CHAPITRE PREMIER
L’Hypertension artérielle.
Il nous paraît utile avant d'étudier la médication HYpoE 1 tensive et en particulier le nitrite de soude, de définir Eat
« Le terme de tension artérielle, dit Marey, est souvent
substitué à celui de pression du sang dans les artères ; sen 4 effet, la pression du sang n’est autre chose Sue la réaction
actuelle de l’élasticité des parois des vaisseaux.
. Gette‘tension artérielle est variable suivant es sujets. ue Un peu plus faible chez la femme que chez l’homme, elle augmente avec l’âge. On peut dire que la pression arlé- | rielle normale oscille entre 14 et 18 cm. ; au-dessus de ce.
chiffre il y a hypertension.
Deux facteurs entrent en jeu pour déterminer in pression artérielle, le moteur central, le cœur, et la résistance | periphérique, les artères. Le volume de la masse san- guine, elle-même, paraît avoir peu d'importance.
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Il est en effet demontré qu’une saignée n’abaisse la ten-
sion artérielle que d’une facon peu sensible et tout à fait
passagère. D’après Arloing, pour obtenir un abaissement durable il faudrait extraire les 2/3 de la masse sanguine. Pour l’augmenter, d’après Dastre, il faudrait ajouter au moins 1/8 de sang. Il se produit dans tous les cas une régulation automatique, presque instantanée.
L'influence du cœur, autrement importante, n’est que secondaire et réflexe. Le moteur cardiaque règle surtout son effort sur la résistance à vaincre.
Mais par un cercle vicieux singulier, à mesure que l’obstacle augmente, c’est-à-dire que les artères périphériques se resserrent, le cœur s’hypertrophie, redouble d'énergie, et la pression artérielle se trouve doublement accrue.
Tout ce qui diminue le calibre et l’élasticité des artères augmente la pression sanguine.
La grande cause de l'hypertension artérielle est l’artériosclérose. L’actério-sclérose est une intoxication, que cette intoxication s’établisse soit par une alimentation défectueuse, à la suite d’un régime carné excessif, par exemple, soit par viciations des échanges organiques, comme dans la goutte. Les poisons microbiens ont peu d'influence sur elle, et la syphilis ne produit que rarement l’artério-sclérose. Les poisons chimiques, comme l'alcool, amènent plus tôt de la stéatose artérielle. Aussi, les grands mangeurs deviennent-ils plus rapidement artério-scléreux que les gros buveurs. :
La nicotine, conduit peu à l’artério-sclérose, mais en dehors de toutes lésions anatomiques précises, elle a une action vaso-constrictive considérable, et par cela même,
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provoque de l’hypertension artérielle, dans certains cas de tabagisme aigu.
La néphrite chronique interstitielle est régulièrement accompagnée d’une élévation de la pression sanguine. Un rein scléreux diminue en effet la diurèse, et rétrécit le volume de ses vaisseaux. Mais si on songe à ce qui a été dit plus haut, on comprendra que l’intoxication alimentaire est singulièrement favorisée par l'insuffisance rénale, d’où artério-sclérose concomittante.
De son côté, le cœur redouble d'efforts et s’hypertro- . phie. De fait, la recherche de l'hypertension artérielle est un moyen de reconnaître un mal de Bright à son début. Chez les Brightiqües, la tension artérielle moyenne est de 25 à 26 cm. Mais elle peut aller jusqu’à 28, 29 et même 30 centimètres . ; À
L'urémie, bien entendu, augmente également la pression artérielle. |
Les ouvriers qui manient le plomb sont exposés à la néphrite et à l’artério-sclérose. On rencontre donc également chez eux de l'hypertension artérielle. De plus il ne faut pas oublier que le plomb est un vaso-constricteur périphérique énergique. Cependant l'hypertension déterminée par le saturnisme est moindre que celle des Brightiques. La moyenne est de 19 à 21 centimètres au lieu de 25 à 26. Une tension de 26 centimètres est rare chez ces malades.
Le diabète élève également la tension artérielle.
L’hypertension artérielle offre par elle-même de graves dangers. Chez les tuberculeux, elle favorise leshémoptisies. llest à remarquer, d’ail'eurs, que lorsque ces malades
n’ont pas de complications :
artério-sclérose néphrite, interstitielle, saturnisme, par exemple, l'hypertension est de règle. Potain a même pu en faire un Au de diagnostic précoce. j£ Les épistaxis rebelles Cher les adolescents et ies arthriti-
ques ont souvent pour cause l'hypertension artérielle.
Chez les femmes, aux époques menstruelles, elle peut
provoquer de sérieuses ménorrhagies.
Chez les anévrysmateux, l'hypertension artérielle est
‘une continuelle menace de mort subite. :
Enfin, une tension artérielle élevée favorise l’ hémorrhagie cérébrale et l’apoplexie. Dans un travail de V. Basch on
trouve sept apoplectiques dans Nas cas ou VHTH RARE
a été constatée.
]l nous sera permis d'ajouter que si l’artério-sclérose
est une des principales causes d’hypertension artérielle,
cette hypertension artérielle, elle aussi, est une cause
d'artério-sclérose. Huchard décrit sous le nom de presclérose, un état présentant une série troubles fonctionnels
dont le plus apparent est l'hypertension artérielle, alors
qu'aucune lésion vasculaire n’est encore constatée. Et
cette formule de M. le professeur Robin : Si la fonction crée
l'organe, la maladie de la fonction crée la maladie de l’organe, n’est-elle pas conforme au plus logique évolutio-.
nisme. En d’autres termes, les troubles fonctionnels précéderaient toute lésion anatomique précise. En présence
de ces constatations, on peut se demander si la nicotine, par exemple, ne produit pas à elle seule l’artério-sclérose,
par la continuité de son action constriclive. Ces notions de pathogénie feraient de la médication hypertensive, une thérapeutique préventive des cardiopathies artérielles .
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ET
. ainsi que le prouve les exemples suivants : :
L'hypertension artérielle se reconnaît à des Sienes sub 154
jectifs et à des signes objectifs. se TMS Les premiers sont des algidités locales, les vertiges, la
céphalie, la pâleur des téguments survenant par accés. Les signes objectifs sont fournis par le cœur et parle pouls.
La percussion de la région précordiale nous montre
Phypertrophie. La palpation nous révèle un choc précordial très violent, qui indique l'hypertension.
Mais les deux signes cliniques pathognomoniques de l'hypertension artérielle sont d’après Huchard : s 1° Le retentissement diastolique de l’aorte,en coup de mar-
ce. teau, à la base du cœur et du côté droit du sternum. Du
côté gauche, ce même retentissementsignifie hypertension dans la petite circulation. :
2 La stabilité du pouls et son type inverse. Lorsqu'un
individu normal passe de la position verticale à la position
horizontale, le nombre de ses pulsations diminue de 6 à 8. Chez les hypertendus, au contraire, le nombre des pulsa-
tion reste le:même (stabilité du pouls) ou bien est plus a
élevé dans la position horizontale que dans la position verticale (type inverse).
-Mais cette règle de Huchard ne paraît pas constante
4e Malade couché. — Pouls 81. — Tension 24.
| — debout. — 96. — 29.
2° — couché. — 80. — 19-20.
:— debout. — 100. ei OUEN
39 — couché — 100. GRR TS
—' debout. — 108. RTS 0:
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Aussi, est-il bon d'ayoir recours à ‘une méthode plus rigoureusement scientifique qui permet de reconnaître et de mesurer l'hypertension artérielle : cette méthode est la sphygmomanométrie.
Les appareils employés dans cafte méthode sont les sphygmomanomètres. Leur principe est d'effacer la pression artérielle à l’aide de la contre pression d’un élément fluide (eau ou air) contenu dans une pelote, et de mesurer cette compression au moment où les battements de l’artère étudiée cessent de se faire sentir. |
Nous ne décrirons pas le premier en date de ces appareils, celui du professeur Basch où l'eau est le fluide. employé.
Le sphygmomanomètre le plus employé en France est celui de Potain.
Il se compose d’une ampoule en caoutchouc, d’un tube de remplissage et d’un manomètre métallique.
L'ampoule se compose de 4 secteurs dont trois en caoutchouc assez résistant pour ne pas se laisser distendre par une pression minimum d'au moins 30 centimètres de mercure et d’un aussi mince et aussi souple que possible, d’un tube résistant réunissant l’ampoule à un manomètre métallique et de calibre réduit. Sur le parcours de ce tube se trouve un robinet, pouvant s’embrancher à une poire en caoutchouc qui insufflera le volume d’air convenable. Il est bon de donner une tension initiale de 3 centimètres de hauteur environ.
L’artère choisie est la radiale. Il est nécessaire que l’avant bras soit dans le repos le plus absolu pour que la contraction musculaire ne soit point une cause d'erreur.
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On le place, horizontalement, en demi-pronation, la main pendante vers le bord cubital : L'extrémité inférieure de l'avant-bras doit reposer sur un coussin résistant, On applique la partie mince de l’ampoule sur l'artère à la partie inférieure de la gouttière radiale, jusqu’à ce que l'on ne sente plus les battements, à Ce moment on lit la pression manométrique.
La négligence de ces précautions minutieuses, négligençe évitable il est vrai, mais surtout la sensibilité tactile variable avec chaque opérateur sont des causes d’erreur. Si ces erreurs peuvent être réduites à un minimum par des mains exercées, on doit cependant en tenir compte dans un examen rigoureusement scientifique.
C’est pour remédier à cet inconvénient que M. Riva- Rocci, et MM. Enriquez et Hallion ont construit deux nouveaux sphygmomanomètres. L'appareil de Potain est le plus employé, nous l’avons décrit ; pour ceux de MM. Riva- Rocci, Enriquez et Hallion, nous nous bornerons à indiquer qu'on mesure la pression nécessaire à l’éerasement de l'artère humérale, et qu’on reconnaît cet écrasement à l'effacement complet du pouls. On comprendra que cette constatation demande bien moins d'habitude et de finesse, que celle qui est nécessaire dans l'emploi de l’appareil Potain. ;
Nous signalerons aussi simplement dans ce travail le tonomètre de Gaertner qui sert à mesurer la tension artério-capillaire.
L'hypertension artérielle reconnue à l’aide de signes cliniques et d'appareils spéciaux. quel est son traitement ?
Dans le chapitre suivant, avant d'étudier l'emploi du
nitrite de soude, sujet de cette étude, nous nous occupe-
rons des autres médicaments hypotenseurs et de leurs indications spéciales; mais avant qu’il nous soit permis de dire un mot de l'hygiène qui domine tous les cas d'hypertension artérielle, et qui, appliquée dans cette période de presclérose, décrite par Huchard, pourrait peut-être prévenir à elle seule l’artério-sclérose définitive. é
Un exercice modéré, le séjour dans un climat également
tempéré, loin des hautes altitudes, loin également de la mer, capable d'amener un surmenage circulatoire consi-
dérable, sont recommandables aux hypertendus. R Mais la véritable hygiène de l'hypertension artérielle et par conséquent de l'artério-sclérose consiste en un régime alimentaire approprié.
Toutes les boissons excitantes, le thé, le café, le vin pur doivent être défendues. La quantité de boissons ingérée a
= bien moins d'importance que sa qualité. On le compiendra
en se rappelant que le volume de la masse sanguine a peu d'influence sur la tension artérielle. Cependant, il vaut mieux boire modérément. Il est évident que les boissons diurétiques, comme le lait, par exemple, sont au contraire recommandées. | L’usage du tabac doit être rigoureusement ne Mais tout le soin doit porter sur le choix des aliments.
Les viandes faisandées, mal cuites, renferment des.
toxines alimentaires, ayant une action vaso-constrictive considérable et conduisant rapidement à l’artério-sclérose. On instituera donc le régime lacto-végétarien, ou le régime jacté pur. On proscrira toutes les viandes faisandées, le
gibier (celui-ci sera d'autant plus dangereux, que l’animal