HISTORIQUE
Comme pour maint chapitre de pathologie, on devrait pouvoir envisager les travaux qui s’y rapportent, au cours de deux périodes : avant et après la découverte du microbe qui est la cause essentielle de la maladie, c’est-à-dire une période d'observation clinique, et une seconde surtout intéressante par les recherches scientifiques entreprises. Cette distinction est bien difficile en ce qui concerne la lymphadénie caséeuse du mouton car avant l’étude de l'agent causal cette affection n'avait pas été individualisée.
Pourtant il est bien certain que la maladie a existé dans le passé, mais elle a été confondue avec d’autres états morbides, et décrite bien souvent sous des noms qui la cachent aujourd’hui à nos yeux. C’est ainsi qu’en lisant les textes anciens (Hurtrel d’Arboval entre autres) on acquiert vite la conviction que certaines formes de l'affection étudiée sont englobées dans la phtisie du mouton.
Le peu de consistance du cadre attribué à cette dernière
est tellement évident que bien des années avant la décou-
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verte du microbe de Preisz-Nocard, des auteurs ont émis des doutes sur la nature de cette tuberculose ovine. Ils ne purent naturellement préciser l'identité des troubles constatés, et se contentèrent d'émettre des hypothèses en accord avec les idées régnantes de l’époque ou des constatations nécropsiques sérieuses.
C’est ainsi que Reynal (1873), ayant inoculé la tuberculose de l’homme à un mouton vit cet animal dépérir, et découvrit à l’autopsie les poumons farcis de petites tumeurs miliaires qui parurent d’abord des éléments tuberculeux. L'examen microscopique révéla la présence de strongles. Et l’auteur ajoute : « Depuis cette époque, nous avons bien des fois étudié des poumons semblables de moutons sacrifiés pour la boucherie, et jamais nous n’avons manqué de trouver les vers sus-indiqués. On est donc autorisé à douter de l’existence de la tuberculose chez le mouton. »
De même Zundel (1877), parlant des espèces affectées par la tuberculose écrit ce qui suit à propos du mouton : « Il y a, en effet, souvent des nodosités, de grandeur variable, grises, caséeuses, plâtreuses ou crétacées, dans les poumons, le foie ou ailleurs. Mais un examen approfondi de toutes ces altérations convainc bien vite qu’elles ne révèlent pas de la tuberculose, qu’elles ressortissent toutes à des causes locales et qu’elles sont dues, en grande partie, au séjour et au développement d'animaux parasites dans les viscères, de strongles, d’échinocoques, de douves et
mêmes de cœnures. »
EL res
Nocard (1892) pense de même quand il dit : « La description qu'ont donnée de la phtisie pulmonaire du mouton, Hurtrel d’Arboval, Dupuy, Delafond, etc., ne permet pas de savoir exactement à quelle affection ils ont eu affaire. »
Quoi qu’il en soit, l’étude de la lymphadénie caséeuse n’a été entreprise qu'après la découverte du bacille de Preisz- Nocard. |
Ce microbe fut rencontré pour la première fois par Dieckeroff et Grawwitz, dans les pustules de la variole anglaise, chez le cheval.
Il fut retrouvé en 1891 par Preisz et Guinard dans les foyers caséeux d’un rein de mouton. Guinard et Morey font des constatations analogues. |
Arloing, en 1892, cite cet agent comme producteur de lésions pseudo-tuberculeuses chez le mouton. |
Nocard, la même année, trouve sur des chevaux des lésions ulcéreuses produites par un bacille prenant le Gram.
Preisz décrit à nouveau son microbe en 1894, et en fait une étude comparative avec celui de la pseudo-tuberculose des rongeurs.
: Hutscher (1896) isole dans le jetage d’un cheval un bacille que Hueppe donne comme identique à celui de Preisz.
Le même agent, semble-t-il, est retrouvé par Lienaux dans une pneumonie enzootique du mouton qu'il a eu | l’occasion d'étudier dans le Limbourg (1896).
-Nocard, en 1897, décrit le microbe de la lymphangite
ulcéreuse du cheval et l’identifie de façon complète.
Quant à la maladie caséeuse du mouton, elle est étudiée sérieusement, sous le nom de broncho-pneumonie, par Sivori 1899) à Buenos-Ayres, et par Turski à Dantzig. La même année, Cherry et Bull ont observé sur des moutons sacrifiés aux abattoirs de Melbourne, plusieurs cas de ganglions caséeux dans lesquels ils ont isolé un microbe identique à celui de Preisz-Nocard. Mêmes constatations sont faites par Norgaard et Mohler aux Etats-Unis, Gilruth en Nouvelle-Zélande (1903).
Jusqu'à cette époque, la plupart des recherches avaizait été effectuées sur des animaux de boucherie. C'est-à-dire que la connaissance de la maladie, au point de vue cliriaue, restait très insuitisante et cela explique que Nocard et Leclainche, dans leur traité des Maladies microbiennes des animaux, passent rapidement sur la symptomatologie et considèrent les moutons adultes comme étant seuls atteints.
C'est le mérite de H. Carré et L. Bigoteau d’avoir comblé cette lacune par des recherches poursuivies depuis plus de vingt ans, tant au laboratoire que sur les troupeaux de Beauce. Ils précisèrent le polymorphisme de l'agent causal, l'importance de sa toxine, les différentes formes de la maladie et purent reproduire celles-ci chez le mouton.
Depuis, d’autres études furent faites soit par des cliniciens (Eloire, Bourbon, Besson) soit par des bactériologistes (Cauchemez, Urbain, Aynaud).
Disons enfin que depuis la guerre, H. Carré a mis au point