CHAPITRE
Historique de Ia Paralysie générale au point de vue de la marche de Ia maladie.
La plupart des auteurs qui ont écrit sur la paralysie générale s’accordent à reconnaitre qu’il est très difficile d'apprécier l’ordre suivant
lequel les symptômes se succèdent dans la paralysie générale, surtout
au début, et de déterminer d’une manière précise la durée de cette maladie. |
Delaye (1), à propos de la marche de Ia paralysie générale, nous dit que quelques malades succombent au bout d’un an, tandis que d’autres vivent dix, douze et même vingt ans. Il décrit cette affection comme une maladie à part et la sépare de la folie ; il constate qu’elle n'est pas tout à fait exclusive aux aliénés ; il fait voir qu’elle débute par la faiblesse et la perte de Ia mémoire, la regarde comme incurable, et lui attribue comme cause organique le ramollissement, l’endurcissement ou l’atrophie du cerveau avec adhérence des méninges.
Bayle (Traité des maladies du cerveau, 1826), le premier qui a formulé en 1822 une doctrine de la paralysie générale admise aujourd’hui par la plupart des aliénistes, déclare que les symptômes de la méningite chronique (c’est ainsi qu'il appelle la paralysie générale), suivent une marche continue et successivement croissante. D’après Bayle, les symptômes présenteraient ordinairement dans leur augmentation progressive les périodes de monomanie, manie et démence; mais une d’elles peut manquer et offrir des variétés nombreuses.
La seconde période manque le plus fréquemment. « Les malades « passent alors de la première à la troisième sans présenter ni délire « général, ni agitation. Ils sont calmes et tranquilles pendant tout le
(4) Considération sur la paralysie générale chez les aliénés. Thèse de Paris, 1824.
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« cours de la maladie, à l’exception de quelques moments passagers « de colère ou d’exaltation ; leurs facultés vont en s’affaiblissant pro- « gressivement ; leurs idées deviennent chaque jour moins nom- « breuses et plus incohérentes ; la paralysie fait des progrès corres- « pondants.
« Lorsque c’est la première période qui manque, ce qui est plus « rare, la maladie débute tout à coup par de l'agitation, de la fureur
« et un trouble plus ou moins général des facultés. Mais il est difficile
« de décider d’une manière positive que cette période a manqué, parce « qu’elle est souvent très courte, et que se passant sous les yeux des « parents des malades, on ne peut obtenir sur elle des renseignements « précis. |
« Quelquefois, au début de la maladie, les facultés et les idées sont « si affaiblies et les mouvements si gênés, que les malades paraissent « déjà dans l’état que nous avons assigné à la troisième période.
« Le passage d’une période à une autre a lieu, tantôt sans autre cause « apparente que la marche naturelle de la maladie, tantôt à la suite « d'attaques de congestion cérébrale. Ces attaques sont surtout très « fréquentes dans la troisième période. Il y a des malades qui en ont « jusqu’à dix ou douze pendant sa durée. Après chaque attaque, la « paralysie et le dérangement des facultés font des progrès ; d’autres « fois il survient des paroxysmes d’agitation ou même de fureur qui « cessent au bout de quelques jours.
La durée de cette maladie est ordinairement fort longue ; néanmoins Bayle croit possible de la déterminer d’une manière assez précise, parce qu’il considère l’invasion comme bien tranchée, et la terminaison comme presque toujours funeste.
Le terme le plus court que Bayle ait observé est de 15 à 20 jours (violentes attaques de congestion cérébrale).
« La durée de cette affection, dit-il, varie depuis deux mois Jusqu'à 6, 8, 10 ou même 12 ans. Sa durée moyenne est d’un an à un an et demi. »
Bayle était trop exclusif en prétendant que la paralysie g'énérale passait successivement par les trois formes : monomanie, manie et démence ; on peut dire que chez les malades il y tantôt prédominance de l'état de délire partiel, tantôt prédominance de lé’tat d’agitation
ei en
maniaque, enfin chez d’autres prédominance de l’état de démence. La paralysie peut passer d’une manière irrégulière par ces trois états, les uns d'abord déments et calmes, puis maniaques, puis déments.
Comme troubles physiques, on constate une grande irrégularité dansles mouvements et une faiblesse musculaire de plus en plus prononcée. Comme lésions intellectuelles , on remarque une suractivité d’abord, puis une débilité, des accès d’agitation, enfin la démence complete.
Calmeil (Traité de la paralysie générale chez les aliénés, 1826, page 141) nous dit à propos de la durée et de la marche de cette affection:
« La durée de la paralysie générale est tout à fait subordonnée à la « lenteur ou à la rapidité avec laquelle augmente le désordre qui se « forme dans le cerveau. Certains paralytiques vivent huit mois, un « ans, dix-huit mois; d’autres résistent deux ans, trois ans, rarement « au delà. La moyenne proportionnelle de l’existence des malades que « j'ai étudiés m'a paru être de treize mois.
« Quant à ce qui concerne la marche de la paralysie générale, elle « est pleine d’anomalies. Je ne parlerai pas des accidents nombreux, « tels que les convulsions, les hémorrhagies cérébrales, les conges- « tions sanguines, etc., que nous avons dit la traverser fréquemment ; « mais il ne faut pas perdre de vue que quelquefois, du soir au matin, < et sans qu'on sache pourquoi, la paralysie générale augmente d’une « manière effrayante. Aujourd’hui le malade se promène, la faiblesse « des jambes est peu sensible, on comprend son langage, tout en « apercevant la confusion légère qui y règne. Le lendemain, il ne « peut faire un pas sans tomber; il lui est impossible d’afticuler un « seul mot. Ainsi on s'était promis qu’il vivrait un an, par exemple, «et il succombe dans le cours du mois.
« Par une bizarrerie incroyable, il est des paralytiques qu’on juge « condamnés à mourir dans un délai rapide et dont le sort s'améliore « très promptement. Toutes ces alternatives de mal et de bien s’expli- « quent en admettant que dans le premier cas la maladie du cerveau
« s'aggrave, tandis que dans le second elle diminue ou même s’efface
« en partie. »
Esquirol (Waladies mentales, t. IT, page 264) signale la gravité de la paralysie générale.