CHAPITRE V
Symptomatologie.
Le début de la maladie kystique est, en général, lent et insidieux ; le plus souvent, il passe inaperçu et lorsque la malade se présente au médecin, l'affection est en évolution depuis longtemps.
Le. plus souvent, il n’y a pas de douleurs ou, s’il en existe, elles sont de peu d'intensité; ce qui frappe surtout et étonne, c'est l'augmentation de volume quelquefois considérable des seins.
A la période d'état, on peut noter un écoulement de liquide séreux par les deux mamelons; rarement cet écoulement est séro-sanguinolent ; il est d’ailleurs de peu d’abondance et jamais constitué par du sang pur.
Un fait sur lequel Reclus a beaucoup insisté et qu'il a signalé le premier, c'est la bilatéralité presque toujours constante des lésions.
A la palpation, on trouve qu'il existe dans le sein non pas une tumeur, mais des quantilés de nodosités de volume différent, de consistance dure et que l’on peut confondre parfois, lorsqu'elles ont de très petites dimensions, avec des grains glandulaires normaux. À noter qu'il n'existe pas d'adhérences avec la peau et le mamelon ni de ganglions tuméfiés dans l’aisselle.
La ponction exploratrice de ces kystes, qui est quelquefois un puissant moyen de diagnostic, ramène le plus souvent du liquide.
Nous citons les observations suivantes dont quelques-unes sont inédites et qui nous montrent bien le tableau clinique de la maladie kystique.
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OgsErvaTION I (inédite).
Due à Pobligeänce de M. le professeur agrégé Guxor.
Maladie polykystique de Reclus. Ablation successive des deux seins.
Me B..., 48 ans, vint me consulter, il y a deux ans, pour une affeclion du sein droit; il s'agit d'une femme jouissant habituellement d’une bonne santé; on ne note dans ses antécédents qu'une fièvre typhoïde à l’âge de 20 ans.
Mariée, elle n'a jamais eu d'enfants; il y a cinq ans, cette femme constata par hasard l'existence de deux ou trois points durs dans le sein gauche absolument indolores et ne s’accompagnant d'aucun écoulement par le mamelon. Le regretté professeur Piéchaud, consulté, conseilla l’ablation de la glande mammaire qu'il fit avec notre aide à la maison de santé chirurgicale de Saint-Augustin ; la guérison s'effectua sans incident.
A ce moment-là, on n'avait constaté dans le sein droit aucune lésion appréciable. La malade resta ainsi trois ans jouissant d’une santé parfaile avec une cicatrice souple et non douloureuse.
Il y a deux ans, en faisant sa toilette, elle remarque avec effroi qu'il existe dans le sein droit des grosseurs de volume inégal, de consistance dure et rappelant tout à fait les lésions du côté opposé; l’examinant à ce moment-là, nous constatons l'état parfait de la cicatrice du côté opposé et au niveau du sein droit un aspect un peu bosselé de la glande qui paraît augmentée de volume. La peau est souple, non adhérente, le mamelon non rétracté n'est le siège d’aucun écoulement spontané ou provoqué; la glande jouit d'une mobilité tout à fait normale sur les plans profonds même lorsqu'on fait contracter le grand pectoral. Pas de ganglions perceptibles ni dans l'aisselle droite ni dans l’aisselle gauche.
La palpation nous donne une sensation caractéristique ; la main, appliquée à plat sur la glande, a la sensation non d'une tumeur unique, mais d'une série de tumeurs de volume variant d'un œuf de pigeon à un grain de blé dont tout le sein droit paraît farci. Des plus petites aux plus grosses, ces nodosités ont ce caractère com-
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mun de ne pas être douloureuses, leur consistance varie depuis la dureté jusqu'à la fluctuation suivant leur volume, les petits grains sont durs, les parties plus volumineuses rénitentes ou même nettement fluctuantes.
L'état général de la malade est parfait, pas d’amaigrissement,
appétit bon; rien à l'examen des principaux viscères.
Le diagnostic de maladie polykystique est évident, il est d'autant plus facilement porté que l'examen antérieurement fait du sein gauche avait montré cet organe absolument bourré de kystes.
Après un traitement de quinze jours, fait d'applications humides chaudes et de compression du sein avec ingestion d'un gramme d'iodure de potassium par jour, on décide de recourir à l’ablation complète de la glande, la malade refusant de se soumettre à des ponclions successives dont le résultat radical ne peut lui être affirmé.
L'intervention est pratiquée sous chloroforme à la maison de santé, sans incidents et sans suites opératoires, réunion par première intention. É
L'examen macroscopique montre une dégénérescence polykystique de tout le sein droit; le contenu des kystes est d'apparence séreuse et l'examen histologique confirme le diagnostic de maladie polykystique de Reclus.
Cette dame est opérée depuis quatre mois. Revue ces jours-ci, nous avons pu constater le parfait état de sa santé générale et des deux régions opérées où la peau est simple, sans nodosités et sans adénopathies axillaires.
OBSERVATION IT (inédite).
Due à l'obligeance de M. le professeur agrégé Guvor.
Maladie polykystique. Ablation totale du sein gauche et résection partielle du sein droit.
Me X..., 42 ans, vient me consulter, il y a un mois, pour une affection du sein gauche. Rien à signaler dans ses antécédents hérédi-
taires ni personnels. En particulier, pas de traumatismes, pas d'infections locales.
Mariée, a un enfant actuellement âgé de 14 ans qu'elle a nourri elle-même sans aucun incident (pas de gerçures, pas de lymphangite, pas d’abcès du sein).
Cette malade raconte qu'il y a deux ou trois ans elle a trouvé dans son sein gauche de petites tumeurs qui, non douloureuses, ne l'ont pas inquiétée. Depuis ce moment, insensiblement, sans à coups et sans douleur, ces noyaux ont augmenté de volume. Ayant, dans son entourage, eu connaissance d'une malade opérée d'un épithélioma du sein, cette dame effrayée se décide, pour la première fois, à consulter un médecin.
Il s'agit d'une femme paraissant se très bien porter, non amaigrie et ne présentant par ailleurs rien de particulier. Nous constatons que le sein gauche est plus gros que celui du côté opposé; il est bourré, à la palpation, de noyaux de volume inégal, de consistance dure; les deux plus volumineux siègent dans la partie supéroexterne et ont le volume d’un petit œuf, pas de ganglions dans l’aisselle, mobilité parfaite de la glande.
Dans le sein droit, au niveau du pôle inféro-externe, on retrouve une masse irrégulière ayant les mêmes caractères que celle déjà décrite, le reste de la glande mammaire de ce côté paraît sain et n'est le siège cliniquement d'aucune autre tuméfaction.
L’indolence des lésions, la longue évolution locale de cette affection n'ayant nullement relenti sur la santé générale, la bilatéralité de l'affection et l'absence de ganglions nous font penser qu'il s’agit là d’un cas de maladie polykystique de la mamelle. Cette affection actuellement bilatérale paraît avoir débuté dans le sein gauche qui est aujourd'hui entièrement envahi, tandis que les lésions constatées à droite paraissent cliniquement encore limitées à un point très précis de cette glande.
L'application de pansements humides compressifs et l'ingestion d'iodure de potassium n'ayant donné aucun résultat, la malade accepte l'intervention chirurgicale qui est pratiquée sous chloroforme.
Dans la même séance, on enlève tout le sein gauche qui est farci