CHAPITRE
Marche habituelle de la Paralysie générale.
Au point de vue de la marche, on peut, avec Falret, définir la paralysie générale une affection à évolution progressive, mais très accidentée, caractérisée par des troubles physiques et intellectuels.
Elle est constituée : ë
1° Par un délire, le plus souvent caractérisé par de l’excitation et des idées ambitieuses, mais qui peut être aussi mélancolique ou hypochondriaque.
2 Par un affaiblissement des facultés intellectuelles, peu marqué au début parce qu'il est masqué le plus souvent par le délire.
3° Par des troubles de la motilité (activité exagérée, agitation
spasmodique, hésitation de la parole, tremblement dés lèvres, de la
langue et des membres et...)
L'’incoordination des mouvements, l’affaiblissement musculaire consécutif et le délire sont deux ordres de symptômes aussi essentiels l’un que l’autre et la caractérisant au même titre.
La production presque simultanée du délire et de la paralysie est la règle habituelle ; il y en a plusieurs où le délire précède depuis un temps plus ou moins long la manifestation de la paralysie.
Nous distinguerons dans la marche de la folie paralytique : une période prodomique, une période de début, une période moyenne et une période terminale.
Période prodomique. — Quelque temps avant l'invasion de la paralysie générale, on voit se manifester des changements dans le caractère et les habitudes du malade ; on est surpris de ce changement et on en recherche vainement la cause. L’individu tantôt est
très irritable pour les motifs les plus futiles, tantôt il est très apathique et ne peut se livrer à aucune occupation sérieuse. Les parents du malade ne se préoccupent de cet état que lorsque l'affection est à la première période de la maladie confirmée, c’est-à-dire a pris une forme plus accentuée.
La première période a des débuts très variables ; à l'exemple de Falret et Linas, qui ont traité ce sujet avec une grande précision, on peut admettre que la paralysie générale présente à ses débuts quatre variétés bien distinctes ; deux dans lesquelles prédominent les symptômes physiques, variété paralylique et varièlé congestive ; deux qui sont surtout caractérisées par des troubles intellectuels, variété expansive et variélé mélancolique.
La congestion cérébrale joue un rôle de premier ordre dans la marche de la paralysie générale ; elle en est quelquefois le phénomène initial ; la forme congestive peut survenir au milieu d'accidents prodromiques encore mal dessinés ; les capillaires de la face sont dilatés, les pommettes sont rouges, la face est vultueuse, la nuque, le cou, les oreilles sont très injectés.
La variété congestive peut aussi terminer brusquement la paralysie par la mort; ou bien, lorsque les accidents appolectiformes se sont dissipés, ils peuvent être remplacés par de l'excitation maniaque avec des idées ambitieuses, la parole reste embarrassée, l'intelligence affaiblie, l'affection persiste, marche par saccades et conduit ainsi peu à peu le malade à la suite de nouvelles poussées congestives à la seconde période. | ;
On rencontre la congestion cérébrale à toutes les périodes de la maladie, comme complications. Aubanel à constaté qu'elle prenait chez les paralytiques les formes les plus diverses, forme légère avec excitation maniaque, forme convulsive, hémiplégique, comateuse, intermittente, irrégulière avec alternance de tous les symptômes ; c’est ce que nous avons contaté plusieurs fois chez nos malades.
Dans la variété congestive, le malade à des vertiges, des étourdissements, des congestions subites qui sont fréquentes dans la période prodromique et qui souvent sont les premiers phénomènes qui attirent l'attention. Quelquefois même il y a des attaques épileptiformes avec perte de connaissance momentanée souvent suivies de phénomènes
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paralytiques plus ou moins incomplets, léger embarras de la parole, souvent intense après l'attaque et plus tard moins saillant, parfois il en résulte un notable affaiblissement intellectuel ou une manifestation délirante quelconque (manie aiguë, manie tranquille).
Nous pouvons citer des exemples de cette forme de début de la paralysie générale.
Observation I.
Empruntée à M. le docteur A. GIRAUD.
Paralysie générale débute par une attaque apoplectiforme. — Hémiplégie gauche. — Troubles intellectuels. — Marche progressive. — Mort au bout d'un an. — Autopsie.
C... (Sévère) ne compte pas dans sa famille de parents qui aient donné des preuves manifestes d’aliénation mentale ; mais au dire de son fils qui nous a fourni les renseignements, tous ses parents avaient la tête plus ou moins faible.
Il y à 4 ans environ, ce malade était frappé d’une attaque apoplectiforme à la suite de laquelle, pendant un mois, il resta paralysé du côté gauche ; depuis il est très sujet aux congestions, et son intelligence n’a pas tardé à se troubler. On remarqua. d’abord chez lui des idées ambitieuses, il se croyait riche à plusieurs millions, très savant alors qu'il ne sait ni lire ni écrire, il continuait cependant son travail, mais depuis huit mois il ne peut plus rien faire, marche continuellement et sans but, restant quelquefois troiset quatre jours hors de chez lui. Quand il y rentre, c’est pour faire des menaces à sa femme et à ses enfants.
En présence de ces faits, on put faire admettre d'urgence C... à l'asile d’aliénés. A son entrée, CG... ne nous offre rien de particulier à signaler au point de vue de la santé physique. Les pupilles sont normalement et également dilatées ; la parole est très embarrassée, les mains tremblantes. L'intelligence et la mémoire sont très affaiblies. U répond d'une façon incohérente à toutes les questions qui lui sont
tie adressées. Nous ne remarquons aucune trace de délire ambitieux. Ce malade est calme et mange bien.