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« Elle éclate tantôt avec les premiers symptômes du délire, pendant « la période d’acuité si remarquable au début de presque toutes les « folies, tantôt elle précède le délire, tantôt elle vient en quelque sorte « se joindre à lui. » Son invasion à quelquefois lieu sans phénomène grave; quelquefois elle est la suite de congestion, de convulsions épileptiformes, etc. Elle est d’abord partielle, puis elle envahit un plus grand nombre de muscles, et devient générale. Elle a une marche incessante; elle va toujours en augmentant, tandis que l'intelligence s’affaiblit. Quelque soit le caractère du délire, elle indique le passage prompt de la folie à la démence chronique ; il est rare que les aliénés paralytiques vivent au delà d’un à trois ans; et parmi eux, les plus forts, les plus robustes succombent plus rapidement.
Presque toujours les derniers instants de la vie de ces malades sont marqués par des convulsions, congestions cérébrales, par la gangrène qui s'empare de toutes les régions sur lesquelles repose le corps privé de mouvement.
M. Falret, dans sa thèse sur la Folie paralytique (1853) au sujet de la durée de cette affection, ajoute : « La folie paralytique se prolonge ordinairement pendant un oudeuxansaumoins,le plussouvent pendant trois ans, quelquefois pendant # ans, mais elle dure très rarement plus lonptemps; c'est une forme déterminée de maladie mentale, distincte de toutes les autres, puisqu'on peut prévoir jusqu’à un certain point sa marche, déterminer sa durée moyenne qui varie entre deux et quatre ans et dure le plus souvent trois ans; elle a une marche progressive, mais accidentée. »
Si nous consultons le Traité des maladies mentales, de Marcé (1), il nous dit que la durée de la maladie, considérée dans son ensemble, ne peut être fixée que d’une manière approximative, car une foule de circonstances peuvent la faire varier. Ce qui est incontestable, c’est que chez les femmes où elle est relativement plus fréquente, elle a une durée beaucoup plus longue, c’est aussi que les soins dont le malade est entouré, les circonstances accessoires de la maladie, tendent singulièrement à l’abréger ou à la prolonger. Elle marche avec rapidité quand l’aliéné, longtemps abandonné à lui-même, à pu
(4) Marcé, p. 441.
Pre se livrer sans contrainte à des excès de toute nature, lorsque des congestions cérébrales répétées ont aggravé tous les accidents, et hâté en quatre ou cinq mois l’arrivée des derniers symptômes. Au contraire, des soins minutieux, des précautions de toute nature, une hygiène bien réglée, un traitement convenablement maintenu, l'absence de toute complication, permettent de prolonger la vie pendant trois années, quatre années et même plus.
Dans les établissements privés la moyenne est de beaucoup supérieure à celle des grands Asiles consacrés aux indigents. Marcé a même vu, dans quelques cas exceptionnels, des paralytiques résister six années, sept années, et la maladie s’immobiliser de la manière la plus inattendue. r0R + Enfin, il peut arriver qu'à une période quelconque, mais surtout pendant les deux premières, tousles symptômes diminuent d’intensité, tendent même à s'effacer en suivant une marche rétrograde ; c’est là ce qu'on appelle des rémittences.
Parchappe (1), après avoir étudié les causes, les symptômes, la marche, formule de la manière suivante sa doctrine sur la paralysie générale : « Il existe une espèce de folie dans laquelle il y a lésion simultanée de l'intelligence et de la motilité, qui a une marche généralement aigüe, quoiqu’elle puisse passer à l’état chronique, qui à une terminaison constamment fàcheuse, et avec laquelle coexistent dans l’encéphale plusieurs altérations pathologiques, parmi lesquelles il en est une constante, pathognomonique, le ramollissement de la couche corticale.
RER C’est une espèce morbide distincte de toutes les autres, cette maladie qui se produit sous l'influence de causes entraînant la surexcitation du cerveau principalement chez l’homme et dans l’âge de la virilité , dont les symptômes se résument en une lésion générale et simultané de l'intelligence, du mouvement volontaire et dela sensibilité : qui a pour siège la couche certicale des deux hémisphères cérébruax ; qui a pour caractère anatomo-pathologique constant un ramolissement inflammatoire de la couche certicale dans les deux
(1) Parchappe, Des altérations de l’encéphale dans l'aliénation mentale, 1838. p. 146, 160.
ER ee hémisphères ; qui, à travers des congestions cérébrales plus ou moins répétées, entraînent de jour en jour un affaiblissement plus prononcé de l'intelligence, du mouvement volontaire et de la sensibilité, aboutit fatalement à la mort par la congestion ou par le marasme cérébral. »
Pour cet auteur, la paralysie générale a une marche généralement aigüe, et il a trouvé en moyenne une durée d’un an, onze mois et quatre jours pour l’Asile des aliénés de la Seine-Inférieure.
M. A. Foville (Dictionnaire de Médecine) dit que la paralysie générale débute par le délire des grandeurs et les troubles intellectuels, qu’elle a une évolution définie et régulièrement progressive, dont la durée est assez fixe. D’Après un relevé statistique pris sur cent aliénés paralytiques morts à Charenton, il a trouvé comme moyenne de la durée : 2 ans, 3 mois, 21 jours. à
Pour Lionet (Thèse de Paris, 1878) : « Les paralytiques d'origine acquise, les uns victimes de fatigues et d’excès n’ont Jamais de rémission, ils vivent deux, trois ans ou quatre ans au plus ; les autres, les congestifs, ont des temps d’arrêt dans leur maladie, ils peuvent vivre 6, 7, 8 ans: enfin les héréditaires peuvent durer 10, 12, 15 ans; ces malades ont des périodes de rémission plus ou moins longues, mais ils ne guérissent jamais réellement, ils sont toujours sous le coup de la paralysie générale qui ne les abandonne jamais et les mène à une issue fatale ».
Rodrigue (1), dans une étude statistique, sur 159 malades a trouvé que :
Chez 73, la maladie n’a pas dépassé un an ;
— 81, elle a duré de 1 à 6 ans.
— 5, de 7 à 8 ans.
La durée de la paralysie est donc difficile à fixer, elle oscille entre 1 an et 8 ans. La durée moyenne est de trois ans environ ; elle est plus longue chez la femme que chez l'homme.
Maclaun cite un cas qui pendant 15 ans a présenté le même état de paralysie générale.
Dans les premiers écrits sur cette maladie, on a évalué la durée à 2 ou 3 ans, mais elle peut se prolonger quelquefois plus longtemps.
(1) Gaz. d'Anvers. — Revue médicale.
Rene
Le ss
Brière de Boismont cite 3 malades parmi ses pensionnaires qui sont arrivés à leur-sixième année, et il ajoute que la vie semble se prolonger plus chez les femmes que chez les hommes.
Leuret (1834) a eu un malade qui est resté 10 ans dans le même état ; il ne parlait pas, marchait en titubant el paraissait immobilisé dans ses symptômes.
L’affection est donc des plus variables dans sa durée qui varie de 3 mois à un an et 15 ans ; ces faits nous l’indiquent suffisamment.
Le professeur Grasset, de Montpellier, dans son Trailé sur les maladies du système nerveux, nous dit en parlant de la marche de Ja paralysie générale : « La marche est très variable; rarement on observe l’évolution rapide qui dure de quelques semaines à un an. La durée la plus fréquente est de un à dix ans; d’autrefois il y a des temps d'arrêt d’une durée énorme, sorte de guérison pouvant même exceptionnellement se prolonger au-delà ‘le 20 ans, mais la terminaison est toujours fatale. »
Les auteurs qui nous ont indiqué comme durée moyenne de la paralysie générale une courte période de temps: Bayle 10 mois, Calmeil 13 mois, Parchappe moins de deux ans, etc., écrivaient d’après les faits qu’ils avaient sous les yeux. Ces différences dans la statistique s'expliquent. Ces auteurs ont fait dater l’affection soit de l'époque où les symptômes de paralysie devenaient très manifestes, soit du jour de l’entrée des malades dans les Asiles, ou de quelque temps auparavant, or ce n’est Jamais là le moment exact du début du délire.
On comprend combien il est difficile de juger de la durée réelle de cette maladie, si on y fait entrer cette période de début, que l’on doit considérer comme la première période, et dont on peut rarement fixer la durée, vu l'ignorance, le mauvais vouloir des parents, où leur intérêt à tenir cachée cette période.
I n’est donc pas étonnant que pour quelques auteurs la durée moyenne de la paralysie générale ne soit pas plus longue, surtout si l’on tient compte des cas où elle débute sans délire évident, et dans lesquels elle semble quelquefois exister pendant un temps assez long
sans que le délire se manifeste nettement. à
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Baillarger (1) définit la paralysie générale : « une maladie toujours primitive, débutant d'emblée chez des sujets jusque-là sains d'esprit ; il déclare qu’elle est ordinairement de longue durée et qu’elle est caractérisée surtout par l'embarras de la parole, la paralysie progressive des membres et la démence. »
Pour lui, la paralysie générale n’est ni une complication de la folie, comme le prétendaient Esquirol et ses élèves, ni une forme particulière d’aliénation mentale, mais elle est une maladie spéciale et indépendante, ayant pour caractères essentiels la lésion des mouve-
ments et la démence, et pouvant se compliquer d’une aliénation
mentale secondaire.
Il admet deux classes de paralvsies générales progressives :
1° Les unes uniquement caractérisées par une lésion de mouvement.
2° Les autres présentant deux ordres de symptômes :
(A) Lésions générales et progressives des mouvements.
(B) Lésions générales progressives de l'intelligence, qu'il subdivise en :
4° Affaiblissement de plus en plus marqué de l'intelligence, sans délire proprement dit.
2% Monomanie, mélancolie, manie, etc.
Il divise les malades en deux catégories : les uns chez lesquels on ne constate qu’un affaiblissement de plus en plus marqué des facultés intellectuelles sans qu'il y ait aucun délire bien caractérisé ; les autres, au contraire, qui offrent des signes de monomanie, mélancolie, manie, etc.
La paralysie générale, pour lui, se présente sous deux ordres de symptômes essentiels : la démence et la paralysie ; il regarde les autres symptômes : délire des grandeurs, délire hypochondriaque, monomanie, folie à double forme et la démence sont des formes naturelles secondaires qui, dans certains cas, viennent compliquer la paralysie générale.
- Ces deux formes, la démence et la paralysie, diffèrent entre elles par leur marche, leurs symptômes et quelquefois leur mode de terminaison.
(1) An. méd. psych., 1855.
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L'une, caractérisée dès le début par la démence et la paralysie, par les symptômes d’abolition fonctionnelle, n’a ni intermittence, ni transformation ; elle est continue ; son évolution est définie, d'une durée assez fixe, régulièrement progressive et toujours incurable ; l'affection suit son cours sans que le malade ait de véritables conceptions délirantes ; c’est la démence paralytique.
L'autre offre un aspect différent ; elle est caractérisée pendant les premières périodes par du délire qui domine la scène et offre les formes de monomanie, manie, mélancolie, ou alternativement ag'itation et dépression (perversion fonctionnelle).
Dans ces cas, les symptômes paralytiques sont très légers ou nuls ; le caractère du délire, l’âge du malade, l’étiologie, les accidents congestifs qui ont précédé, servent à porter le diagnostic et permettent d'affirmer la gravité de la paralysie générale ; la marche de l'affection est plus rapide ; il y a chez ces malades quelques troubles musculaires de nature ataxique : ils peuvent guérir, mais les rechutes sont fréquentes et les guérisons rarement définitives.
On a objecté à Baillarger qu’il semblait vouloir subordonner au délire tous les troubles physiques de la paralysie générale ; il oublie, dit Lasègue, que des congestions répétées peuvent atteindre un individu avant que la moindre trace de délire fasse apparition. Il est donc important de mettre sur le même plan les symptômes physiques et intellectuels.
La manie et la mélancolie dont on ignore la nature ne,sont que les formes sous lesquelles se présentent les symptômes de la folie, forines qui sont en rapport avec la constitution des cerveaux malades ; ce sont deux plans différents et distincts suivant lesquels se montrent à l'extérieur les manifestations d’une maladie cérébrale quelconque.
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