‹ Contribution à l'étude de la main-bote congénitaleChapitre 15 sur 23 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Traitement.

Quand un chirurgien se trouve en présence d’une main-bote congénitale, il doit, nous semble-t-il, se poser les questions suivantes :

Faut-il intervenir ?

Quand faut il intervenir ?

Comment faut-il intervenir ?

Des observations que nous allons faire maintenant nous ne voulons point faire des règles : nous n’aurons qu'un but, résumer les réponses des principaux chirur-

giens à ces questions.

1° Faut-il intervenir ? Tous les chirurgiens conseillent l'opération lorsque la main ne peut rendre aucun service au malade, car la position vicieuse du membre s’accentue de plus en plus; ce membre s’atrophie et l’os lui-même ne s'accroît pas proportionnellement avec les autres segments. La main devient donc tout à fait inutile, quelquefois même gênante et c’est dans ces cas que Kümmel

a proposé la désarticulation.

PHioo et

20 Quand faut-il interventr ? La plupart des chirurgiens conseillent d'intervenir le plus tôt possible, avant l’âge d’un an, Redard va même plus loin et dit que l’enfant ne doit pas quitter la chambre de l’accouchée sans que sa malformation (pied-bot ou main-bote) ne soit corrigée. Cette opinion nous parait exagérée, car comme nous le disions dans notre pronostic, les petits opérés succombent souvent à une maladie infectieuse. Nous pensons donc qu'il ne faut pas intervenir trop tôt, surtout si l'enfant ne jouit pas d’une bonne santé, ou ne se trouve pas dans de bonnes conditions hygiéniques.

3 Comment faut-il intervenir ? Le traitement de la main-bote varie essentiellement suivant la variété qui se présente, mais d’une façon générale, on peut le résumer ainsi : massage, redressement forcé, appareils, ténotomies, arthrodèse. Nous allons passer en revue les différents cas où l’un de ces traitements nous semble indiqué.

A) Traitement des mains-botes avec squelette bien

conformé

Tous les traitements proposés jusqu’à ce jour consistent dans le massage, le redressement forcé et les ténotomies. Voici du reste les divers procédés préconisés par Kermisson, Redard et Hoffa.

Kermisson 1).— Chez les tous jeunes enfants, il se

sert d’attelles en gutta-percha appliquées par-dessus une

(1) KERMISSON. — Loc. cit.

bande de flanelle. Plus tard, il a recours à des appareils orthopédiques plus puissants. Il recommande l'appareil de Collin en cuir moulé, qui se compose de deux parties: une partie antibrachiale, une partie manuelle, articulée entre elles. Les mouvements de cette articulation permettent la flexion et l'extension de la main, mais l'empêchent de se dévier latéralement.

Dans les cas où la rétraction musculaire est trop forte pour permettre la correction de la déviation, il fait la ténotomie. Suivant le sens de la déviation, il sectionne (soit à ciel ouvert, soit par une incision sous-cutanée) les tendons du grand palmaire et du petit palmaire, — des deux radiaux externes, — du cubital antérieur et du postérieur. [1 conseille de ne jamais sectionner les fléchisseurs, ayant peur de compromettre le fonctionnement des doigts en cas de non-réunion des extrémités tendineuses sectionnées.

Redard (1) conseille le massage et le redressement progressif de la déviation. Il fait rarement la ténotomie. Le redressement obtenu, il applique un appareil plâtré.

Hoffa (2).—Voici la manière dont Hoffa traite deux tas de main-bote congénitale. Il redresse les mains progressivement (par étapes, mot à mot) en ayant soin que les doigts ne se fléchissent pas pendant ce temps de redressement, ce qu’ils ont toujours tendance à faire. Puis il applique un appareil plâtré. Ce pansement reste en place pendant huit jours. . Au bout de ce temps, il enlève l'appareil, accentue la correction de la déviation et remet

(1) Réparp. — Loc. cil.

(2) Horra, — Loc. cil.

DA

un nouveau plâtre qui reste en place le même temps. Il fait ainsi jusqu'à correction parfaite de la difformité. Alors il applique un nouvel appareil qu’on n’enlève pas pendant six à huit semaines. Dans les deux cas qu'il traita ainsi, il obtint une guérison complète dans l’espace de trois mois.

B). Traitement des mains-botes avec squelette mal conformé.

Les moyens que nous venons d'indiquer pour les mainsbotes du premier degré, sont la plupart du teraps insuffisants, lorsque cette difformité s’accompagne d'absences congénitales des os! Evidemment c’est au massage, aux appareils et aux ténotomies que l’on doit d’abord s’adresser, mais, si ces procédés sont reconnus insuflisants ou jugés tels, on devra avoir recours aux méthodes sanglantes que nous allons indiquer.

MÉTHODE DE SAYRE.

Sayre (1) a décrit ce nouveau mode opératoire dans le : New-York Medical Journal (1893, page 580). I] s’agissait d’une main-bote compliquée d’absence de radius.

Voici la traduction de son observation : Après plusieurs semaines d'extension, la main ne pouvant être ramenée assez bas pour permettre au cubitus de se loger au-dessus du carpe, je décidai alors de faire une articulation nouvelle entrele cubitus et le carpe, mais il me fut impossible de détacher du carpe l’apophyse styloïde du cubitus, par suite de l’état de raccourcissement où se trouvaient les tendons et toutes les parties molles.

(4) Sayre. — N: York Med. J.,1894,p1530:

Après avoir débarrassé le cubitus de toutes les bandes ligamenteuses qui le reliaient au carpe, j'enlevai ce que je pris pour le grand os et l'os crochu. (Le semi-lunaire et le scaphoïde étaient vraisemblablement absents). J'enlevai également la pointe de l'apophyse styloïde du cubitus. J'’aiguisai un peu cet os et je le plaçai dans la “cavité qui existait dans la carpe par suite de l’ablation du grand os et de l’os crochu. J’avais pensé tout d’abord à obtenir une ankylose par suture osseuse, mais je me décidai à laisser le cubitus indépendant du carpe, espérant ainsi obtenir un membre plus utile.

La main fut placée dans une position rectiligne. On mit un appareil que l’on enleva au bout de trois semaines. On fit alors exécuter des mouvements à la main.

Le résultat, dit Sayre, fut bon au point de vue esthétique et fonctionnel.

MÉTHODE DE BARDENHEUER

L'année suivante Bardenheuer (1) décrivait un nouveau procédé très ingénieux pour opérer les mains-botes qui s’accompagent d'absence congénitale de radius.

Voici le manuel opératoire : incision le long du cubitus. On délivre cet os de ses attaches avee le carpe et on exagère la déviation de la main sur le bord exverne de l'os. Puis, à l’aide d’un couteau à résection, on fend le cubitus Jusqu'à sa partie moyenne en deux fragments, l’un cubital, l’autre radial. Le carpe est taillé en pointe.

(4) BarpeNueuER.-— An Rinchoval. Arch. f. Klin Chir., 1894, p. 802.

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On écarte alors les deux fragments et on introduit dans la fente ainsi obtenue les os carpiens. On maintient ces derniers en place à l’aide de deux clous que l’on enfonce, l’un dans le fragment radial, l’autre dans le fragment cubital.

Le seul danger, dit Rincheval, est de fendre le cubitus dans toute sa longueur, mais cela ne porte pas de préjudice au résultat.

Après cette opération, Bardenheuer conseille l’ostéoclasie du cubitus et son redressement consécutif.

Trois fois Bardenheuer fit cette opération. Les résultats furent excellents dans les trois cas. Le premier opéré avait six mois, le second dix ans et le dernier sept semaines.

L'auteur a répété cette opération sur le lapin. Les résultats obtenus furent aussi excellents : le membre fonctionnait assez bien. Trois semaines après, l'animal fut sacrifié. L'espace qui existait au moment de l’opération entre les deux fragments était comblé par du tissu osseux.

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