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CHAPITRE IV

Les extraits hypophysaires dans l’accouchement prématuré provoqué

Pouliot et Vayssières ont fait des essais avec la pituitrine dans le service du Docteur Boissard, à la Maternité de Lariboisière. Ils ont utilisé la Pituitrine Parke et Davis par la voie hypodermique. Ils rapportent sept cas d’accouchement prématuré provoqués à l’aide de la pituitrine. Pour eux : « Le rôle essentiel de cette médication reste avant tout le renforcement des contractions utérines déficientes au cours du travail ralenti, au cours de la délivrance retardée ou compliquée d’hémorragie.» Quant à la provocation de l’accouchement prématuré, «nous tenons, disent-ils, à déclarer dès maintenant qu'il s’agit là d’une indication secondaire, et somme toute assez rare, de la médication hypophysaire en obstétrique ».

Sur les 7 observations publiées, deux concernent des femmes qui ont subi la médication après rupture spontanée des membranes ; le résultat fut satisfaisant. La troisième concerne une femme syphilitique avec fœtus de 6 mois 1, mort et macéré ; la pituitrine ne put agir seule ; elle réussit à provoquer des contractions qui furent insuffisantes à amener l'expulsion du fœtus ; celle-ci ne se produisit qu'après introduction d’un ballon de Boissard. Viennent ensuite trois cas d’accouchement prématuré provoqués pour légère viciation pelvienne ; deux résultats sont bons

et un négatif. Enfin, le septième concerne les résultats obtenus pour provoquer l’aceouchement prématuré au moyen de l’emploi simultané du ballon et de la pituitrine ; il s'agissait d’une grossesse de cinq mois que les auteurs se décidèrent à interrompre à cause de la production d’hémorragies répétées.

Les auteurs terminent ainsi leur communication : «En résumé, nous n’avons eu jusqu'ici qu’à nous louer de nos essais de provocation de l’accouchement à l’aide d'injection d’extrait du lobe postérieur d’hypophyse. Nous avons donc cru intéressant d’insister sur les avantages de cette médication qui permettra souvent de provoquer le travail, sans aucune manœuvre intra-utérine, qui, dans les cas les moins favorables permettra encore d'accélérer le travail mécaniquement provoqué et, par conséquent, de réduire au minimum les aléas de cette intervention. »

Stern à fait des tentatives de provocation de l’accouchement au moyen d’une pituitrine dont nous ignorons la provenance. Il obtint de bons résultats ; mais il signale comme inconvénient de cette méthode une atonie et une hémorragie qui, s'étant produites une demi-heure après la délivrance, n’ont cédé qu’à une injection d’ergotine.

Il rapporte trois observations dont voici le résumé de l’une d'elles: .,

Il s’agit d’une VI pare de 31 ans. Le diagnostic de grossesse gemellaire étant posé, on décide de provoquer l’accouchement à la 32€ semaine pour tuberculose pulmonaire et laryngée grave. Stern fait 2 injections de pituitrine de 0,60 à quatre heures d'intervalle. Chaque injection est suivie pendant une heure de douleurs assez fortes. Le troisième jour, le col est dilaté à plus de 2 francs. On fait à 9 heures et à 11 heures du matin deux nouvelles injections de pituitrine. Le travail devient régulier. A 6 h. 30, expulsion d’un enfant vivant ; à 6 h. 40, expul- -sion du deuxième fœtus.

Cette observation, montre de toute évidence que la pituitrine seule a pu provoquer l'accouchement.

Dans le deuxième cas, il s’agit d’un accouchement provoqué à la 36° semaine pour néphrite grave chez une VII pare. En 4 jours, on fait 6 injections de 0,60 et une de 0,10. Le quatrième jour, accouchement par version d’un enfant vivant.

Enfin, dans le troisième cas, il s’agit d’un échec de la pituitrine seule ; on met ensuite un ballon qui ne donne aucun résultat. Mais une nouvelle injection de pituitrine alors que le ballon est en place amène la production de contractions énergiques. L’enfant est extrait par le siège.

Nous voyons dans ce dernier cas, l’action de la pituitrine ne produire aucun résultat ; la mise en place d’un ballon elle-même est inefficace ; mais l’association des deux moyens nous permet d’arriver au but que nous proposons. Et ce fait vient confirmer l’opinion d’un grand nombre d’auteurs, que si la pituitrine employée seule ne donne pas de résultat, elle peut devenir un excellent adjuvant de l’action des ocytociques mécaniques qui sont à notre disposition.

Bagger-Jœærgensen a fait des tentatives de provocation de l’accouchement ; mais les résultats qu’il a obtenus ont toujours été négatifs.

Fries, de la clinique gynécologique de Greifswald, eut deux succès ; mais dans deux autres cas, il ne réussit qu'à provoquer des douleurs tout à fait insuffisantes pour être suivies de l’expulsion du fœtus.

Schiffmann échoua complètement dans trois cas où il tenta la provocation de l’accouchement par la pituitrine, le col de l’utérus étant férmé. Dans deux autres cas, il pratiqua au préalable la dilatation artificielle du col et obtint ainsi un résultat bon avec des doses ne dépassant pas 0,70. Enfin, dans 7 cas d'accouchement prématuré en cours, il y eut quatre résultats favorables pour trois échecs. Et il en arrive à conclure à l’inefficacité presque absolue de la médication pour provoquer un accouchement prématuré ; mais conseille vivement son emploi dans l’accouchement prématuré déjà en cours où la pituitrine peut rendre de grands services.

AL. Co

Hager ne rapporte qu’un seul cas où deux doses de 0,60 de pituitrine provoquèrent rapidement l’accouchement qui se fit spontanément ; l’enfant était vivant et pesait 4.225 grammes.

Fischer rapporte cinq cas qui sont autant d’insuccès complets.

Schæfer a fait des essais ; pour lui les résultats sont excellents dans la grossesse à terme, douteux dans les grossesses de 6 à 7 mois et franchement nuls dans les grossesses peu avancées.

Pour Zuloaga, l'extrait hypophysaire ne détermine pas de contractions pendant la grossesse ; il n’est par conséquent d'aucune utilité pour provoquer l’accouchement.

Siguret tient pour douteuse l’action du médicament pour provoquer l’accouchement. Et pour lui, ce qui est d’ailleurs l’avis de la majorité des auteurs, les résultats seraient d’autant plus incertains que l’on s'éloigne du terme de la grossesse. Il cite le cas d’une femme de la clinique Tarnier, chez laquelle M. Brindeau voulut provoquer l’accouchement pour modifications des bruits du cœur fœtal. Deux injections de 1 centicube furent pratiquées à six heures d'intervalle ; il obtint ainsi quelques douleurs sans que le travail ait vraiment débuté et la femme n’accoucha que onze jours après.

Turenne, après emploi du vaporole infundibulaire de Burroughs-Welcome, n’est pas un grand partisan de cette méthode ; comme agent provocateur, il ne donne lieu qu'à des contractions irrégulières et fugaces, et, comme agent continuateur, semble avoir une action infidèle, réclamant souvent l’emploi du ballon.

Kræmer rapporte deux cas qui sont des insuccès. Dans un premier cas des contractions régulières apparaissent après deux injections de 0,60 et de 0,80 ; mais au bout de cinquante-neuf heures, on dut terminer par une craniotomie qui fut suivie d’une inertie utérine ; la pituitrine fut inefficace. Dans un second cas, une injection de 1 gr. 30 provoque pendant six heures des contractions assez

— JR

fortes ; le lendemain, une nouvelle injection a le même effet, mais les contractions furent insuffisantes pour aboutir à l'accouchement spontané.

Vayssières rapporte cinq observations de provocation de l'accouchement. Dans deux cas, il s’agissait d’accouchement prématuré avec enfant macéré ; les grossesses étaient respectivement de 7 mois et 7 mois et demi. La première fois il ne fit usage que de doses faibles ; le résultat fut négatif ; et l’auteur se demande si, confiant dans la méthode, il avait usé de doses plus élevées et avait persévéré dans la méthode, le résultat n'aurait pas été tout autre. Dans le deuxième cas, résultat nul malgré l'emploi de doses assez élevées (4ec).

Il donne ensuite deux cas d'accouchement prématuré à huit mois et demi avec enfant vivant, avec un insuccès complet et un succès. Son cinquième cas concerne une grossesse à terme, à propos de laquelle l’auteur s’exprime ainsi :

« Dans la grossesse à terme, l'effet fut vraiment surprenant. La dose employée ne fut que de 1, centicube et, pendant sept heures trente, on put croire qu’elle était demeurée sans effet. Certains penseront même qu’elle l’a été et qu’il n’y a là qu'une simple coïncidence. Telle ne peut être l’opinion de ceux qui ont assisté à l’accouchement. Ce fut, selon l’heureuse expression de Hofbauer, une véritable tempête de contractions, telles que nous n’en avons jamais vues dans un accouchement normal. C'était la première fois que nous faisions l’essai de la pituitrine et ce n’est pas sans inquiètude que nous suivions l’état de l'utérus, craignant de le voir se tétaniser. La période de dilatation fut de cinq heures ; la période d’expulsion de vingt-cinq minutes ; et Br Pae il s’agissait d’une 3 mipare. »

Hamm, sur onze cas, n'obtient qu’un seul succès chez une multipare de sept mois ; mais constate dans un cas que la pituitrine renforce les contractions provoquées par le métreurynter. Pour cet auteur, l'extrait hypophy-

saire n’est pas à employer dans la provocation des accouchements.

Nagy fait deux tentatives en combinant l’action de la pituitrine avec un ballon de Barnes; le résultat, très satisfaisant, incite l’auteur à conseiller vivement l'emploi de cette méthode.

Hirsch, de Strasbourg, l’a essayée treize fois, deux fois seule et onze fois combinée avec le ballon. Pour lui la pituitrine n’a aucune action sur un utérus inerte ; mais si son action porte sur un utérus qui a déjà été excité mécaniquement, on peut obtenir un travail régulier et un accouchement pouvant se terminer en quelques heures.

Devin, dans sa thèse, soumet trois observations prises dans le service du Professeur agrégé Commandeur à la Maternité de la Charité. Dans les deux premiers cas, il y eut emploi simultané de la pituitrine et de la bougie de Krause. Dans un premier cas, on fait deux injections de 1ec. de pituitrine Parke et Darvis à sept heures d’intervalle. Des contractions très marquées font suite à chaque injection. Mais la femme étant atteinte de retrécissement mitral, on suspend la médication pour terminer par un forceps. Dans le deuxième cas, deux injections sont pratiquées à dix-huit heures d’intervalle, l’accouchement se fait spontanément trois heures et demie après la deuxième. Enfin, la troisième observation est celle d’une femme enceinte de sept mois, syphilitique, ayant un fœtus mort depuis quelques jours. La malade reçut 3 centicubes 5 de pituitrine et deux cachets d’hypophysine de 0,60. Le résultat fut nul. La femme accoucha quatre jours après.

Vogelsberger a eu l’idée, pour provoquer l’accouchement, d'utiliser sa méthode qui consiste à combiner l’action de la pituitrine à celle du courant galvanique. Il a obtenu de bons résultats dans 16 cas. L'accouchement fut chaque fois assez rapide et l’auteur ne vit se produire aucun accident ni du côté de la mère, ni du côté de l’enfant.

Il résulte de ces observations que la pituitrine employée seule est infidèle pour provoquer l’accouchement. A l’appui de cette conclusion, nous pouvons rapporter ce qu’il nous a été donné d’observer dans le service de notre maî-

Le ÉD

tre, le professeur J. Rouvier, à la Maternité d'Alger. Trois tentatives de provocation de l’accouchement par l’Hyÿpophyse ont été faite. Dans le premier cas, il s'agissait d’un bassin infantile ; nous publions plus loin l’observation entière. Le second cas est également publié in-extenso à la fin de ce travail. Dans le troisième, il s'agissait d’un bassin aplati avec placenta prœvia. On introduit une sonde de Krause et on donne successivement à la malade trois cachets d'Hypophyse. Le travail avance lentement, la mère est bientôt épuisée et l’auscultation permet de se rendre compte que le fœtus souffre, aussi décide-t-on au plus vite d'intervenir. Après dilatation du col par la méthode de Bonnaire, on fait une application de forceps qui permet d'extraire un fœtus du poids de 3.250 grammes.

Nous avons done obtenu deux succès très nets et un demi-insuccès, le lecteur pourra aisément se convainere par la lecture de nos deux observations.

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