II. — Causes déterminantes
L’étiologie se restreint à l'infection microbienne par le streptocoque, qui a été parfaitement étudié par Nocard : « Le streptococcus mastitis contagiosae ».
Mais il n’y a pas qu’une seule variété de mammite contagieuse chronique à streptocoques, car il y a des
mi
variétés de streptocoques occasionnant des variétés de mammites offrant à l’observateur toutes les gammes entre la mammite aiguë et la mammite chronique. Zschokke, qui a fait une étude spéciale du streptocoque de Nocard, reconnaît qu’il se présente le plus fréquemment sous deux formes : en chaînettes courtes et en chaînettes longues, et il est d’avis que la gravité de la maladie dépend exclusivement de la longueur des chaînettes. Il croit que lorsque ce sont les chaînettes courtes qui dominent, la maladie guérit naturellement et il a pensé primitivement que ces chainettes courtes étaient détruites par l’acide lactique que produit le streptocoque. x
Il en avait déduit un traitement très simple : abandonner la mammite à elle-même et cesser de pratiquer la mulsion des quartiers atteints.
Il a reconnu par la suite que les chaînettes Étaient incorporées et dévorées par les phagocytes ; mais ces éléments de défense sont impuissants à détruire en totalité les chaînettes longues d’où l’incurabilité des mammites provoquées par cette forme.
Lafranchi en 1908 a découvert dans une enzootie de mammite chronique un streptocoque en longue chaîne qu’il a appelé le « streptococcus longus » et qui n’est pas autre chose que l’une de ces variétés.
Bang a observé dans une étable 10 vaches sur 40 ayant une mammite provoquée par un streptocoque spécial ne déterminant ni induration ni acidité du lait.
Quelques auteurs affirment qu’il existe une variété de mammite que l’on ne peut reproduire expérimen-
ose
talement et qui sérait due à un streptocoque qu’on a appelé : « le streplococcus mastitis sporadicae ».
Pour essayer de clarifier la question, étudions d’abord le streptocoque dans ses généralités.
Le streptocoque a été nettement décrit par Pasteur et Doléris en 1880, chez des malades atteintes d’infection puerpérale.
Agent pathogène spécifique de l’érysipèle (Fehleisen), agent habituel de l'infection puerpérale (Widal) et des suppurations chirurgicales (Ogston, Passet), il cause, en outre, nombre d’affections sous les formes anatomiques les plus variées, dans les organes et les tissus les plus différents, chez l’homme et chez nombre d'espèces animales.
Cest « le microbe à tout faire » de Peter.
Il est considéré par nombre d’auteurs comme formant non une espèce, mais une famille composée d’espèces différentes. |
D’autres savants affirment que tous les streptocoques appartiennent à une seule espèce.
La querelle est toujours pendante entre unicistes et pluralistes. |
Esquissons les arguments apportés de part et d’autre : à
1° Certains streptocoques se séparent du type par une propriété anormale :
décoloration au Gram,
développement strictement anaérobie,
liquéfaction de la gélatine.
2° Les différentes propriétés du streptocoque peuvent varier dans une large mesure.
On a édifié ainsi des espèces différentes suivant : a) les variations morphologiques (Lingensheïm) ; b) l’aspect des cultures en bouillon (Behring) ;
c) aspect des cultures sur pomme de terre (Marot);
d) aspect des cultures en lait (Klein);
e) la virulence expérimentale (Lingelsheïm).
Mais ces différentes propriétés peuvent varier pour un même échantillon au gré de l’expérimentateur.
3° Suivant Marmorek, Aronson, Neufeld, Marxer, le sérum provenant d’un animal immunisé contre un seul streptocoque se montre préventif, non seulement à l’égard de ce streptocoque, maïs à l’égard de tous. Seul celui de la gourme fait exception. Marxer fait même rentrer ce dernier dans la règle générale.
Ces auteurs sont d’accord pour affirmer que tous les streptocoques étant également sensibles à l’action d’un sérum monovalent appartiennent à une même espèce.
4 Cette assertion est discutée par Courmont, Mery, Lorain :
des streptocoques seraient indifférents à l’action préventive du sérum de Marmorek.
5° Besredka suppose qu’il y a plusieurs variétés de streptocoques ; il base sa classification sur l’épreuve de la déviation du complément. D’après cette épreuve, un même sérum peut être actif à l’égard des microbes de provenances très diverses ; inversement des microbes de provenance semblable peuvent être doués de propriétés fixatrices très dissemblables.
En résumé, la question est toujours à l’étude.
L'opinion actuelle paraît être plus favorable aux pluralistes,
1° CLASSIFICATION DES STREPTOCOQUES
Fouassier fait remarquer que lorsqu'on passe en revue les travaux entrepris dans ce sens, on est étonné de leur confusion et de leurs conclusions contradictoires (70).
On a essayé divers moyens de classification ; nous avons cité plus haut les variations morphologiques, l'aspect des cultures en bouillon, sur pomme de terre, en lait.
Les auteurs américains ont utilisé surtout l’action sur les sucres (Gordon, Holwan, Andrews et Horder) :
Tous les streptocoques font fermenter la glucose alors que l’action sur les autres sucres varie suivant les échantillons ; les variations constituent la base de la classification. Cette classification est fortement discutée.
Un autre essai de classification est basé sur la présence ou l’absence de propriété hémolytique (Schottmuller en 1903) (69).
Il y a lieu de distinguer trois modalités d’action sur les milieux au sang : certains sont hémolytiques, propriété indépendante de leur morphologie ;
d’autres produisent une hémolyse très légère, ils sont du type « viridans »;
d’autres sont anhémolytiques.
D’autres tentatives de classification ont été faites en prenant pour base les réactions biologiques :
agglutination complétée par la saturation des agglutinines (Gordon, P. Durand et Sédallian) ;
pouvoir préventif (Dochez, Avery et Lancefield) ;
et pouvoir bactéricide des sérums (Hamilton et Havens).
Ces recherches ont encore besoin d’être précisées.
Toutes ces classifications sont bien instables, aucune encore ne satisfait complètement l’esprit.