CHAPITRE II
Anatomie et physiologie succinctes de l’Hypophyse
Recherches expérimentales
L'hypophyse est une glande vasculaire sanguine qui est logée dans la selle turcique qu’elle remplit complètement. Elle est en rapport en arrière, avec les tubercules quadrijumeaux, en avant, avec le chiasma optique ; latéralement, avec le sinus caverneux et, par son intermédiaire, avec la carotide interne, le nerf moteur oculaire commun, le nerf pathétique, le nerf ophtalmique de Willis et le nerf moteur oculaire externe.
Elle a une forme ellipsoïde à grand axe transversal ; de dimensions restreintes, son poids varie de 85 à 45 centigrammes.
Elle est recouverte par les lobes cérébraux, dont elle est séparée par un repli de la dure-mère, la tente de l’hypophyse, qui en un point présente un orifice pour laisser passer la tige pituitaire.
Elle se décompose en deux lobes : l’un antérieur, plus volumineux, de coloration rougeâtre, appelé encore lobe glandulaire ; l’autre postérieur, plus petit, de coloration gris jaunâtre, appelé encore lobe nerveux.
Elle naît aux dépens de deux prolongements : l’un parti de la fossette buccale, la poche de Rathke, forme
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le lobe antérieur ; l’autre parti du cerveau intermédiaire, dans la région de l’infundibulum, forme le lobe postérieur.
Au point de vue histologique, le lobe postérieur se compose de fibres nerveuses, fines, disposées en tous sens, dont on ignore l’origine, et de cellules, les unes épendymaires, les autres névrogliques, très variables de forme et de volume. Autour de cet ensemble de fibres et de cellules, se trouve une membrane conjonctivo-vasculaire qui se prolonge sur la tige pituitaire.
Le lobe antérieur est décomposé en une série de loges limitées par des cloisons conjonctives, le long desquelles cheminent les vaisseaux de la glande. Dans l’intérieur de ces loges, se trouvent deux sortes de cellules : des cellules chromophobes, claires, dépourvues de granulations, et des cellules chromophiles, fortement granuleuses et prenant avidement les colorants. A l’heure actuelle, l'opinion la plus répandue est que ces deux sortes de cellules ne sort que deux formes d’une même cellule à un stade différent d’évolution.
Nous venons d’esquisser très rapidement, en quelques mots, l’anatomie et l’histologie de la glande hypophysaire. Nous allons nous occuper maintenant de la physiologie. Sans faire un exposé complet de la question, ce qui dépasserait de beaucoup les limites que nous avons assignées à notre modeste travail, nous insisterons surtout sur les recherches expérimentales ; nous arriverons ainsi à montrer comment, après avoir utilisé l’extrait hypophysaire dans un certain nombre d’affections, on est arrivé à l’employer comme ocytocique.
Le produit de sécrétion de la glande hypophysaire semble être :
1° De la graisse que l’on voit dans les cellules prineipales et que l’on reconnaît à ses réactions ;
20 Une substance colloïde analogue à celle de la thyroïde, mais dont la valeur et l’origine sont très discutées.
Pour étudier la physiologie de cette glande, l’expérimentateur a deux procédés à sa disposition ;
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1° L’extirpation dela glande.On setrouveici en présence de difficultés énormes étant donnée la situation profonde de cet organe. Cependant Paulesco a fait, en 1907, des recherches dans ce sens, et il est arrivé aux conclusions suivantes :
A.. « L'hypophysectomie totale est suivie à bref délai de la mort de l’animal. La durée moyenne de survie chez le chien est de vingt-quatre heures.
«Si la survie est plus longue, c’est que des débris de la portion épithéliale sont restés. »
B. «L’ablation d’une partie de la substance corticale du lobe épithélial permet la survie indéfinie et ne donne lieu à aucun trouble.
«Par contre, l’ablation de toute cette portion correspond à l’hypophysectomie totale. »
C. «L’ablation du lobe nerveux est compatible avec la survie indéfinie sans désordre appréciable. »
20 Les expériences avec les extraits. C’est à cette seconde méthode que se sont adressés la grande majorité des auteurs qui ont voulu connaître la physiologie de l’hypophyse. Nous allons donc passer en revue les principales expériences avec les résultats qu’elles ont donnés.
On a pu obtenir une substance de composition inconnue, mais dans laquelle on trouve : du phosphore, de la chaux, de l’iode, du brome, de l’arsenic. Elle est dialysable, non réductible, insoluble dans l’alcoo!l et dans l’éther.
En 1895, Oliver et Schæfer préparent un extrait aqueux ou glycériné de glande hypophysaire ; ils firent avec cet extrait de nombreuses expériences, qui leur démontre que son emploi produit une élévation de la pression artérielle.
En 1898, Howell cherche à différencier les extraits fournis par chaque lobe séparément, il constate que l’élévation de la pression est sous l’influence de la substance contenue dans le lobe postérieur.
En 1899, Schæfer et Swale Vincent prétendent que leurs expériences les auraient amenés à conclure que, dans l'extrait de glande totale, se trouvent deux substances :
l'une, hypertensive, l’autre, hypotensive. Ce fait fut ensuite démontré par Falta et Ivcovic, qui firent connaître l’action antagoniste exercée par les deux lobes. Et c’est à Falta que revient l’honneur d’avoir démontré d’une façon indubitable cet antagonisme. Pour cela, il injecta à un chien une dose d'extrait glycériné du lobe antérieur ; immédiatement, la pression sanguine tomba à zéro; et cet abaissement fut accompagné par un ralentissement rapide et progressif du cœur et de la respiration qui aboutit à l’arrêt de ces deux fonctions. À ce moment, il njecta deux centicubes d’extrait de lobe postérieur, et il put constater que, tandis que le cœur et la respiration reprenaient leur fonctionnement normal, la pression sanguine remontait pour atteindre bientôt la valeur qu’elle avait avant l'expérience.
Cette expérience, très concluante, démontre clairement l’action inverse des deux lobes de l’hypophyse. Mais cette action n’a point la même valeur, et lorsqu'on injecte de l’extrait total de glande, le seul effet obtenu est une légère élévation de la pression sanguine. Il y a donc prédominance de l’action du lobe postérieur, et c’est pourquoi les recherches des auteurs ont surtout porté sur le lobe postérieur.
Hougton et Merrill ont démontré que cette augmentation de pression dure une demi-heure, quelquefois davantage.
Klotz saigne fortement un chien, lui fait une injection d'extrait hypophysaire, et voit la pression monter de 20 millimètres. 11 conclut, de nombreuses expériences, que l’augmentation de la pression est de 15 à 20 millimètres ; mais qu’une seconde injection a peu d’action sur la pression.
Hebdom constate que l’augmentation de pression s’accompagne d’une diminution dans le nombre des battements cardiaques, et d’une augmentation dans leur amplitude.
Quant au mécanisme de l’action intime de l'extrait hypophysaire, les auteurs ne sont pas d’accord. Comme
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cette action se produit même après la section des pneumogastriques, il semble bien qu’elle s'exerce directement sur la fibre cardiaque et sur les vaisseaux. A la suite de nombreux travaux, Salvioli et Carraro concluent que l'hypertension est sous la dépendance de la vaso-constriction, par action directe sur les fibres lisses des vaisseaux, beaucoup plus que d’une excitation des centres vasomoteurs.
L’extrait d’hypophyse possède aussi une action diurétique. Schæfer et Herring avaient affirmé la production d’une forte diurèse. Pal, pour le démontrer, endort un chien au curare ; il vide sa vessie, fait une injection de pituitrine et quelques instants après la vessie est pleine d'urine.
Puisque l’extrait hypophysaire agit sur les fibres lisses des vaisseaux en les faisant contracter, les auteurs furent amenés à étudier l’action probable de cet extrait sur toutes les fibres lisses de l’organisme et celle des organes creux en particulier, comme l'intestin, la vessie et l’utérus.
En 1908, Cramer, opérant sur des yeux de grenouille énucléés, démontre la dilatation pupillaire consécutive à l’action de l'extrait de lobe postérieur ; ce dernier agit donc sur les fibres lisses de l'iris.
En 1909, Dale poursuit de nombreuses expériences sur les animaux ; il recherche principalement l’action sur les organes creux contractiles, et il constate que la musculature de la vessie et celle de l’utérus sont excitées, ce dernier subissant plus profondément l’action de la préparation.
Un peu plus tard, Franckl-Hochwart et Frœlich, font des recherches semblables avec la pituitrine ; ils constatent son action presque élective sur l’utérus ; et voient qu’une seconde injection augmente peu l’action de la première.
En 1910, Parisot et Lucien font connaître les résultats de leurs expériences, qui ne sont que la confirmation des résultats obtenus par les divers auteurs. Ils ont injecté à une lapine de l’extrait total d’hypophyse. Ils ont constaté
que l'élévation de la pression s’accompagne de vaso-constriction des organes surtout marquée au niveau de l’utérus ; en outre, ils ont pu remarquer sur cet organe des ondes musculaires plus ou moins accentuées. Cette action est encore plus nette, si l’on utilise de l'extrait de lobe postérieur seul ; de plus Franckl-Hochwart a démontré que cette action est beaucoup plus marquée sur un utérus gravide.
Nous devons encore mentionner les travaux de Housay, de Buenos-Ayres. Il a réussi à extraire du lobe postérieur une substance cristallisée qu’il considère comme le véritable principe actif. Cette substance possède une action cardio-tonique et diurétique, et possède en outre la propriété de faire contracter les organes creux à fibres lisses, et en particulier le muscle utérin. Il a expérimenté sur l’utérus isolé, et a réussi à le faire contracter ; d’où ül conclut que l’extrait hypophysaire fait contracter l’utérus par action directe sur la fibre musculaire.
En 1913, Musser ne s’adresse plus aux animaux, mais bien à l’homme. Il a pris dix-huit sujets, dont treize malades, et cinq étudiants en médecine ; il s’est servi d’extrait de glande totale administré sous forme de tablettes contenant chacune une quantité correspondante à 0 gr. 065 milligrammes de glande fraîche. Il donne quatre tablettes par jour, parfois davantage. Chez les étudiants, l'expérience dure une semaine, et un mois au moins chez les malades. Et voici les constations qu’il a pu faire :
Sur dix-sept individus, il y eut une élévation de la pression dont le maximum a été de vingt-huit millimètres de mercure. Généralement, il y avait une augmentation ‘correspondante de la pression diastolique ; mais, dans quelques cas, celle-ci resta inchangée où même descendit au-dessous de la valeur qu’elle avait avant l’ingestion.
Les modifications du pouls furent inconstantes ; habituellement l’auteur constata une augmentation de fréquence ; chez deux personnes seulement il y eut une diminution du nombre des pulsations.
Chez six personnes seulement on put constater un
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effet diurétique ; mais jamais il n’y eut production de glycosurie.
L’extrait hypophysaire exerça également une certaine action sur le tube digestif ; dans sept cas, il produisit de la diarrhée ; chez quatre individus, habituellement constipés, il produisit une selle quotidienne.
Subjectivement, quatre sujets ont paru retirer un grand bénéfice de l’augmentation de pression et de l’effet stimulant général exercé sur les fibres lisses. Un malade fut influencé favorablement par l’action diurétique.
L'auteur conclut que l’usage prolongé de l’extrait hypophysaire introduit par la voie buccale, détermine une action très nette sur l’appareil vasculaire périphérique, action qui persiste pendant un temps appréciable après la cessation du médicament.
L’hypophyse a également une action sur les autres glandes à sécrétion interne ; c’est ainsi que si on enlève ou si on supprime fonctionnellement le corps thyroïde, la capsule surrénale et les testicules, on peut constater une hypertrophie et une augmentation de fonctionnement de la glande hypophysaire. De même l'extrait d’hypophyse augmente la sécrétion hypophysaire et surrénale pour diminuer au contraire celle du corps thyroïde. L’extrait du lobe antérieur seul, ne paraît qu’influer en partie sur la sécrétion thyroïdienne. De ces faits, il est permis de conclure que les glandes à sécrétion interne ont un fonctionnement qui dépend de la vitalité de chacune des autres ; et que les troubles de leur activité ont un retentissement sur la fonction sécrétoire des autres.
L'hypophyse exerce encore sur l’organisme des actions qui n’ont pas encore été bien précisées. Elle aurait une action sur la nutrition générale qui se traduirait par une augmentation dans l’échange des sels et favoriserait ensuite leur élimination par la voie intestinale.
L’extrait hypophysaire aurait la propriété de provoquer la glycosurie ; ce trouble signalé par certains auteurs (Claude et Beaudoin) n’a jamais été constaté par beaucoup de ceux qui se sont intéressés à la question. Ce trou-
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ble semble n’apparaître qu'après l'emploi de doses très élevées qui ne sont jamais atteintes dans la pratique obstétricale.
Nous avons également à signaler le rôle que joue l’hypophyse dans la croissance ; celle-ci est arrêtée lorsque la sécrétion hypophysaire est ralentie ou diminuée, et nous avons alors tous les symptômes de l’infantilisme ; au contraire, dans le gigantisme et l’acromégalie, elle est hypertrophiée ; et son augmentation de volume s’expliquerait par une suractiviti pathologique de la glande.
1 nous reste un dernier point à envisager, c’est de savoir quelle est la toxicité de l’extrait hypophysaire et quelles sont les doses que nous pouvons employer sars avoir à craindre d’accidents chez les malades soumis à ce traitement. Pour cela, nous allons passer rapidement en revue les diverses expériences qui ont été faites dans ce but.
En 1896, Mairet et Bosc font des expériences sur les animaux qui sont reprises par Conti et Curti en 1906, et Garnier et Thaon en 1907. Pour cela, ils se sont servis d’hypophyses de bœuf qu’ils ont administrés par toutes les voies.
En 1908, Hallion et Alquier font absorber, tous les jours, perdant un certain temps, des doses d'extrait correspondant à 0 gr. 40 d'extrait sec, et ne voient se produire aucun accident appréciable.
Foges et Hoffstætter ne constatent rien d’anormal après absorption, par la voie buccale, de 80 centicubes de pituitrine.
Delille affirme la parfaite innocuité de cette thérapeutique : «Ces travaux montrent d’une façon indiscutable combien est minime la toxicité de la substance hypophysaire fraîche ou à l’état d'extrait, même quand on l'injecte par la voie veineuse»; et plus loin : « Il est évident que les doses considérables de substance hypophysaire sont dangereuses et peuvent amener la mort de l’animal; mais les doses moyennes et faibles, celles que l’on utilise en physiologie et en thérapeutique, n’exposent pas à de graves complications, »