CHAPITRE VIII
Incidents et accidents de la médication hypophysaire.
De l’énumération de tous les faits relatés dans les chapitres précédents, il résulte que les extraits hypophysaires ont pris une assez grande place dans la thérapeutique obstétricale, Un grand nombre d’auteurs se sont laissés gagner à cette méthode, et les résultats qu’ils ont obtenus, le plus souvent, ne peuvent que les encourager à utiliser l'extrait de glande hypophysaire.
Quelques-uns cependant, après quelques essais timides, ont cru devoir renoncer à cette médication, à cause des accidents, quelquefois assez importants, auxquels elle peut donner lieu. Et c’est ce qui nous a amenés à traiter dans un chapitre spécial les incidents et les accidents que l'on attribue à ce médicament. Ce chapitre ne sera pas long ; car le nombre des faits publiés est relativement restreint, du moins en ce qui concerne les accidents relevant directement de l’emploi de la pituitrine ou de telle autre préparation hypophysaire.
Nous envisagerons l’action sur le fœtus, puis sur la mère.
Hamm signale un abaissement notable des battements du cœur fœtal dont le nombre peut descendre jusqu’à
80, sans qu’il y ait d’ailleurs retentissement sur l’état général de l’enfant.
Vogt, sur cent cas, n’observe qu’un accident ; l'enfant fut pris aussitôt après sa naissance d’un spasme de la glotte. L'auteur s’empresse d'ajouter que rien ne vient prouver qu’il s’agit d’un incident dû uniquement à l’emploi de la pituitrine.
Spæth eut un enfant en état d’asphyxie qui ne put être ranimé ; mais, à la naissance, il était porteur de plusieurs circulaires du cordon.
Voigts observa une fois un enfant en état d’apnée qui put être assez vite ramené à la vie ; une seconde fois, un enfant en état d’asphyxie ; mais on avait dû faire une application de forceps ; un troisième cas, est celui d’un enfant également en état d’asphyxie. Il est bon d'indiquer que ces trois cas sont les seuls d’une série de 75 observations rapportées par l’auteur.
Fries eut un cas d’hémorragie intestinale quatre jours après la naissance ; mais il ne peut affirmer que l’accident est dû à la pituitrine.
Schneider-Sievers, eut un cas d’asphyxie légère et un cas de ralentissement du cœur.
Schæfer signale également l’abaissement du nombre des battements cardiaques, qu’il attribue à la trop grande énergie des contractions utérines.
Studeny observe trois fois l’asphyxie du nouveau-né ; dans deux cas où elle était légère, elle céda facilement au traitement ; dans le troisième, l’enfant mourut le lendemain. Or, l’auteur fait remarquer qu’il s’agissait d’un bassin rachitique aplati, et il est d’avis qu’une application de forceps aurait permis d'éviter cet accident.
De ces quelques faits brièvement rapportés, il résulte que la médication hypophysaire ne semble avoir aucune influence néfaste pour l’enfant. Dans les cas où l’on a eu à enregistrer un accident grave ou la mort du fœtus, l’auteur lui-même dit qu’on ne peut affirmer un rapport de certitude entre l'emploi de la pituitrine et l'accident. Dans les cas où la pituitrine semble avoir une influence sur la genèse des accidents, on relève des incidents de courte durée et qui eèdent facilement au traitement ; les
auteurs ont seulement constaté un ralentissement assez marqué des bruits du cœur, ralentissement qui ne persiste pas très longtemps après la naissance, ou un léger degré d’asphyxie dont il est aisé de venir rapidement à bout. Donc, on peut affirmer l’innocuité de cette préparation sur l’organisme fœtal.
Voyons maintenant l’action de l'extrait hypophysaire sur la mère. On a accusé la pituitrine de pouvoir causer la mort de la mère ; et on cite, pour étayer cette accusation, une observation de Pfeifer, dans laquelle l’auteur relate que la malade était morte après extraction, sous chloroforme, d’un fœtus mort depuis vingt-quatre heures. Or, l’auteur ne fit qu’une seule injection de 1 cc. 8; il est inadmissible qu’une aussi faible dose puisse entraîner la mort, et l’auteur lui-même attribue le décès à l’urémie.
Studeny, chez une épileptique, vit survenir de l’amaurose qui ne céda que lentement. Rien, d’après l’auteur, ne permet d'établir une relation entre la médication hypophysaire et cet accident ; et il ne voit là qu’une simple coïncidence.
Schneider-Sievers et Tæpfer, virent survenir des accès éclamptiques ; mais l'analyse des urines ne révéla point d’albuminurie ; on ne peut donc pas admettre que la pituitrine ait pu léser aussi rapidement le rein ; d’ailleurs, Tœpfer fit usage de pituitrine chez une albuminurique et n’eut aucun accident.
Commandeur et Devin, voient se produire une crise de palpitation ; mais il s’agissait d’une malade ayant un rétrécissement mitral avec œdème aigu du poumon.
On a cité encore comme accidents, un ralentissement considérable du pouls, qui remonta d’ailleurs rapidement, des vertiges, de l’angoisse, de la tachycardie ; Calmann signale des bourdonnements d’oreille, mais aucun auteur n’en a parlé.
On a encore accusé la pituitrine de prédisposer à l’inertie après l’accouchement. Mais, ici, les contradictions sont nombreuses. C’est ainsi que Bagger-Jorgensen, Hofbauer, Stern, Spæth, Jæger signalent cette atonie utérine;
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mais combien plus nombreux sont ceux qui, au contraire, concluent de leurs expériences que l’extrait hypophysaire a comme avantage de prévenir l’inertie post-partum.
Enfin, pour certains auteurs, l’opothérapie hypophysaire produirait la tétanisation de l’utérus.
Studeny et Schickele, rapportent des cas de durée exagérée de la contraction utérine.
Richter signale un fait analogue.
Vayssières signale un cas de découronnement du placenta ; mais, pour lui, la question n’est pas résolue de savoir s’il y a là une simple coïncidence ou si, au contraire, la pituitrine est la cause première de cet accident.
Mackenrodt et Hamm, signalent la tétanisation de l'utérus.
Enfin, le professeur Lequeux signale un cas d’enchatonnement du placenta, dont nous reproduisons plus loin l’observation en entier.
Et le professeur Lequeux fait suivre son observation du commentaire suivant :
« Je dois avoir eu affaire dans ce cas particulier à une grossesse angulaire ; et c’est à cela que je crois pouvoir attribuer la majeure partie des accidents observés : hémorragie du début, rétroversion partielle, rupture prématurée des membranes et complications de la délivrance.
«Mais il faut aussi, me semble-t-il, chercher dans cette dernière phase de l’accouchement le rôle joué par la pituitrine. Or, je crois que l’on peut, de cette observation, tirer quelques déductions en ce qui concerne l’emploi de l'extrait d’hypophyse :
«1° L’extrait d’hypophyse est susceptible d’amorcer le travail par lui-même ; cette amorce n’a pas été suffisante dans le cas que nous rapportons pour amener le travail franc ; mais peut-être que si l’injection avait été répétée, au moment de l’affaiblissement des douleurs, on eut pu obtenir de meilleurs résultats.
«20 L’extrait d’hypophyse est susceptible de conserver son action à l’état latent pendant plusieurs heures ou
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jours après son administration. Cette latence n'est pas absolue et les douleurs peuvent persister sourdes jusqu’au moment où, le travail se déclarant, on assiste à une véritable tempête de contractions.
«3° L’extrait d’hypophyse est capable d’agir après l’accouchement sur l'utérus pour modifier la délivrance ; peut-être que si la greffe ovulaire avait été normale chez notre cliente, nous aurions eu simplement une délivrance rapide ; mais le fait que la greffe avait été angulaire a dû favoriser la rétraction anormale de l’organe au-dessous de la corne qui contenait le placenta et créer son enchatonnement.
«49 L'état de contraction utérine, créé par l’emploi de l'extrait hypophysaire, peut se continuer après la délivrance plus ou moins longtemps, et susciter chez la femme un état de malaise parfois insupportable.
«Telles sont les déductions que je crois pouvoir tirer de cette observation. J'ajoute qu'ayant eu l’occasion d'employer l’extrait d’hypophyse, tant en ville que dans le service du Professeur Bar, je n’ai jamais eu semblable incident à constater. »
. Si nous avons tenu à reproduire la communication du professeur Lequeux, c’est qu’elle est intéressante surtout en ce qui concerne les déductions qu’il croit pouvoir tirer de ce cas particulier. En premier lieu, il constate l’aptitude de l’'Hypophyse à provoquer le travail ; or, en cela, il est d’accord avec la plupart de ceux qui se sont occupés de la question. En second lieu, il fait part d’un fait important, et qu'il sera intéressant de vérifier : c’est la latence d’action ; et, dans aucun travail, nous n’avons trouvé mention d’un fait semblable ; bien au contraire, puisque les expérimentateurs s'accordent à dire que l’extrait hypophysaire a une action immédiate et que cette action dure une heure environ. Il constate ensuite l’influence de la préparation sur la délivrance. Enfin, ce qui constitue un autre fait très intéressant, il fait part de la prolongation de l’action du médicament ; et nous opposerons ce
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fait aux quelques auteurs qui accusent les préparations hypophysaires de prédisposer à l’inertie post-partum.
En somme, nous voyons que la médication hypophysaire ne présente, sauf dans des cas particuliers, aucun danger dans son emploi, et les avantages inhérents à son emploi compenseront toujours largement les menus incidents auxquels elle peut donner naissance.
De notre côté, nous sommes heureux de n’avoir, à ce point de vue, aucun reproche à adresser à la médication hypophysaire ; nous n’avons jamais eu le moindre ennui du fait de son emploi. Il est possible que des doses exagérées produisent une augmentation notable de la tension artérielle, et que cette élévation de la tension ait une influence néfaste sur l’organisme maternel et sur l’organisme fœtal ; nous croyons pouvoir affirmer qu'avec des doses moyennes aucun accident n’est à redouter ; c’est du moins ce qui ressort de l’ensemble de nos nombreuses observations.