nous relournent ceux que précédemment nous étions parvenus à améliorer ; décidément, au dispensaire on ne fait rien ; on ne sait pas dépister la tuberculose à temps : on est incapable de la soigner ; on ne sait même pas garder dans un état de santé satisfaisant des malades que nous avons presque guéris... » Ress

Messieurs, le luxe et le confort de vos hôpitaux vous ont quelque peu aveuglés sur les difficultés qui hérissent l’épineuse question de la tuberculose sociale. Les malades que nous arrachons à leurs taudis pour vous les envoyer, et cela souvent à grand'peine parce qu'ils n’en veulent pas reconnaitre l’impérieuse nécessité, vous les recevez dans de vérilables palais : vous leur donnez une alimentation copieuse, et, pour digérer, les loisirs de la chaise longue et les lentes promenades dans les sapinières de vos parcs: vous en guérissez plus, beaucoup plus que nous ; mais si vous faites de réelles merveilles en matière de cure, sur le terrain social vous ne faites rien. Le rôle du dispensaire ne fait que commencer là où déjà s’est terminé le vôtre ; car c’est grâce à lui qu'après une oisiveté dispendieuse pour les siens, le malade, à son retour de votre sanalorium, au lieu de retrouver à son fover la faim, la musère, le deuil, rentre dans un logis sain et désinfecté, parmi des enfants mieux portants et mis en garde contre l'affection de leur père par des habitudes d'hygiène et de sobriété.

Que par la suite un grand nombre de vos malades retournent à leurs habitudes antérieures de malpropreté, d'ivrognerie de basse noce ; qu'ils aillent perdre dans les estaminels crapuleux, puis dans les logis sordides où la misère vient les aceuler,le bénéfice très réel de votre traitement, certes, comme vous,nous sommes chaque Jour témoins attristés mais impuis-

sants aussi de ces déboires ; nous ne pouvons pourtant pas A (

RÉO UE prendre à notre charge les conséquences fatales de ces vices que vous n'avez pas combattus et que votre organisation princière et vraiment par trop en opposition avec la vie ordinaire de l’ouvrier vous interdit même de combattre. |

Ce n’est pas par le sanatorium’ que le dispensaire agit. Ces deux sortes de fondations sont deux moyens d'action: parallèles qui tous deux ont leur valeur propre et leur raison d'être. Ces quelques individualités que le dispensarre vous envoie et sur lesquelles vous vous permettez de le juger ne comptent pas en regard du chiffre des malades dont il tente l'amélioration ou la guérison, en essayant de les garder à leurs familles et à leurs ateliers.

Quand le nombre des hôpilaux et des sanalorias sera tel qu'on y pourrarecevoir tous les tuberculeux indigents; quand la bienfaisance publique et privée aura pris sur elle d'empê- + cher la misère et la faim d'aller frapper à la porte des logis de ces relégués; quand dans toutes les salles à manger d'ouvrier seront encadrés des règlements sévères sur l'abus de l'alcool ; quand enfin, par un assainissement systématique de tout ce qui est malsain, les pouvoirs publics auront entrepris d'arracher les germes du mal, alors, mais alors seulement, le personnel des dispensaires mettra la clef sous la porte et ces établissements ne seront plus que des bureaux réparliteurs des malades pour les hospices et des secours pour les enfants et les femmes de ces malades.

Mais en attendant cet âge d'or, trop idéal pour ne pas être très lointain, soyons Justes, rendons un hommage mérité au dévouement obscur et désintéressé de tous ceux qui font généreusement l'abandon de leur argent, de leur savoir, de leur temps et de leur santé pour essayer de résoudre ce problème vital pour la société, problème dont seulement sans doute les petits-fils de leurs fils pourront un jour saluer la solution. |

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