‹ Contribution à l'étude de la mammite streptococcique de la vacheChapitre 16 sur 45 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Etiologie

La mammite streptococcique peut évoluer à l’état sporadique, mais c’est presque toujours à l’état enzootique ou épizootique qu’on la rencontre.

Dans tous les cas le facteur contagion joue le rôle essentiel.

Les cas sporadiques ont pour origine des séquelles d'anciennes infections aiguës qui se réveillent de temps en temps, car l’infection aiguë s’atténue parfois d’elle-même ou sous l’action d’une thérapeutique efficace.

On croit alors constater la guérison, mais cette guérison clinique n’est jamais complète : l’infection dort et la mamelle reste porteuse de germes.

Avec Jensen, on peut poser en principe qu’un quartier envahi de streptocoques pourra toujours, à un moment donné, devenir le siège d’une mammite. Pour lui, il y a une mammite streptococcique chronique dans tout quartier sain cliniquement, mais logeant des streptocoques.

Steck, en reprenant la même idée, dit qu’il s’agit d’une « inflammation en miniature ».

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On pourrait presque la qualifier de « mammite en

potentiel ».

Comment se réalise l'infection ?

La voie la plus fréquente est la voie ascendante, l’infection d’origine externe se faisant par le trayon (51).

Kitt (16), confirmant l'expérience de Nocard et Mollereau (4), réalisa l’infection par simple souillure de l'extrémité du trayon, la maladie passant d’un quartier à l’autre, d’une mamelle à l’autre par l’intermédiaire des litières souillées par le lait d’une vache nou-

vellement achetée et déjà infectée ou porteuse de germes.

Une méthode qui diffuse facilement la mammite d’un quartier à l’autre est l'habitude qu'ont les vachers d’humecter avant la traite les trayons avec quelques gouttes de lait fraîchement recueilli dans la paume de la main.

La traite mécanique est aussi la grande diffuseuse de mammites si on ne prend pas la précaution de désinfecter les tubes trayeurs après la traite de chaque vache.

Ce mode d'infection est massif car les germes s’accumulent dans les sinus et de là la culture microbiénne remonte dans tous les canaux galactophores et va infecter les ascini.

Nocard et Leclainche admettent que dans certains cas les mammites sont le résultat d’une infection lymphogène ou hématogène. L’infection par le sang est le type d'infection d’origine interne. Je ne crois pas

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que ce mode soit très fréquent dans le cas qui nous occupe.

Cependant Strenstrom (77), rappelant que les génisses peuvent être atteintes de mammites avant leur premier part, estime que le streptocoque de cette affection peut pénétrer dans l'organisme par ingestion et suit alors la voie sanguine pour parvenir à la mamelle. : |

Kotelmann (15) ayant constaté souvent que la mammite apparaît immédiatement après un avortement la considère comme secondaire à une infection de l'appareil génital. ; a |

L’infection lymphogène est d’origine externe, com-

me celle par le trayon, elle est centripète. Su

Ce genre d'infection est rare chez nos animaux; elle peut avoir son origine comme Îles mastites des femmes (Kostlin) dans les excoriations du trayon occasionnées par la succion du veau ; les vaisseaux lymphatiques du trayon transportent plus ou moiïns loin dans la masse glandulaire des colonies microbiennes qui vont

être le point de départ d’une mammite.

Ce mode d'infection est toujours localisé au début, car quelques canaux seulement sont envahis tout d’abord.

Pour étudier l’étiologie des mammites streptococciques, nous chercherons tout d’abord à dégager les causes favorisantes avant d’en venir à la cause réelle : les

streptocoques.

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L — Causes favorisantes

Il existe des influences secondaires favorisant l’éclosion de la mammite et dont il ne faut pas négliger l'importance. Ce sont toutes les causes favorisant l’éclosion des mammites en général.

Il était de règle autrefois d’incriminer le refroidissement, témoin l’appellation que les agriculteurs de notre région donnent encore à toute induration du pis « le rhume ».

Le froid agit par trouble vaso-moteur, mais son action est loin d’être certaine, car il y a autant de mammites pendant la saison chaude que durant la saison froide; tout au plus, les changements brusques de température pourraient-ils produire des modifications vasculaires privant l’organe d’une partie de ses moyens de défense.

Les traumatismes dans leurs différentes formes : écrasement, plaie, soubattement du pis, coup de pied, coup de corne, morsure de chien, etc. provoquent l’apparition de l'infection.

La moindre éraillure du trayon est une porte ouverte aux germes pathogènes et l’on sait combien les trayons sont exposés à être blessés par les dents du veau, les mains calleuses du trayeur, les bagues des femmes, les ronces artificielles, les clôtures des haies, ou seulement par la paille dure de la litière.

Dans certaines contrées, en effet, cette litière n’estelle pas confectionnée avec toutes sortes de plantes

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rudes : fougères, bruyères, genèêts, feuilles sèches auxquelles adhèrent souvent encore des morceaux de branches. |

Nous avons vu que c'était par la traite que s’effectuait fréquemment la contagion ; par conséquent, une condition presque indispensable à l’éclosion de la mammite est l’état de lactation, le canal du trayon, servant lui-même normalement de porte d’entrée aux germes, rendu constamment humide par le lait, se trouve ainsi dans d’excellentes conditions pour servir de condueteur aux agents microbiens qui trouvent un chemin facile pour atteindre la mamelle.

Il faut incriminer aussi la stabulation permanente dans laquelle sont généralement entretenues les vaches laitières et la malpropreté des litières des étables. |

La clinique constate aussi que chez certaines vaches, lors de la mise à l’égouttage, il apparaît des phénomènes de mammites ; celles-ci étaient jusqu'alors contrebattues par les traites qui balayaïent les microbes du sinus galactophore ; mais les mulsions-s’arrêtant la détersion n’a plus lieu, l’infection qui sommeillait se réveille.

Par conséquent, le séjour prolongé du lait dans la mamelle, ce qu’on a convenu d’appeler « l’empissement laiteux », ou plus scientifiquement après le Professeur Ch. Porcher : « la rétention lactée », est une des causes favorisant le plus fréquemment les mammites.

Lorsque la traite n’a lieu que deux fois par jour, le « balayage » n’est pas assez fréquent et peut être une

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cause d’empissement et j'ai remarqué que dans les exploitations où l’on emploie des vachers habitués à ne traire que deux fois par jour, les mammites streptococciques sont plus fréquentes.

Cet empissement est parfois provoqué volontaire ment par le propriétaire d’une vache qu'il veut vendre. Cela devient une véritable fraude pour grossir le pis et faire ainsi paraître la vache meilleure laitière, fraude grossière qui ne trompe plus personne.

Mais que de mammites après les foires, quelquefois même après les Comices agricoles : mammites occasionnées par intérêt ou même seulement par orgueil.

L’accumulation de lait est suivie d’une augmentation de volume du pis qui devient ainsi plus vulnérable.

C’est aussi ce qui se passe dans le cas dé fièvre aphteuse où les traites ne peuvent souvent être régulièrement effectuées à cause des aphtes des trayons, d'autant plus que dans ce cas l’organisme est fortement déprimé et c’est pour cela qu’on a pu dire avec juste raison que « la fièvre aphteuse faisait le lit de la mammite streptococcique » (19).

Si la mamelle était toujours saine, la rétention ne saurait déterminer l'infection ; elle entraînerait seulement des modifications dans la composition du lait, mais lorsque la mamelle est infectée et nous savons que c’est la règle très fréquente, les microbes n’étant plus chassés par une traite énergique et trouvant à leur portée un terrain tout préparé, l’infection, qui était latente, explose.

De même, si la rétention intervient au cours d’une

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maladie fiévreuse grave, comme la fièvre aphteuse qui est très déprimante pour l’organisme, les streptocoques trouvant un milieu mal défendu peuvent cultiver facilement. Aussi le Professeur Porcher a pu nommer les mulsions fréquentes « la meilleure assurance contre la mammite » (121).

Prôscholdt en Allemagne a incriminé comme cause favorisante les aliments riches en protéine, car il a pu constater la fréquence des mammites chez les vaches nourries avec des résidus de distillerie.

Il accuse aussi l’avortement épizootique, le bacille de Bang aidant à réveiller le streptocoque qui sommeille.

Kleine, lui, ajoute aux diverses causes favorisantes le foin nouveau (94).

Gotze (56) fait intervenir une cause que peu d’auteurs ont étudiée : l’hérédité.

En résumé, les circonstances favorisant le réveil de l'infection latente sont assez variées, maïs elles peuvent se résumer en une seule : l’interruption de la lactation qui déclenche la rétention lactée.

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