CHAPITRE VII
Les extraits hypophysaires dans le placenta prœvia.
Hauch et Meyer, qui ont si bien étudié l’action de la pituitrine en obstétrique, ont eu l’occasion de traiter sept cas de placenta prœvia par cette préparation.
Après des expériences au cours des diverses périodes de la grossesse, résultats que nous avons mentionnés dans le cours de ce travail, ils disent « qu’il leur a paru intéressant d'étudier d’une façon plus détaillée l’emploi de la pituitrine lors des hémorragies dues au placenta prœvia». Et voici, telles qu’elles sont exposées dans leur communication, les réflexions qui leur ont été suggérées :
«Le traitement le plus simple et le moins dangereux de cette complication est la rupture artificielle des membranes. Mais, pour avoir chance de réussir, lces onditions suivantes sont nécessaires :
«1° La femme ne doit pas être anémiée ;
«20 Le fœtus doit être dans une position longitudinale ;
«3° I] ne doit pas y avoir de disproportion mécanique ;
«4° La dilatation doit être au moins environ de 8 centimètres de diamètre ;
«5° Les contractions doivent être énergiques.
« Il est difficile de modifier les trois premières conditions, si elles ne sont pas favorables, tandis qu'on a de nom-
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breux moyens d’agir sur la dilatation du col. Mais jusqu’à présent il était impossible d’exciter les contractions de l'utérus par un médicament interne. Maintenant, il en est autrement, car, comme nos observations viennent le prouver, la pituitrine a justement cette action qui nous permet dans beaucoup de cas de borner notre traitement à la rupture des membranes. »
«Mais, comme nous l'avons dit plus haut, c’est spécialement dans les cas où la grossesse est à terme ou presque à terme, où le travail est suffisamment avancé et où nous avons affaire à l'insuffisance secondaire des contractions utérines, que nous avons le droit d’attendre un bon résultat de l'emploi de la pituitrine. Mais dans les cas de placenta prœvia, le plus souvent le travail n’est presque pas commencé et on n’observe que des contractions très faibles de l’utérus.
«Nous avons employé la pituitrine et la rupture artificielle des membranes dans tous les cas de placenta prœvia observés dans le service B. de la Maternité du Rigshospitalet, c’est-à-dire dans 7 cas.»
Ici les auteurs rapportent quatre observations où la pituitrine a donné un bon résultat. Voici à titre documentaire une de ces observations, celle qui porte le n° 9 :
«Primipare, l’orifice du col à peine perméable pour un doigt, pas de douleurs, alors que l’hémorragie nous force à intervenir. Dilatation manuelle prudente jusqu’à 3 centimètres ; on rompt les membranes au bord du placenta, et on donne de la pituitrine 0,5 centicube. Les douleurs n’apparurent pas, et une hémorragie suintante continua. Après une demi-heure, on répéta l'injection, les douleurs s’améliorèrent ; la tête s’engagea dans le bassin, l’hémorragie cessa et, six heures plus tard, la malade accoucha d’un enfant vivant à terme de 3.350 grammes. »
Et les auteurs après avoir rapporté trois autres observations continuent ainsi : « À côté de ces quatre cas où la méthode a bien réussi, nous avons eu des échecs dans trois cas. Parmi ces trois cas, il en est un où il fut nécessaire de provoquer l'accouchement avant terme à cause
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d'une cysto-pyélo-néphrite très grave ; mais les différentes recherches nous ont démontré que la pituitrine n’a presque pas d'effet sur les avortements et les accouchements provoqués longtemps avant terme.
«Dans les deux autres échecs, il s’agit de placenta proævia total où la rupture artificielle des membranes donne toujours un résultat très incertain. Dans ces trois cas, nous n'avons pas, même en essayant le traitement, eu grand espoir de succès ; nous avons tout de même tenu à l’essayer pour voir sa puissance.
«Dans les quatre cas favorables, il s’agissait de placenta prœvia latéral, entrés dans le service au début du travail ou en tout cas lorsque l’accouchement était en train de s'effectuer.
«Nos résultats sont trop peu nombreux pour nous permettre de tirer des conclusions ; mais il semble que le traitement peut donner de jolis résultats, dans les cas de placenta prœvia latéral, quand le travail a commencé, tandis qu’on n’a pas grand espoir de succès dans les autres cas.
«Cependant, il faut continuer les expériences et ne les faire que dans une clinique où tout est prêt pour une intervention ultérieure, si la rupture des membranes et la pituitrine ne suffisent pas. Car, ordinairement (comme on le voit par la description des cas), l’hémorragie continue quelque temps après la rupture et l’injection de pituitrine, et il faut alors essayer d'engager la tête dans Fexcavation par des manœuvres externes et exciter les contractions par des frictions. Si on pouvait être sûr que le traitement réussira, la perte de sang n’aurait pas d’importance comparée à l’hémorragie qui suit les autres traitements. Mais s’il faut tout de même recourir à un autre traitement, alors il aura été tout à fait inutile de laisser l’hémorragie se produire.
«C’est pourquoi il nous faut encore attendre avant de préconiser comme rationnel ce mode de traitement. Il nous semble tout de même que les résultats obtenus sont assez encourageants pour continuer d’essayer la méthode. »
Vogt, qui a employé l'extrait hypophysaire dans le placenta prœvia, rapporte une série de sept cas, dans lesquels le résultat fut chaque fois très bon.
Richter fait connaître trois observations. Dans l’une, la tête, jusque là mobile, s’engagea après l'injection de pituitrine et l’hémorragie fut arrêtée. Dans les deux autres cas on utilisa le ballon suivi d’injection de pituitrine, et le succès couronna la tentative.
Hofbauer est partisan d’associer la pituitrine à la rupture de la poche des eaux, si toutefois on a affaire à un placenta prœvia latéral. Dans les autres cas, il vaut mieux recourir aux autres moyens et ne s'adresser à la pituitrine que si ceux-ci restent sans effet sur la provocation des contractions.
Studeny emploie cette méthode dans neuf cas, et réussit parfaitement dans six cas, trois fois après rupture des membranes, deux fois après version, une fois après métreuryse. Dans un cas les contractions provoquées par la pituitrine s'arrêtent au bout de vingt-sept minutes, dans un autre cas au bout d’une heure, enfin dans le neuvième, 3 centicubes restèrent sans effet.
Turenne a voulu voir les effets de la pituitrine dans le placenta prœvia. Il rapporte l’observation d’une multipare qui, lors de ses deux grossesses antérieures, a eu un placenta prœvia et un avortement avec grande hémorragie. Ses dernières règles datent de fin août 1912. Le 6 mars 1913, elle a deux hémorragies. A 6 heures du soir, on constate l’effacement et la dilatation du col, à 6 h. 15, l’auteur pratique une injection d’extrait hypophysaire. À 6h. 19, première contraction douloureuse ; à 6 h. 35, dilatation complète et rupture artificielle des membranes ; 7 h. 5, expulsion spontanée du fœtus ; 7 h. 15 délivrance spontanée.
Ici, le résultat est donc favorable à la pituitrine. Mais dans les cas de placenta prœvia avec col long et rigide, il est bon, d’après Turenne, de préparer l’action de l’extrait hypophysaire par des moyens capables d’éveiller les contractions, sauf à les renforcer plus tard par cet agent.
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Fournier rapporte un cas de placenta prœvia, traité par la pituitrine, dans lequel il put constater l'efficacité de cette préparation.
A la Maternité d’Alger, nous avons employé l'extrait hypophysaire comme traitement du placenta præœvia, chez huit femmes. Ce nombre peut sembler peu élevé ; et nous nous empressons de dire que le nombre des cas que nous avons observés, pendant la période durant laquelle nous avons appliqué l’opothérapie, est beaucoup plus élevé ; d’ailleurs, le lecteur pourra remarquer ça et là, que des observations que nous mentionnons dans les autres chapitres étaient également relatives à un placenta prævia. C’est ainsi que dans notre observation n° 2, on a provoqué l’accouchement prématuré chez une femme qui avait un bassin infantile et présentait en outre un placenta prœvia.
Mais, dans ces huit cas, il s'agissait de femmes traitées par l’'Hypophyse, parce que le diagnostic de placenta prœævia avait été posé ; sous le n° 13, nous donnons une de ces observations. e
Chez cinq primipares, la rupture des membranes s’est faite spontanément. L'accouchement, grâce à des cachets d’Hypophyse, se passa normalement et une seule fois on dut faire la délivrance artificielle. Chez une III pare, tout se passe bien ; aucun accident à signaler ; la délivrance se fit spontanément. Par contre, chez une IV pare de 39 ans, l’hypophyse ne produisit aucun effet utile ; l’accouchement fut terminé par un forceps et on dut pratiquer une délivrance artificielle ; de même nous avons constaté un insuccès chez une X pare de 47 ans, dont l’enfant se présentait par l’épaule ; il fut nécessaire d’intervenir et la délivrance artificielle fut pratiquée.
Ces huit malades présentaient un placenta prœvia latéral et, sur ce nombre, nous enregistrons six succès et deux insuccès.